Géothermie: les Français en quête d'eau chaude autour du Salève

Energies nouvellesLa campagne de sondages sismiques que veut conduire une société privée au sud de Genève ne soulève pas l'enthousiasme des élus.

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Les 220'000 habitants de Haute-Savoie, habitant au sud de Genève, peuvent consulter jusqu'au 12 novembre le volumineux dossier «Géothermie du Salève». Dans 72 communes situées tout autour de la «montagne des Genevois», dont Annemasse, Bonneville et Saint-Julien-en-Genevois, la société Géoforon espère trouver de l'eau chaude à plus de 150 degrés. Pour cela, il faudra forer jusqu'à 5000 mètres, dans une des couches géologiques qui s'empilent sous nos pied dans tout le bassin genevois et s'étend du sommet du Jura au Salève. Bien plus profond que les Services industriels genevois qui espèrent remonter de l'eau, entre 70 et 100 degrés, en forant à deux kilomètres.

En France voisine, l'opération n'en est encore qu'à l'enquête administrative. Il y a encore une flopée de si et de mais à lever avant de chauffer des bâtiments grâce l'énergie géothermique profonde, probablement à l'horizon 2020. Si, donc les sondages sismiques confirment le potentiel, les forages pourront être entrepris. Eux seuls diront si l'écoulement de l'eau est suffisant pour une exploitation réelle.

«Pas avant 2018, prévient Antoine Vielliard, et pas avant qu'une nouvelle enquête publique n'évalue les impacts des forages et l'intérêt de l'exploitation.» Le maire de Saint-Julien et conseiller général de la Haute-Savoie se réjouit cependant du feu vert obtenu ce lundi soir au niveau de la Communauté de commune du Genevois (CCG).

Elus très divisés

Le président de cette Communauté qui regroupe dix-sept municipalités, de Bossey, au pied du Salève, à Chevrier, au bout du Vuache, confirme. Pierre-Jean Crastes souligne que le préavis (18 oui, 6 non et 14 abstentions) contient des réserves importantes. «Le dossier est éminemment technique, explique-il. Les communes attentistes ou opposées ne voient pas d'intérêt pour leur population ou veulent protéger des régions particulières, le Salève, le Vuache, ainsi que des nappes phréatiques.» Le fait que le projet émane d'une société privée suscite aussi des interrogations, note l'élu qui remercie les Genevois des informations reçues. «Chez vous, l'opérateur (ndlr, les SIG) sont à 100% en mains publiques.»

Les opposants se recruteraient aussi parmi ceux qui redoutent qu'une meilleure connaissance du sous-sol du Genevois n'ouvre la porte à de futures exploitations de gaz de schiste. Une option qu'exclut le maire de Saint-Julien: «L'eau chaude suffira. Le potentiel s'élève pour notre communauté de communes à l'équivalent d'un barrage hydroélectrique», indique le maire de Saint-Julien, qui compte bien pouvoir ainsi soulager la facture des ménages qui se chauffent à l'électricité.

La communauté de communes du Genevois est la seule à soutenir majoritairement la campagne de tests sismiques. Bonneville a dit non, échaudée par des expériences négatives que sa commune jumelle en Allemagne a vécue. Staufen-en-Brisgau a en effet connu en 2008 un phénomène de gonflement du sol provoquant de fissures dans les bâtiments, à la suite de forages géothermiques. Cependant font remarquer les spécialistes, il s'agissait de forages à 140 mètres de profondeur. Et le phénomène aurait été le même si l'on avait simplement foré un puits pour en tirer de l'eau potable. Quant aux communautés de communes de la Roche-sur-Foron et de Reigneer, elles sont attentistes, indique encore Pierre-Jean Crastes, tout comme celle d'Annemasse. Mercredi dernier une majorité du Conseil communautaire s'est prononcée pour le permis de recherche, note Robert Burgniard, mais avec tellement de réserves que le mot favorable a finalement été biffé.

La commission d'enquête, dont les membres sont désignés par le tribunal administratif, «ce qui, souligne Antoine Vielliard, garantit son indépendance par rapport aux différents pouvoirs exécutifs», aura deux mois pour compiler les questions des habitants, les réponses de la société Géoforon et les avis des élus. Sauf surprise, le préfet de la Haute-Savoie devrait publier l'autorisation des sondages sismiques dans un arrêté, probablement début 2015. Les camions secoueurs, les mêmes que ceux qui sont en train d'estimer le potentiel du canton de Genève, pourront alors entrer en action.

En 2017 ou 2018, Géoforon, qui finance les recherches, remettra son rapport. Une nouvelle enquête publique sera alors lancée. Elle déterminera si oui ou non le potentiel de la géothermie profonde vaut d'être vérifié par des forages.

Géoforon est une filiale de Fonroche une société française (270 employés 250 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2012). Elle est aussi active dans les panneaux solaires et le biogaz. Elle a obtenu une petite dizaine de permis en France pour évaluer le potentiel géothermique. Fonroche, qui est présent dans plus de 10 pays, dispose d'une capital de 50 millions d'euros et est au bénéfice d'une aide de l'union européenne de 27 millions d'euros.

«Les premiers forages auront lieu normalement en Alsace l'an prochain. Si bien que que notre tour viendra, explique Pierre-Jean Crastes, nous pourrons bénéficier de l'expérience de trois ou quatre autres sites.»

(TDG)

Créé: 28.10.2014, 18h19

Genève: premiers tests concluants

A Genève, le ministre de l'énergie, Antonio Hodgers, estime que le potentiel de la géothermie profonde «pourrait couvrir les deux tiers de nos besoins en chaleur. Aucune autre énergie renouvelable n’offre un tel potentiel», déclairait-il à la mi-août dans le cadre de Géothermie 2020. «Il y a peut-être sous nos pieds une ressource locale non polluante, sans émissions de CO2et inépuisable, qui représenterait une alternative propre au mazout et au gaz naturel.»

Une argumentation que partage volontiers Pierre-Jean Crastes. Il faudrait une bonne vingtaine de forages pour couvrir les besoins du bassin genevois, évalue le président de la Communauté de communes du Genevois. «Cependant, ajoute l’élu haut-savoyard, qui est ingénieur civil, si on met en exploitation un site pour notre région et deux ou trois à Genève, ce sera déjà bien.»

Fin août, une première campagne de mesures sismiques a été réalisée par les SIG dans la région genevoise de la Champagne (Bernex-Chancy). Il s’agissait notamment de tester deux méthodes de recherche. «Les résultats semblent encourageants», indique succinctement Nathalie Andematten. La cheffe du projet Géothermie précise que, selon la loi sur les mines, les données restent confidentielles et appartiennent aux SIG pendant cinq ans. Impossible donc de les échanger avec la France voisine.

«En 2017, quand le sous-sol du canton sera cartographié, on en saura davantage, mais seuls des forages permettront de savoir s’il y a suffisamment d’eau pour une exploitation», note encore Nathalie Andenmatten. (JFM)

Sous nos pieds


A Genève, les installations géothermiques de faible profondeur (jusqu’à 400 m selon les techniques utilisées) concernent les formations quaternaires et la Molasse tertiaire, alors que les installations de grande profondeur (jusqu’à plusieurs km) visent à exploiter la chaleur dans les couches de l’ère secondaire et dans
le socle cristallin. (Extrait du rapport Evaluation du potentiel géothermique du canton de Genève nov. 2011.)

Débat jeudi à Saint-Julien

Le débat se poursuit. Ce jeudi à Saint-Julien, Pierre-Jean Crastes, président de la Communauté de communes du Genevois défendra son feu vert critique à la géothermie profonde face à Fabien Perrrillat, ancien physicien au CERN, vice-président d'Apollon 74.

Seront également présents Bernard Gaud, hydrogéologue et ancien président des communes françaises du Grand Genève, et Jacques Martelain, géologue cantonal. 20h30 Salle du Savoie (entrée à côté de celle du cinéma Rouge et Noir).

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