Genève franchit le cap décisif des 500 000 habitants

Événement En 22 ans, le canton a grandi de 100 000 âmes. Et la région dans son entier en compte désormais un million. Portrait chiffré d’une population qui connaît un étonnant brassage.

Image: Laurent Guiraud (archives)

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Genève se compte désormais en million. Certes, il ne s’agit que d’un demi, mais tout de même. Le cap des 500 000 habitants dans le canton est franchi, et l’Office cantonal de la statistique devrait en fournir les détails ces prochains jours. Avec les voisins de l’arrière-pays, comme on disait alors, on arrive bel et bien au million pour la région.

Pour le Genevois, qui a toujours préféré rayonner par l’esprit plutôt que par le nombre, ce cap n’est pas anodin. Les autorités l’ont d’ailleurs bien compris. Elles ont symboliquement fêté lundi l’événement avec la naissance d’une fillette.


>> À lire, notre article à ce sujet : Cérémonie inédite aux HUG pour une naissance toute particulière <<


La «Tribune de Genève», quant à elle, va consacrer ces prochains jours une série d’articles à ce passage qui résonne fortement dans un contexte où le développement du canton est de plus en plus remis en question. Mais d’abord, nous tirons le portrait chiffré de cette population genevoise, en puisant largement dans les données de l’Office de la statistique.

1. Vingt années de croissance

Quand Genève passe la barre des 400 000 habitants, la presse ne s’en émeut guère. Nous sommes en 1996, le canton se languit d’une économie morose et la population ne croît qu’au compte-gouttes. «Les 500 000 habitants ne sont pas pour demain», écrit un chroniqueur du «Journal de Genève».

C’est pourtant peu après que l’économie se relève. Et que tout bascule. Aidée par les accords bilatéraux qui ont ouvert les frontières aux travailleurs étrangers, la conjoncture repart et s’accompagne d’une forte immigration. Ni l’explosion de la bulle Internet du début des années 2000 ni la crise des «subprimes» en 2008 ne la freinent.

En vingt-deux ans, Genève gagne 100 000 habitants. L’immigration en est la cause principale, l’excès de naissances sur les décès (le solde naturel) n’entrant que pour un tiers dans cette évolution.

Genève a crû ainsi de 1% en moyenne par an. À vrai dire, cela n’a rien d’exceptionnel. Durant vingt ans, de 1950 à 1969, le canton a grandi deux fois plus vite (2,3% en moyenne) et certaines années, il accueillait 10 000 personnes de plus, ce qui l’a conduit à construire les «cités satellites».

La crise pétrolière du début des années 70 a cassé cette forte dynamique et trois décennies de hausses plus modestes s’en sont suivies. Jusqu’au début d’un nouveau cycle de forte croissance que nous venons de connaître depuis 1999.

2. Un million dans la région

En vingt ans, Genève a créé plus de 100 000 emplois. Sa main-d’œuvre locale ne suffisant pas, il en importe. De France voisine, d’où proviennent désormais 84 000 frontaliers. De la Suisse aussi, avec 28 000 pendulaires, dont la moitié vient du district de Nyon. Dans l’autre sens, 22% des Genevois font leurs courses en France une fois par semaine. C’est pourquoi Genève ne se limite plus à ses frontières. Le Grand Genève, concept forgé il y a une demi-douzaine d’années, ne fait qu’illustrer cette interdépendance.

Aujourd’hui, l’agglomération compte un million d’habitants. Et les voisins du canton ont grandi bien plus vite. La France voisine a vu sa population augmenter de près de 40% en vingt ans, le district de Nyon de 46%. Deux fois plus que Genève.

3. Un énorme brassage

Chaque année depuis 2000, Genève croît par l’apport d’environ 3300 étrangers. Ce solde migratoire cache une réalité assez étonnante. En fait, chaque année, ce sont près de 24 000 personnes qui viennent s’établir dans le canton, et 21 000 autres qui le quittent, que ce soit des Suisses ou des étrangers.

On assiste donc à un énorme brassage, qui touche près de 5% de la population. Ce phénomène est particulier au canton. On imagine qu’il découle de sa structure économique, où de grandes sociétés font appel à des «expats» à titre temporaire. Toutefois, dans les années 60, ce brassage existait déjà et était même plus important. En 1964, 46 000 immigrés ont posé leurs valises ici, soit 15% de la population de l’époque! Ce qui consacre Genève comme porte d’entrée pour l’immigration.

4. Un Genève très divers

Les étrangers représentent 40,2% de la population. C’est le taux le plus élevé en Suisse, avant Bâle-Ville et Vaud. Genève a déjà connu une situation similaire. C’était en 1913, avant que la guerre ne vide le canton de ses étrangers. Ils ne sont revenus qu’après la Seconde Guerre mondiale.

Mais la communauté étrangère est aujourd’hui différente. Elle est plus diverse. Dans les années 60, seules six nationalités comptaient plus de mille personnes et formaient le gros des contingents étrangers. Ces nationalités sont aujourd’hui une trentaine. Cette communauté est aussi plus imbriquée parmi les Suisses car une bonne partie des étrangers ont pris le passeport à croix blanche. Si on tient compte des naturalisations, on obtient la répartition suivante: 38% de Suisses non issus de la migration, auxquels s’ajoutent 25% de Suisses issus de la migration. Puis 33% d’étrangers de première génération et 3% de seconde génération. Autrement dit: 61% des habitants proviennent de la migration.

Les communautés les plus importantes sont originaires du Portugal, de France, d’Italie et d’Espagne. Ces quatre pays représentent la moitié des étrangers. Les fonctionnaires internationaux, eux, à peine 12%. Les étrangers sont très inégalement répartis. Ils sont 53% à Pregny-Chambésy, 48% en ville de Genève, mais seulement 13% à Avusy.

5. Peu croyants mais bilingues

Cela fait des lustres que les catholiques ont pris le dessus (en nombre) sur les protestants. C’était déjà le cas en 1880. Aujourd’hui, le groupe dominant (38%) se dit «sans appartenance religieuse». Suivent les catholiques (35%), puis les protestants (10%), les musulmans (6%) et les juifs (1%).

Quoi qu’il en soit, la plupart d’entre eux doivent prier en français puisque c’est la langue la plus utilisée (81% des habitants). Elle est suivie par l’anglais (11%), le portugais (10%), l’espagnol (8%) et l’italien (7%). Près d’un quart des habitants est bilingue et 6% maîtrisent parfaitement trois langues ou plus.

6. Un nain européen

Avec son petit million d’habitants, l’agglomération transfrontalière genevoise est la deuxième de Suisse, derrière Zurich et devant Bâle. Au niveau européen, c’est un nain. Elle se place en treizième position, derrière Vienne, Lyon et Turin. Elle devance Strasbourg ou Grenoble.

7. Et demain?

Combien serons-nous dans vingt ans? L’Office de la statistique a réalisé récemment des projections. Il a tenu compte des différents niveaux de migration ces trente dernières années ainsi que de la manière dont les migrants se répartissaient dans la région (dans ou hors Genève) pour établir quatre scénarios. Dans le plus modéré de ceux-ci, la région passerait de 1 à 1,26 million d’habitants en 2040, et Genève en compterait 576 000. Dans le plus fort, la région atteindrait 1,36 million d’habitants, et Genève 625 000.

Dans tous les cas, la population est appelée à prendre de l’âge. Mais elle vieillira moins avec une forte immigration, sachant que celle-ci freine le vieillissement.

Le rapport de dépendance va ainsi beaucoup varier selon les cas. Aujourd’hui, Genève compte 26 retraités pour 100 «actifs» (personnes de 20 à 64 ans). Demain, ils seront 35 (pour 100 actifs) avec une forte immigration, mais plus de 40 avec une faible immigration.

8. Et encore

La ville de Genève reste, de très loin, la commune la plus peuplée, avec 202 000 habitants, en hausse de 16% en vingt ans. Suivent Vernier, Lancy, Meyrin et Carouge. Treize communes sur quarante-cinq comptent plus de 10 000 habitants et regroupent 84% de la population. À la fin de 2017, on recensait 138 personnes âgées de 100 ans ou plus, 22 hommes et 116 femmes. La doyenne avait 113 ans et le doyen 111. (TDG)

Créé: 30.07.2018, 19h47

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