Mal noté, le Grand Genève cherche un nouvel élan

SondageNos lecteurs se montrent sceptiques face à la manière dont se développe la région. Ils se déclarent par  ailleurs favorables à la participation de Genève au financement d’infrastructures sur sol français

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Avec une note générale de 4,1 sur 10 (contre 4,7 en 2012), le baromètre est en baisse. La construction du Grand Genève ne convainc pas notre panel de lecteurs (un échantillon de 417 personnes ramené à 190 pour des questions de pondération). Rien de bien étonnant six mois après le «non» genevois au financement de P+R en France voisine. Suite à ce bouleversement printanier, l’été a été plutôt glacial entre les partenaires français, genevois et vaudois. Michel Charrat, président du Groupement transfrontalier européen, évoque «un froid sibérien qui paralyse le Grand Genève». Les Verts genevois estiment que le projet est «au point mort» (lire ci-contre). Cette période de crispation n’a pas échappé à notre lectorat. Jean Denais, président de l’ARC (le syndicat mixte qui réunit les collectivités françaises entourant Genève), n’est pas surpris: «Tant qu’on n’arrivera pas à concrétiser, on sera évidemment en dessous de la moyenne.»

Certains élus préfèrent voir les points positifs qui apparaissent au fil de l’étude réalisée par la Tribune de Genève. La conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro, vice-présidente du Grand Genève, se dit «plutôt rassurée de constater que le projet d’agglomération a toujours la confiance de la population». Le président du Conseil général de Haute-Savoie, Christian Monteil, qualifie même le sondage de «petite brise matinale». Plutôt agréable dans une «agglo» qui cherche depuis plusieurs mois un nouveau souffle.

L’après-9 février et 18 mai

Comme le relèvent nos lecteurs, 2014, qui s’annonçait comme une année charnière, a en effet apporté son lot de déconfitures pour les pro-Grand Genève. Premier obstacle: le vote du 9 février. Ainsi, 55% du panel estime que l’acceptation par la Suisse de l’initiative «Contre l’immigration de masse» (refusée par Genève) aura des conséquences négatives pour la construction de l’agglomération. Et 50% pour les frontaliers. Selon Michel Charrat, l’inquiétude est tangible chez ses adhérents.

Autre votation, cantonale cette fois, celle du 18 mai, lorsque les Genevois ont refusé de contribuer à hauteur de 3 millions de francs au financement de P+R en France voisine. Un coup de massue pour le Grand Genève. Aujourd’hui, 58% des sondés se disent favorables au financement d’infrastructures sur sol français. C’est sur ce point que les élus puisent la fameuse bouffée d’oxygène. Le conseiller d’Etat genevois en charge des Transports, Luc Barthassat, voit d’un «très bon œil ce résultat. Nous avons besoin de ces infrastructures pour rester l’une des régions les plus dynamiques d’Europe.» Un avis que partage le président de la Communauté de communes du Genevois, Pierre-Jean Crastes: «On assiste à cette prise de conscience. Les gens vivent les problèmes de mobilité et se rendent compte qu’il faut réaliser les infrastructures nécessaires au déplacement de la main-d’œuvre qui participe depuis dix ans à la prospérité du canton et du Grand Genève. Il en va de la compétitivité de la métropole genevoise.»

Le député MCG Eric Stauffer ne partage pas cet enthousiasme: «Le sondage n’est pas forcément le reflet de la volonté populaire. Toute nouvelle votation pour financer une infrastructure sur sol français obtiendrait une réponse identique.» Pour Jean Denais, «c’est aux autorités genevoises de gérer le calendrier. Il n’en demeure pas moins que lorsqu’on discute avec des Genevois, on se rend compte qu’ils n’ont pas compris l’enjeu. Les P+R sont devenus un symbole alors qu’il est tout de même beaucoup plus logique de les créer côté français!»

Loger ceux qui veulent rentrer

Autre question et autre enseignement de notre sondage: l’évolution de la situation en matière de logement. L’immense majorité de nos lecteurs interrogés habite à Genève; s’ils devaient déménager, seuls 20% d’entre eux se disent prêts à élire domicile en France voisine. Selon Pierre-Jean Crastes, «il y a eu, côté français, un ralentissement brutal avec un nombre de ventes divisé par trois. C’est un mal pour un bien. Dommage que ce mouvement ne soit pas suscité par une attractivité de la Suisse en matière de logement mais plutôt par un désamour de la fiscalité française…»

Les droits de succession, les taxes sur les résidences secondaires ou encore la réforme de l’assurance-maladie des frontaliers peuvent expliquer ce recul. «Outre ces raisons, les gens expliquent surtout que leur employeur genevois demande à ce qu’ils résident dans le canton», précise Paolo Lupo, vice-président de l’association Genevois sans frontière. Antonio Hodgers, conseiller d’Etat chargé du Logement, en tire une conclusion: «Genève doit construire non seulement pour ses enfants, pour les nouveaux arrivants, mais aussi pour ceux qui ont dû «s’expatrier» dans le canton de Vaud et en France voisine et qui souhaiteraient revenir.»

Dernier point et non des moindres, 68% des sondés se déclarent favorables au développement de la région. Même s’ils ont conscience que les disparités économiques (à 35%) ou encore le manque d’institutions régionales efficaces (à 22%) pèsent sur cette construction. «Nos institutions ne sont pas lisibles», confirme Christian Monteil. Tous, à l’image du président du GLCT, François Longchamp (lire ci-contre), insistent sur la nécessité de communiquer. Etienne Blanc, député-maire de Divonne, lance: «On a été longtemps dans une construction idéologique de l’agglomération. Il faut du concret! Les Genevois ont le sentiment que l’agglo se fait surtout à l’avantage des Français, il faut les convaincre qu’elle se construit dans l’intérêt de tous. Côté français, on ne doit pas aller voir les Suisses en mendiant, mais plaider pour une coconstruction.»

«Mener la bataille de l’opinion»

Président d’Annemasse agglo, Christian Dupessey souhaite pour sa part que «le Conseil d’Etat genevois mène la bataille de l’opinion publique en vantant des projets concrets qui améliorent la vie de tous les habitants, y compris du centre de l’agglo». Pierre-Jean Crastes fait un pas supplémentaire: «François Longchamp dit souvent que l’espace politique n’existe pas, mais à qui d’autre que lui et que nous revient-il de créer cet espace politique?» Une responsabilité mise en avant par Jacqueline de Quattro. «Il nous appartient de rappeler que nous avons un destin commun et qu’il nous faut porter une vision à long terme», conclut l’élue vaudoise, insistant, à l’image de tous les proagglo, sur l’interdépendance des territoires français, vaudois et genevois. (TDG)

Créé: 18.11.2014, 22h20

Dossiers

«Nous devons expliquer à quoi ça sert!»

Le président du Conseil d’Etat, François Longchamp, qui préside aussi le Groupement local de coopération transfrontalière (GLCT) du Grand Genève, réagit à notre sondage et évoque les défis à relever.

La note attribuée par nos lecteurs est en baisse. Qu’en pensez-vous?

Cela correspond à une réalité. On est à un moment délicat. Nous l’avons vu avec la votation du 18 mai. Celle du 9 février est un peu à part. Rappelons que les Genevois ont voté massivement contre l’initiative. Les autorités fédérales devront mettre en place des contingents, notamment de frontaliers. Les incertitudes sont grandes.

Ces deux votations datent déjà de plusieurs mois. Or les choses ne semblent pas avoir beaucoup bougé.

Qu’a-t-on fait ces six derniers mois? Nous avons déjà consolidé le projet d’agglomération. Je suis allé négocier à Berne pour garantir la part du projet d’agglo dédiée aux infrastructures côté français. C’eût été dommage de renoncer à 30 millions!

Au sujet des infrastructures côté français, 58% des sondés se disent favorables à une participation financière de Genève. Qu’en pensez-vous? Qu’advient-il du fonds de 240 millions d’euros sur dix ans?

Le sondage est encourageant. Mais cela ne correspond pas au vote du 18 mai. Aujourd’hui, l’espace politique ne permet pas de présenter un nouveau projet. Nous avions commencé par celui qui nous semblait le plus mûr, soit les P+R. Le peuple a refusé à une faible majorité. On doit maintenant réévaluer les priorités.

Après ce vote, vous évoquiez la nécessité de simplifier la gouvernance du Grand Genève. Où en êtes-vous?

Les structures du Grand Genève sont illisibles. Désormais, le GLCT va se concentrer sur ce qui suscite le plus d’attente des citoyens: les transports et l’aménagement. Deux points sur lesquels nous avons été dépassés. De son côté, le Comité régional franco-genevois (CRFG) doit être plus transparent dans l’utilisation de la rétrocession fiscale frontalière.


Plus de transparence et une meilleure communication, c’est votre leitmotiv?

On doit être beaucoup plus lisible. Montrer ce qui se construit. Un exemple: la passerelle de Sécheron. Peu de gens savent que c’est l’une des mesures du projet d’agglo 1. De manière générale, le citoyen ne comprend pas ce qu’est le Grand Genève. Le nom lui-même a été mal compris. En périphérie, c’est forcément positif d’être associé à Genève. Mais à l’inverse, dans une logique genevoise, beaucoup se sont dit: «Mon Dieu, on s’agrandit!» Cette hausse a été perçue comme une fatalité, voire un objectif. Or ce que les gens souhaitent, ce n’est pas que Genève grandisse, c’est qu’elle continue à être prospère. Le Grand Genève a été vu comme une fuite en avant alors que notre but est d’offrir les conditions-cadres au développement harmonieux de la région.


Les élus français relèvent souvent la responsabilité de Genève comme cœur d’agglomération vis-à-vis de sa périphérie…

Genève a une responsabilité. Envers la France mais aussi le canton de Vaud, où résident 30 000 de nos actifs. Une région qui a besoin de 100 000 personnes pour faire fonctionner son économie, ses services, etc. doit avoir conscience qu’elle a besoin de structures politiques pour se parler, d’infrastructures de transport pour se déplacer et bien sûr de stabilité économique.

M.P.

Pressions multiples

Les mots sont sévères. «Nous avons l’impression que depuis des mois, le Conseil d’Etat (CE) a boudé le projet d’agglomération. Nous avons voulu taper du poing sur la table», lance Lisa Mazzone, la nouvelle présidente des Verts genevois. Estimant que «le Grand Genève est au point mort», son groupe a déposé hier une motion au Grand Conseil. Le but: «Relancer la machine et mettre la pression sur le CE en lui demandant d’être proactif dans les négociations, pour avancer tant sur le projet d’agglomération 2 que sur la préparation du 3.» Les motionnaires réclament un effort de «diffusion et de communication» envers la population. «Nous proposons de mettre en place des espaces de présentation et de dialogue, qui pourraient être une Maison de l’agglomération et une feuille d’information régulière», soulignent-ils. Le propos est sensiblement le même dans la résolution du Forum d’agglomération. Réunie au début de novembre en séance plénière, cette instance, composée de 75 structures issues de la société civile, s’adresse, elle, au Groupement local de coopération transfrontalière (GLCT) du Grand Genève. Les membres du forum, présidé par Alain Rouiller, expriment leurs «attentes fortes et déterminées en vue de relancer la construction du Grand Genève par des réalisations». Le forum demande au GLCT de «créer un fonds d’agglomération lié à un programme d’infrastructures», de «rendre la gouvernance du Grand Genève transparente et efficiente» ou encore «d’améliorer considérablement l’information au grand public». Bref, les conseils sont légion. M.P.

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