Les frasques de Guillaume Barazzone mettent le PDC en posture défensive

PolitiqueLes militants oscillent entre dégoût et combativité. Le président, Vincent Maitre, dément toute crise.

«Certains le défendent à tous crins, d’autres sont scandalisés», dit Vincent Maitre.

«Certains le défendent à tous crins, d’autres sont scandalisés», dit Vincent Maitre. Image: LAURENT GUIRAUD

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L’année 2018 n’est pas de tout repos pour les démocrates-chrétiens. Après avoir perdu un siège au Conseil d’État en mai, lors de l’éviction de Luc Barthassat, le PDC genevois voit une de ses figures de proue chahutée en la personne de Guillaume Barazzone, son magistrat municipal et sa tête de liste pressentie pour les élections fédérales de l’automne 2019, où la formation ne pourra plus compter sur sa locomotive nationale, la conseillère fédérale Doris Leuthard, sur le départ.

Étoile montante du PDC suisse, auteur en 2012 du retour de son parti à l’Exécutif de la Ville de Genève après deux décennies d’absence, le trentenaire défraie la chronique. Évocateur des pérégrinations de son prédécesseur en Ville Pierre Maudet, le voyage de Guillaume Barazzone à Abu Dhabi a motivé l’ouverture d’une investigation judiciaire après qu’il en a lui-même révélé l’existence au Conseil municipal, le 17 octobre. Cerise sur le gâteau, ses notes de frais records sont épinglées dans un audit que la Cour des comptes a publié jeudi sur les défraiements de l’Exécutif de la Ville. Le seul élu de droite du collège apparaît comme le plus dépensier de tous, et de loin, au point que Guillaume Barazzone s’est senti tenu, mais «volontairement», de restituer près de 52 000 francs à la caisse communale.

N’importe quel parti serait en crise après un tel épisode. Mais pas le PDC, selon son nouveau président cantonal, le député Vincent Maitre, intronisé il y a moins d’un mois. «Il n’y a pas de crise, parce qu’il n’y a aucune controverse, assène-t-il. Les faits sont établis et reconnus. Au sein de la présidence du parti, nous avons dit à Guillaume Barazzone tout le mal que nous pensions de ce comportement inadmissible de la part d’un magistrat, ce qu’il a admis. Nous attendons désormais de lui qu’il soit encore plus irréprochable que n’importe qui d’autre.»

Des réactions contrastées

L’image de l’élu est écornée. «C’est indéniable, mais Guillaume Barazzone essaie de se racheter et c’est le seul parmi les cinq magistrats à avoir pris des mesures correctives en remboursant, poursuit Vincent Maitre. Les gens ne lui pardonneront pas du jour au lendemain, mais j’espère que lors des élections fédérales, ils feront la pesée des intérêts entre cet accident de parcours et l’excellent bilan de Guillaume Barazzone au Conseil national dans la défense de Genève.» Le président ne dément toutefois pas que le parti soit secoué par des réactions contrastées. «Certains de nos membres le défendent à tous crins, d’autres sont scandalisés et se sentent trahis, mais au moins on en parle, ce qui est sain.»

On trouve en effet ces deux types de réflexes en sondant des membres du parti. La colère se focalise non pas sur le style de vie apparemment festif et flamboyant qui transparaît dans les dépenses de l’élu, mais sur son recours abusif à des deniers publics.

D’aucuns pressentent que ce qui passe très mal à Genève paraîtra encore plus rédhibitoire en Suisse alémanique, ruinant à jamais les plans que le parti national aurait pu échafauder sur une candidature du conseiller national genevois au Conseil fédéral dans un lustre ou deux. D’autres fustigent la dérive d’un édile ayant perdu le sens des réalités, peut-être pour s’être embrigadé trop jeune en politique. «Je pense qu’il est en train de lâcher la rampe et qu’il reviendra à son métier d’avocat», suppute un élu, spéculant sur la récente décision de Guillaume Barazzone de renoncer à briguer le Conseil des États. Décision qui peut sembler prudente a posteriori.

Complot et rédemption

L’homme conserve toutefois de forts appuis, même s’il a déçu. Et un esprit de corps se manifeste, une tendance à faire bloc. Cette posture défensive serait favorisée par la récente affaire, ou non-affaire, d’Abu Dhabi: des démocrates-chrétiens présument que leur champion a dû lever le voile sur son voyage à la suite de supposées pressions libérales-radicales destinées à détourner l’attention du cas Maudet. D’où une posture défensive qui était déjà de mise au PDC quand le rapport de la Cour des comptes a surgi.

Les explications de Guillaume Barazzone et ses restitutions financières ont aussi fait leur effet au PDC. Dans ce parti aux racines catholiques, on semble croire aux vertus de la confession et de la contrition, et on s’apprête à absoudre: «Il a reconnu et remboursé, donc on le soutient.» Et une voix proche de la tête du parti d’assurer: «On ne va pas le lâcher.»

Créé: 02.11.2018, 18h43

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