À Genève, quatre stagiaires de l'ONU sur cinq ne sont pas rémunérés

Genève internationaleUn sondage met en évidence un traitement défaillant dans la gestion des jeunes diplômés. Retrouvez le classement des bons et des mauvais employeurs.

Le siège européen de l'ONU à Genève.

Le siège européen de l'ONU à Genève. Image: Keystone

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Le combat des stagiaires non payés de l’ONU continue. Un système de notation dévoilé ce lundi à Genève établit pour la première fois un classement des bons et mauvais élèves au sein du système onusien. En 2015, 4000 stagiaires étaient recensés contre 142 en 1996.

Différentes données relatives au processus de candidature, à l'accueil et au stage mais aussi à l’égalité des chances ont été compilées lors d’un sondage réalisé cet été auprès de 700 personnes.

Aujourd’hui, l’absence de rémunération n’est pas le seul problème pointé du doigt (l’ONU n’indemnise que 20% de ses stagiaires). Les mauvaises pratiques vont au-delà avec une prise en charge bien souvent lacunaire des stagiaires. L’exemple le plus souvent énoncé concerne des jeunes diplômés qui n’ont jamais reçus de réponses à leurs courriers de candidatures et qui deux ans plus tard se voient proposer de démarrer un stage presque séance tenante.

Du très mauvais mais aussi du bon

Parmi les plus mauvais élèves du système onusien figurent le Secrétariat général, un comble, mais aussi l 'Union internationale des télécommunications (UIT), l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), l’ONU Femmes et le Programme des Nations unies pour le développement.

Parmi les bons élèves, caracolent en tête l'Organisation Internationale du Travail (OIT) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), le Programme alimentaire mondiale (PAM) et le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) sont classés en milieu de tableau avec des notations plutôt correctes.

«Nous sommes dans un système où l’ONU viole ses propres principes. Cela ne peut pas durer»

Le classement établi par le collectif Fair Internship Initiative permet de poser le décor avant que l'Assemblée générale ne se saisisse du rapport interne du Corps commun d'inspection (CCI) rendu en 2018 et qui recommande de mettre un peu d’ordre dans le bazar des stages. L’association créée en 2015 pour «améliorer l’intégration, la reconnaissance et la protection des jeunes travaillant aux Nations Unies» ne lâche pas le morceaux.

«Nous sommes dans un système où l’ONU viole ses propres principes. Cela ne peut pas durer», explique Albert Barseghyan, porte-parole de Fair Internship Initiative. Pour ce dernier, cette situation résulte d’une dérive, sans doute amplifiée par les difficultés financières de ces dernières années.

Une pratique qui remonte aux années 50

Et de rappeler: «Les stages non-rémunérés ont été mis en place dans les années 50. À l’époque, cela permettait aux États membres de mettre à dispositions du système onusien des personnels qualifiés pendant un temps déterminé.» Aujourd’hui, les stagiaires sont le plus souvent recrutés pour pallier un manque d’effectifs. Corvéables à merci, ils ne bénéficient pour certains, outre l’absence de toute rémunération, d’aucune protection sociale.

Jusqu’en 2015, date à laquelle David Hyde a planté sa toile de tente près du Palais des Nations pour dénoncer l’exploitation abusive de milliers de jeunes diplômés à travers le monde, l’ONU restait frappée de cécité face à ce problème. «Partant du principe que la gratuité permet de faire un stage dans un organisme prestigieux, il était admis que la question de la rémunération ne se posait pas. Heureusement, il y a eu une prise de conscience. Les mentalité ont changé. Plus personne à l’intérieur du système onusien ne justifie la gratuité des stages», relève Albert Barseghyan. Il fait dire que depuis quatre ans, la mobilisation n’est jamais retombée et qu’elle s’est étendue à toutes les représentations de l’ONU à travers le monde. En mars dernier, plusieurs dizaines de stagiaires ont manifesté à nouveau devant les grilles du Palais des nations pour dénoncer leur traitement.

Créé: 18.11.2019, 17h03

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