Genève est en passe de rater la manne fédérale

TransportsL’agglomération genevoise n’a pas séduit Berne avec ses projets phares de transport public, notamment l’extension du réseau de tram. Le Canton compte se faire entendre.

Après avoir vu sa première étape cofinancée par la Confédération lors du projet initial d’agglomération, l’extension du tram à Annemasse tombe en disgrâce à Berne.

Après avoir vu sa première étape cofinancée par la Confédération lors du projet initial d’agglomération, l’extension du tram à Annemasse tombe en disgrâce à Berne. Image: Lucien Fortunati

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On ne gagne pas à tous les coups. Après avoir touché le jackpot lors des deux premières générations de projets d’agglomération et lors des mesures urgentes qui les avaient précédés, le Grand Genève risque de faire face à une maigre moisson lors de la nouvelle distribution des millions fédéraux. «La Confédération ne semble plus reconnaître les besoins de l’agglomération genevoise en matière de transports publics», a déploré mercredi le Conseil d’État dans un communiqué.

La messe n’est pas encore dite. Mais la répartition mise en consultation jusqu'au 30 avril par le Conseil fédéral constitue une déception pour les responsables de l’Ouest lémanique. À ce stade de la compétition, Genève ne recevrait que 38,8 millions de francs pour la période 2019-2022. Et cela alors que la région espérait 218 millions selon sa liste de propositions et qu’elle en avait touché 204 lors de la dernière distribution. L’apport aux transports en commun est spécialement maigre (2,8 millions); la voisine lausannoise, elle, touche 112 millions pour ce poste.

Des trams compromis

L’extension du réseau genevois de tram, qui a jusqu’ici grandement bénéficié de l’appui helvétique, subit notamment une douche froide. La ligne qu’on espérait bâtir dès 2022 de la place des Nations au pôle multimodal prévu sur le parking P47 en bordure de l’aéroport est en sursis. Genève promouvait ce projet en priorité absolue, Berne le relègue en liste B, ce qui repousse sa réalisation et rend l’appui fédéral (35% du devis) plus incertain. La même relégation frappe des projets majeurs comme l’axe de transport collectif désiré entre Vernier et le centre-ville ainsi que la création d’un site propre pour les transports en commun sur l’axe du pont du Mont-Blanc, entre Rive et Cornavin.

Également défendues en priorité immédiate, les extensions transfrontalières du réseau de tram semblent reléguées par Berne en troisième position, ce qui les compromet fortement. Il s’agit d’une part de la liaison entre le CERN et Saint-Genis et, d’autre part, de la seconde étape du tram d’Annemasse (entre le centre-ville et le Perrier). Le projet de bus à haut niveau de service sur l’axe Thonon-Genève boit la tasse lui aussi.

Amertumes genevoise et française

En France, on constate avec amertume la situation délicate des grands projets transfrontaliers. «Je suis stupéfait que Berne ne prenne pas en compte les projets de trams et de bus, ces projets issus d’un diagnostic partagé qui répondent aux besoins croissants de mobilité de nos concitoyens, en particulier en matière de transports en commun, et aux gros soucis que rencontre notre agglomération, réagit Jean Denais, président du Pôle métropolitain du Genevois français. Compte tenu du fait que cette proposition du comité technique est à la fois surprenante et décevante, le Canton de Genève devra tenter de renégocier le contenu de l’enveloppe.»

En avril, Genève a déjà vécu une déconvenue, mal servie qu’elle était dans les projets ferroviaires que la Confédération envisage pour 2030 et 2035. La ville du bout du lac est-elle en disgrâce? «Dans les deux cas, la situation est très préoccupante et mettra le canton en position délicate d’ici à cinq ou six ans, répond François Longchamp, président du Conseil d’État. Globalement, la Confédération a réduit d’un tiers sa contribution par rapport à la précédente génération de projets d’agglomération, alors que Doris Leuthard a répété la semaine dernière qu’il s’agissait d’une politique prioritaire. Genève subit cette fonte de façon particulièrement forte, mais nous ne sommes pas les seuls et nous contacterons dès aujourd’hui les autres villes lésées.» La résistance s’organise.


Berne va déverser des milliards pour faire sauter les bouchons

«Nous sommes chaque jour dans les embouteillages sur les routes ou serrés dans les trains. Or la mobilité des gens va continuer d’augmenter massivement à l’horizon 2040.» Voilà le constat que posait mercredi à Berne Doris Leuthard, la ministre déléguée aux Transports. Elle a dévoilé dans la foulée le plan de développement des routes nationales, adopté par le Conseil fédéral. Un projet mammouth qui est mis en consultation jusqu’en avril. Il est accompagné d’un plan spécifique pour les agglomérations. Rapide survol. Les projets mûrs pour être financés en 2019

Il y a quatre projets prioritaires pour 2019 aux yeux de Berne. Deux se trouvent en Suisse romande. Il s’agit de l’élimination du goulet d’étranglement de Crissier et du contournement du Locle. De l’autre côté de la Sarine, signalons le contournement attendu de Lucerne.

Les projets dans le pipeline jusqu’en 2030

Le gros projet qui touche la région lémanique concerne la 3e voie autoroutière entre l’échangeur de Perly et la jonction de Nyon. Elle figure bien dans les projets sélectionnés. Selon le directeur de l’Office fédéral des routes, certains crédits de financement devraient apparaître à l’horizon 2024. Mais tout dépend de l’avancée concrète des projets et aussi des recours déposés. Au niveau suisse, la Confédération compte investir 13,4 milliards d’ici à 2030 en puisant dans le nouveau fonds routier Forta, accepté par la population. Si on se projette jusqu’en 2040, la Confédération table sur un volume global de travaux de plus de 28 milliards.

Ce que va coûter l’entretien des routes

Les investissements dans le bitume du futur, c’est bien joli. Mais il faut aussi entretenir le réseau national existant. Et cela n’est pas donné. Le Conseil fédéral demande au parlement de lui accorder 8,1 milliards de francs pour la période 2020-2023. Soit environ deux milliards par année. Un peu plus d’un milliard servira à l’entretien des routes et aux installations techniques. Plus de 600 millions seront utilisés pour compléter l’infrastructure existante, notamment sur le plan des normes et des prescriptions légales. Enfin, plus de 400 millions seront consacrés à la sécurité et aux frais d’exploitation du réseau.

L’essence et la vignette vont-elles augmenter?

L’argent ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval ni sous le pneu d’une voiture. En général, on va le chercher dans la poche de l’automobiliste ou du contribuable. Bonne nouvelle: Doris Leuthard promet que jusqu’en 2023 le financement des travaux est couvert. «En 2024, il faudra remettre sur le tapis la question d’une hausse de l’essence de 6 centimes et d’une augmentation de la vignette autoroutière.» Arthur Grosjean

Créé: 17.01.2018, 20h08

Les projets genevois retenus

Si les choix publiés hier devenaient définitifs, le Grand Genève obtiendrait une aide fédérale de 38,78 millions de francs pour sept projets.
Quels sont-ils? On citera tout d’abord l’aménagement d’un axe fort de transport public au travers du futur quartier de l’Étang, à Vernier,
et à l’avenue de l’Ain. Berne plébiscite l’aménagement de quatre pôles multimodaux: les abords des gares françaises de Thonon et La Roche-sur-Foron, ceux de la gare de Nyon ainsi que le parking P47, près de l’aéroport.

Des aménagements en bordure du tarmac sont aussi retenus. Collex-Bossy recevrait un aménagement de mobilité douce, mode qui toucherait en outre un forfait de 15,3 millions à répartir.

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