«Le Grand Genève n’est pas une chimère. Il est fait de rails, de parkings, de bus»

InterviewLes partenaires franco-genevois Jean Denais et François Longchamp font le point sur le projet transfrontalier.

François Longchamp et Jean Denais, réunis dans les bureaux de la présidence, font le point sur le Grand Genève.

François Longchamp et Jean Denais, réunis dans les bureaux de la présidence, font le point sur le Grand Genève. Image: AURANE DI MATTEO

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C’est fait: l’ARC est devenu un pôle métropolitain, présidé par Jean Denais, le maire de Thonon. Ce changement institutionnel donne du poids à cet organisme qui réunit les collectivités françaises entourant Genève (lire ci-contre). Cela change-t-il le rapport de force entre les partenaires français et genevois? Le point avec Jean Denais et le président du Conseil d’Etat, François Longchamp.

Jean Denais, le 1er mai, l’ARC est devenu un pôle métropolitain. Ça change quoi?

Jean Denais: Notre territoire entre ainsi dans le top 15 des aires métropolitaines. De quoi nous apporter une meilleure considération de l’Union européenne, de l’Etat, de la région Auvergne-Rhône-Alpes et des départements (Ain et Haute-Savoie). Cela nous permet surtout de renforcer nos capacités d’action dans les trois domaines clés: la mobilité, l’aménagement du territoire et le développement économique. Désormais, nous pouvons mener des projets structurants, et non plus seulement des études. Ce n’est pas une fin en soi, c’est un outil pour avancer plus rapidement.

François Longchamp, ça vous inquiète de voir les voisins français prendre du galon?

François Longchamp: Au contraire. C’est ce que nous souhaitons. Enfin, les Français assument la perception de cette région comme une véritable métropole même si son centre et sa dénomination sont suisses. Cette reconnaissance nous facilite la tâche.

J.D.: Le phénomène métropolitain est plus que jamais d’actualité. Les trois quarts des habitants de l’Europe vivent dans une ville. Le Grand Genève est la deuxième métropole après Lyon en Auvergne-Rhône-Alpes et la deuxième après Zurich en Suisse. Il connaît le plus fort développement en Europe. D’où des besoins grandissants, notamment en mobilité.

Pour répondre à ces besoins, il faut de l’argent. Les fonds frontaliers notamment. Ne serait-il pas plus simple qu’ils soient gérés par l’ARC?

F.L.: Nous avons demandé et obtenu plus de transparence dans la gestion de ces fonds. Encore une fois, la compensation financière genevoise (CFG) est là, comme son nom l’indique, pour compenser la présence d’habitants qui ne sont pas des contribuables français mais imposés à Genève. En Haute-Savoie comme dans l’Ain, le travail de remise en ordre du dispositif de gestion de ces fonds a été mis en œuvre. Dans l’Ain, par exemple, les fonds sont désormais réservés aux communes véritablement impactées par le phénomène frontalier. On voit bien que ces fonds sont utilisés pour ce à quoi ils sont destinés. C’est cela qui est important.

Même question M. Denais, pourquoi l’ARC ne gérerait pas la CFG?

J.D.: Au fond, la gestion de ces fonds par telle ou telle collectivité importe moins que leur affectation. Je suis de ceux qui pensent qu’il ne faut surtout pas toucher à l’accord de 1973 (ndlr: celui-ci confie la gestion de ces fonds aux deux départements). Mieux vaut que cet argent soit géré ici plutôt qu’à Paris. Et à Genève plutôt qu’à Berne.

F.L.: Je défends aussi cet accord avec conviction. Il profite à tous!

J.D.: On doit surtout veiller à ce que cet argent finance les extensions de trams, les lignes de bus transfrontalières et les différents projets de mobilité du Genevois français. Rappelons aussi que ce n’est pas une aide au développement mais bien une compensation!

Vous évoquez tous deux les réalisations transfrontalières, mais le grand public peine toujours à percevoir les effets concrets de cette politique.

F.L.: Il s’écoule forcément un certain temps entre l’élaboration d’un projet et sa réalisation. La complexité des plans d’agglomération est telle que leur concrétisation exige plusieurs années. Mais les choses avancent bien! Prenez Annemasse: cette ville se métamorphose. Le chantier de l’extension du tram, les travaux du CEVA sont autant de réalisations concrètes de ce changement. Idem côté genevois, avec le tram des Cherpines ou la route des Nations. Le Grand Genève n’est pas une chimère. Il est fait de rails, de lignes de rabattement, de parkings ou encore de bus, dans l’objectif de faciliter le quotidien de notre population.

J.D.: Si on ne prend que l’exemple du Léman Express, c’est une prouesse technique, mais aussi administrative et financière, que de réunir deux pays, deux modes de fonctionnement et de financement. Tout cela prend du temps, c’est vrai, mais les premiers rails viennent d’être posés. On imagine déjà, vers la fin de 2019, les trains circuler. Nous portons une vision de ce territoire qui s’inscrit dans la durée. On prépare l’avenir.

Du coup, le départ de François Longchamp du Conseil d’Etat en juin 2018 ne met-il pas en péril la stabilité nécessaire au projet d’agglomération?

J.D.: Ce n’est pas un péril, c’est la démocratie. Chaque mandat a une durée. Il faut en tenir compte, c’est une question d’expérience. D’autant que le réalisme politique et le pragmatisme font que les dossiers solides progressent même si les hommes changent. Le Grand Genève est une réalité au quotidien et le fruit de plusieurs siècles d’interdépendance franco-suisse.

F.L.: C’est d’autant plus vrai en Suisse. Dans une démocratie de consensus et de concordance, les politiques ne sont pas incarnées par des personnes. De plus, je n’ai aucune crainte pour l’avenir du Grand Genève. Cette région existe depuis au moins mille ans. Genève est ce qu’elle est aujourd’hui aussi grâce à ses relations avec son arrière-pays. C’est dans notre ADN. Je suis d’autant moins inquiet que la défense des fonds frontaliers, du projet d’agglomération, du principe de libre circulation et plus largement de la politique régionale défendue par le Conseil d’Etat a été votée par l’ensemble du parlement, à l’exception du MCG. Je ne crois pas un instant que Genève va tout à coup renier son histoire et son destin et tout stopper!

Créé: 28.05.2017, 18h12

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