Comment les urbanistes des gares CEVA fleurissent le béton

VidéoLes responsables de l'aménagement détaillent leurs efforts pour végétaliser et humaniser des sites a priori très minéraux et utilitaires. Il leur a parfois fallu déjouer de fortes contraintes.

Découverte des aménagements extérieurs de trois gares CEVA, à cinq semaines de l'inauguration. Vidéo: Lorraine Fasler

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Que de nuances de gris en ces temps où les Genevois se déclarent si friands de verdure! Encore en plein chantier à cinq semaines de leur inauguration, les parvis des gares du CEVA laissent à première vue une forte impression de minéralité. Un aspect que les concepteurs de ces espaces publics se sont efforcés de démentir lors d’une visite organisée jeudi à l’intention des médias.

Gare après gare, ces spécialistes ont expliqué comment ils ont essayé de ne pas réduire ces sites à leur pure fonction utilitaire afin de permettre une «appropriation» par le public. Pour adoucir les contours brutalistes des interfaces de mobilité, les urbanistes ont tenté d’y intégrer, autant que faire se peut, un peu de vie naturelle.

Des plantations commenceront la semaine prochaine sur le plateau de Champel, qui a perdu beaucoup de verdure avec la construction de la gare. C’est par centaines que des boutures seront tentées ces prochaines semaines. À Annemasse et Chêne-Bourg (où quelque 600 enfants seront mis à contribution), on mise sur le 25 novembre, sur la promesse d’un dicton: «À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine.»

Un décompte précis

Le chantier des gares du CEVA et des bâtiments environnants a fait périr 620 arbres, selon l’État. Les aménagements autorisés prévoient 786 remplaçants, mais des occasions nouvelles ont été trouvées, portant le total à 810. Un gain de 190 unités, même si un arbre jeune n’aura pas d’emblée l’envergure de son aîné sacrifié.

«On ne plante pas pour le jour de l’inauguration», philosophe Philippe Viala, chef du service des interfaces CEVA au Département cantonal du territoire. «Le vrai bilan se fera dans quelques années, poursuit-il. On verra quels arbres ont bien pris. Sur la Voie verte, 5% des végétaux ont dû être replantés.» Et de porter au crédit de ces arborisations nouvelles leur accessibilité pour le public, contrastant avec l’isolement passé de certains lieux, telle l’ancienne friche ferroviaire des Eaux-Vives, jadis cadre d’une biodiversité d’autant plus riche que presque personne n’y mettait les pieds.

Les remplacements ne se font pas à l’identique. On mise notamment sur des plantes susceptibles de résister aux canicules. Le site du Bachet-de-Pesay s’ornera ainsi d’érables de Montpellier. Mais les choix sont parfois des allusions à l’histoire ou l’identité d’un lieu. C’est à dessein qu’on trouvera un groupe de trois chênes près de la gare de Chêne-Bourg, desservant la région des Trois-Chêne. Mais près de cette halte, le long du tronçon encore fermé de la Voie verte, on espère aussi recréer, avec des murets encerclant un bassin, le biotope particulier qui s’épanouissait jadis sur le ballast ferroviaire.

À Lancy-Pont-Rouge, la placette qui borde la route des Jeunes accueille des peupliers car on en trouvait là dans les années 50. Pour mieux les héberger, on a libéré de la place en sous-sol au détriment d’un parking. Quand les travaux ont débuté sur le site, un seul arbre y vivait. Il y en aura au final 80, dont la moitié est déjà installée. On prépare encore l’arrivée des nouveaux venus le long de la route du Grand-Lancy en creusant pour eux des fosses (comme il en existera aussi entre les îlots arborisés de Champel). Il s’agira de micocouliers, qui devraient tutoyer d’ici à une décennie le quatrième étage des tours qui y ont été érigées. De quoi peut-être adoucir un jour la sévérité de leurs façades anthracite.

Acrobaties horticoles

Un site aux fortes contraintes comme le Bachet-de-Pesay est un défi pour qui veut jardiner. La plateforme des trams est juchée au-dessus d’une gare semi-enterrée et d’un tunnel autoroutier. Il arrive qu’on chemine pratiquement sur la voûte de ce dernier boyau. Le contexte est tout sauf idéal pour le développement racinaire.

Mais on a rusé. Les toits massifs des marquises sont en fait des bacs à plantes. L’espace entre les rails a été dégagé pour le végétaliser. On a renoncé à un parking pour que des arbres en pleine terre puissent trôner sur la place haute qui dominera le site. Une issue de secours qui faisait l’effet d’une verrue a été transformée en belvédère végétalisé, caprice incongru qui humanise le lieu.

Dans le même ordre d’idées, trois importants bosquets se sont imposés dans le mélange de béton et de fonte qui ornera la place de la gare d’Annemasse. À l’arrière, l’espace autrefois occupé par une rotonde ferroviaire se changera en parc ponctué de 110 arbres.

Créé: 08.11.2019, 07h26

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Les gares du CEVA feront bourgeonner le béton

Les gares du CEVA feront bourgeonner le béton Les urbanistes détaillent leurs efforts pour végétaliser et humaniser des sites a priori très minéraux et utilitaires. Il leur a parfois fallu déjouer de fortes contraintes.

Des chantiers à marche forcée

Aux abords de la gare des Eaux-Vives ou de celle d’Annemasse, où les travaux battent leur plein et où domine l’impression de chaos labyrinthique, il est difficile de croire que la première sera mise en service dans cinq semaines et que la seconde vivra même son inauguration vendredi prochain. Les responsables l’assurent pourtant: oui, on pourra y prendre son train.

Mais les travaux ne seront pas finis pour autant. La nouvelle gare d’Annemasse, enrobant les restes du bâtiment historique, ne devrait être terminée qu’en juin. Quant au quartier de quelque 1300 logements qui doit croître à ses abords, ce sera l’œuvre d’une décennie. Aux Eaux-Vives, la construction de la partie orientale du nouveau quartier de la gare (on y trouvera notamment une piscine) n’a même pas encore débuté. Le site sera achevé à 100% en 2024.

À Chêne-Bourg, la galerie commerciale qui donnera directement sur le quai souterrain (un cas de figure semble-t-il unique) a vu sa réalisation différée, retardant d’autant l’achèvement
des espaces publics qui la surplomberont. Mais les premiers habitants de la nouvelle tour Opale, à l’est de la gare, sont déjà attendus en avril. Ils auront pignon sur chantier jusqu’en 2022. À Pont-Rouge, on verra la fin du tunnel en 2021;
au Bachet, l’an prochain déjà.

Pour les responsables des espaces publics, les premières semaines de vie autour des gares seront des temps d’observation. Ils prévoient d’ores et déjà d’envisager les correctifs qui pourraient s’imposer dès l’an prochain.

Dans le marathon qui précède la mise en service intégrale du Léman Express ce 15 décembre, on attend encore les éléments de signalétique qui ne seront livrés de Grande-Bretagne que dès le 4 décembre. Une originalité pour ces panneaux: les plans y seront présentés dans le sens du regard du piéton et non pas en ayant systématiquement le nord au haut de la carte.

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