«Il faut une norme mondiale contre le harcèlement au travail»

Genève internationaleLe directeur général de l’Organisation internationale du travail, Guy Ryder, défend un texte qui pourrait être adopté l’an prochain.

Guy Ryder souligne que les progrès en matière d’égalité au travail restent très insuffisants.

Guy Ryder souligne que les progrès en matière d’égalité au travail restent très insuffisants. Image: OIT/DR

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La Conférence internationale du travail ouvre ses travaux ce lundi à Genève. À l’ordre du jour, la question de l’égalité entre hommes femmes, et celle du harcèlement au travail. Un dossier que l’actuel directeur de l’Organisation internationale du travail (OIT), Guy Ryder, juge prioritaire.

Votre projet de traité sur le harcèlement au travail fait-il suite à l’affaire Weinstein et au mouvement #MeToo?
Nous n’avons pas attendu l’affaire Weinstein pour nous préoccuper de cette question. Dès 2015, il nous apparaissait déjà évident que quelque chose n’allait pas dans ce domaine dans le monde du travail. Nous avons donc lancé cette année-là le processus de consultations auprès des mandants de l’OIT, qui nous amène à cette première discussion lors de la Conférence internationale du travail qui s’ouvre ce lundi. Dès l’été dernier, j’avais aussi décidé que mon rapport annuel à la conférence aurait pour thème la nécessité d’avancer en matière d’inégalités entre hommes et femmes. Bien entendu, le mouvement #MeToo a servi de caisse de résonance, notamment en dénonçant des formes inacceptables de violences sexistes et sexuelles. Et c’est bien. Mais notre tâche est plus large, dans le sens où, lors de cette première discussion, il s’agira surtout de définir le périmètre d’une éventuelle norme internationale. Cette étape est indispensable pour aboutir à un texte qui puisse, comme je l’espère, être adopté lors de notre conférence du centenaire de l’OIT, en 2019.

Est-ce que l’égalité entre hommes et femmes au travail progresse?
Des progrès ont été faits. Mais ils restent très insuffisants. Au-delà de la violence au travail et des questions liées au harcèlement, il y a les inégalités entre hommes et femmes en matière salariale, qui demeurent l’une des pires formes de discrimination. Nous avons créé une coalition mondiale pour lutter contre ce phénomène. Pourtant, le principe «à travail égal, salaire égal» fait partie intégrante de la constitution de l’OIT, rédigée à sa création, en 1919. Cent ans après, le problème persiste, et c’est inacceptable. Voilà la raison pour laquelle l’OIT fait de cette question l’un de ses principaux chevaux de bataille.

Pourquoi les rapports sociaux tournent-ils toujours au rapport de force, par exemple en France?
Les revendications sociales se manifestent différemment d’un pays à l’autre, parfois de manière plus démonstrative. Je constate toutefois qu’en France, le dialogue social persiste, malgré les mouvements sociaux. Ce dialogue social est essentiel pour avancer. Il doit prendre en compte les préoccupations des salariés mais aussi les nécessaires évolutions. À chaque fois, il faut tenter de trouver des solutions innovantes pour parvenir au consensus. C’est parfois difficile, mais c’est incontournable, car des décisions qui ne seraient qu’imposées sans consultation ont peu de chance d’amener les résultats escomptés.

Y a-t-il dans le monde un mal-être grandissant chez les salariés à cause d’une pression financière accrue?
Le système financier a pris, depuis le milieu des années 70, une importance accrue par rapport à l’économie réelle. Les bénéfices réalisés sont souvent recyclés dans l’achat ou le rachat d’actions, sans investissements nouveaux pour financer l’économie réelle, ce qui entraîne des tensions de plus en plus fortes sur l’emploi. Il faut également ajouter les pressions visant à multiplier les efforts pour réduire les coûts afin d’augmenter la valeur de l’entreprise. Ces tendances, aggravées par les conséquences de la crise économique de 2008, ont eu souvent un effet négatif sur la qualité des emplois. Face à cette dynamique, l’OIT peut apporter des solutions par la promotion du travail décent, et également par les recommandations qu’elle fournit aux instances internationales de décision telles que le G20. (TDG)

Créé: 27.05.2018, 18h42

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