Un mouvement de grève inédit a paralysé l’ONU

Genève internationaleLes baisses de salaire décidées à New York suscitent grogne et mobilisation un peu partout à travers le monde.

Le personnel de l'ONU à Genève a manifesté son mécontentement vendredi.

Le personnel de l'ONU à Genève a manifesté son mécontentement vendredi. Image: dr

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Les Nations Unies sont en proie à un conflit social aux dimensions inédites. Vendredi, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui siège à Genève, a dû suspendre ses travaux faute de traducteurs et de personnel administratif. La veille, le personnel a massivement voté en faveur de la grève. Genève n’est pas la seule plateforme onusienne concernée. Dans les bureaux régionaux, la grogne monte aussi.

À l’origine de cette mobilisation, il y a une baisse de salaire de 5% imposée par la Commission de la fonction publique internationale (ICSC), basée à New York. À la demande des États membres, et notamment des États-Unis et des pays européens, ses membres ont été incités à revoir les grilles salariales et à mettre leur nez dans le système de compensation pour le coût de la vie appliqué à Genève mais aussi dans d’autres places à travers le monde.

Devant le tollé suscité par l’annonce de ces mesures, l’ICSS s’était engagée il y a quelques mois à faire marche arrière et à contenir la baisse salariale initiale de 7% à 3%. Aujourd’hui, les syndicats parlent de «trahison». Le 22 février dernier, cette mesure a entraîné une grève surprise de deux heures. Depuis, un vent de fronde gagne toutes les agences onusiennes et toutes leurs représentations à travers le monde. Les coups les plus durs ont été portés mardi par le Syndicat du personnel du Bureau international du travail. Sa présidente, Catherine Comte-Tiberghien, a profité de la présence des représentants des États membres pour mettre en garde contre le risque d’enlisement du conflit. «Ce qui se passe n’est qu’un début», a-t-elle prévenu. Et d’ajouter: «Cette colère qui monte n’est pas un caprice de fonctionnaires gâtés résidant et travaillant dans des villes sièges.» À l’appui de ses propos, la représentante syndicale a évoqué le cas des fonctionnaires en poste à Bangkok qui vont «se voir imposer une troisième échelle de salaire au mépris de toutes les conventions internationales». À la sortie, à travail égal, ils seront payés jusqu’à 25% de moins.

En décembre dernier, le tribunal arbitral de l’ONU s’est prononcé en faveur du personnel. Mais le soulagement a été de courte durée. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a immédiatement fait appel de cette décision. Une initiative qui a contribué à tendre les relations entre le personnel et l’administration centrale. À Genève, les employés n’ont pas apprécié de s’entendre rappeler, dans un courrier que leur a adressé Michael Moller, directeur général de l’ONU à Genève, que leur statut de fonctionnaires ne leur offrait «aucune base» légale permettant de «s’absenter en raison d’une grève».

Le ton monte aussi à New York, où une manifestation est annoncée ce lundi. Selon Ian Richards, représentant la coordination des syndicats, le mouvement pourrait prendre de l’ampleur si les décisions de la Commission de la fonction publique internationale n’étaient pas remises en cause. La colère se cristallise autour de cet organe, qui est appelé à se réunir le 19 mars. Les syndicats qui en dénoncent les mensonges exigent qu’il soit réformé. La dernière mobilisation importante remonte à 1988.

(TDG)

Créé: 16.03.2018, 18h41

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