Genève expulse motos et scooters des voies de bus

ExpérimentationInvoquant des excès de vitesse en hausse, l’État met un terme aux tests à la route des Jeunes et à celle de Ferney.

La voie de bus au départ du parking de l'Etoile qui part en direction du Stade de Genève était autorisée aux véhicules à deux roues.

La voie de bus au départ du parking de l'Etoile qui part en direction du Stade de Genève était autorisée aux véhicules à deux roues.

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Les motos et scooters ne sont pas près de pouvoir rouler légalement sur les voies de bus genevoises L’État a indiqué jeudi qu’il mettait un terme à l’essai mené depuis le mois d’avril sur un tronçon de la route de Ferney. En juin, il avait annoncé la fin d’un essai similaire entamé en août 2017 route des Jeunes. C’était deux semaines après le départ du conseiller d’État Luc Barthassat, non réélu, à l’origine de ces expérimentations emblématiques de son règne.

Repris par Serge Dal Busco, le département chargé des Transports justifie sa décision par deux études confiées à des mandataires privés. Celles-ci relèvent que la circulation sur les voies de bus, déjà largement pratiquée frauduleusement avant ces expériences, fait gagner de deux à trois minutes en heure de pointe aux deux-roues motorisés (2RM) et qu’aucun accident lié aux essais n’a été déploré sur les deux sites. Mais il y a tout de même des bémols. Le département explique ainsi que l’essai à la route de Ferney (de l’autoroute à la place de Carantec) a ralenti d’une vingtaine de secondes la progression des bus: un effet indirect du test, dû aux changements qu’il avait impliqués dans la signalisation.

Infractions en hausse

Dépourvus d’aménagement dédié sur ce parcours, les cyclistes étaient par ailleurs désécurisés en étant dépassés par les voitures sur leur gauche et par les deux-roues motorisés sur leur droite. Enfin, la proportion de motards et de scootéristes en excès de vitesse a grimpé de 3,3% avant l’essai à 8,2% durant le test. Les contrôles de police ont relevé «une progression importante du nombre d’infractions observées, tous usagers confondus», précise encore l’État.

La période d’observation des délits routiers était toutefois plus longue pendant les essais, commençant plus tôt le matin, ce qui pourrait en partie expliquer le différentiel, lit-on en petits caractères dans le rapport d’expertise. Un biais? «C’est la preuve que nous nous basons sur des études honnêtes et scientifiques qui font apparaître les éventuels biais, réplique Roland Godel, au nom du département. Cette remarque ne fait que pondérer une hausse qui est par ailleurs très nette et qu’on observe aussi sur l’autre site de test.» A la route des Jeunes, entre l’Étoile et le stade, un triplement de la proportion de motos et scooters trop rapides a été mesuré: 1,3% avant l’essai et 4% pendant.

Un trait est tiré sur ces expériences. «Les bilans montrent que ce type d’aménagement peut produire des effets indésirables, voire potentiellement dangereux, conclut le département. La police relève en outre qu’une poursuite de telles expériences sur quelques tronçons qui pourraient potentiellement s’y prêter serait de nature à favoriser des comportements illicites dans d’autres voies de bus où les 2RM ne sont pas autorisés à circuler.»

Soulagement et colère

Chez les partisans de la mobilité douce, la satisfaction prévaut. «C’est un retour à la normale, estime Lisa Mazzone, conseillère nationale Verte et présidente genevoise de l’Association Transports et Environnement. Il n’y avait pas de raison que Genève devienne la seule grande ville de Suisse à favoriser ainsi les deux-roues motorisés qui doivent rester dans le trafic général au vu de leurs émissions polluantes et sonores. Dès le départ, nous avons craint que ces tests gênent les cyclistes et les transports publics. Ils constituaient un signal encourageant un laisser-aller général.»

Chez les usagers des deux-roues motorisés, on l’a mauvaise. «Nous sommes très étonnés que les chiffres aient autant évolué par rapport à ce qui nous avait été montré en mars, comme si quelque chose avait brusquement changé dans l’air ambiant, ironise Aristos Marcou, au nom de l’association génération2motards. On a l’impression d’une mesure partisane et de faire les frais de la rivalité entre les deux magistrats qui se sont succédé. Dans l’immédiat et sur le terrain, les motards ne vont pas cesser d’utiliser ces voies de bus, mais ils auront tendance à se rabattre brusquement à la vue d’une voiture de police. Les dangers vont donc augmenter.» Un examen plus serré des chiffres par les défenseurs des 2RM pourrait déboucher sur la décision de monter une action. Une Critical mass de motards? «On pourrait, répond le porte-parole. Ce serait marrant, mais bruyant…» (TDG)

Créé: 20.09.2018, 12h13

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