Figure du PS, Amélia Christinat est décédée mercredi

PionnièrePersonnage flamboyant, féministe, l'ancienne conseillère nationale s'est éteinte à 91 ans.

Amélia Christinat s’était présentée au Grand Conseil dès 1961, soit un an après l’obtention du droit de vote et d’éligibilité pour les femmes à Genève.

Amélia Christinat s’était présentée au Grand Conseil dès 1961, soit un an après l’obtention du droit de vote et d’éligibilité pour les femmes à Genève. Image: Laurent Guiraud

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Première socialiste genevoise à avoir accédé au Conseil national en 1978, Amélia Christinat est décédée mercredi. L’infatigable militante ne s’est pas remise d’un accident vasculaire cérébral (AVC) survenu il y a une quinzaine de jours. Confirmant l’information diffusée par Léman Bleu, Carole-Anne Kast, présidente du PS genevois, précise qu’Amélia Christinat était très affaiblie ces dernières semaines. «Pour moi, elle restera toujours cette personne flamboyante, pleine d’énergie, à la fois enthousiasmante et colérique.»

Militante de cœur

Hommages et témoignages se succèdent depuis deux jours sur la Toile. Pasionaria féministe, Amélia Christinat a marqué plusieurs générations. «C’est une figure du parti, de Genève et du Tessin qui s’en va», réagit Manuel Tornare, qui est toujours resté proche de sa collègue socialiste. Pour lui, elle est la représentante d’une génération de militantes qui se sont engagées pour les droits des femmes alors que tout était à faire et à conquérir. «Il faut réaliser, en regardant son parcours politique, qu’Amélia était frappée d’un double handicap, poursuit Manuel Tornare. Tout d’abord elle était une femme, ce qui signifiait n’avoir aucun droit dans ce pays, jusqu’à une époque récente. Ensuite, c’est à 15 ans qu’elle a quitté son Tessin natal pour vivre à Genève. Elle n’avait pas fait d’études, elle était couturière. Et voyez ce qu’elle a réussi à faire.»

Femme aux convictions très arrêtées, Amélia Christinat était aussi connue, et crainte, pour ses coups de gueule. Manuel Tornare en garde la mémoire. Comme Carole-Anne Kast: «Je me souviens qu’elle m’a grondé un jour lors d’un congrès. Pourquoi? Je ne sais plus, mais l’engueulade, elle, je m’en souviens. Cela dit, cette façon de faire, son franc-parler, me convenaient parfaitement.»

Un tempérament de feu dans un grand cœur comme la décrivent beaucoup de ses compagnons de route à l’image de Christian Grobet, très ému du départ de cette ancienne collègue «volcanique» du National, avec laquelle il était resté en lien. La conseillère nationale genevoise Maria Roth-Bernasconi se souvient également de la sincérité d’Amélia Christinat. «Son caractère bien trempé l’amenait à ne jamais lâcher la cause qu’elle défendait. Il y avait une sincérité exceptionnelle dans son engagement.»

Son emportement lors de l’assemblée du PS qui suivit l’élection d’Otto Stich au Conseil fédéral en 1983 est resté dans les mémoires. La non-élection de Lilian Uchtenhagen, soutenue par les féministes, était inacceptable pour la Genevoise qui a réclamé avec vigueur purement et simplement la sortie des socialistes du gouvernement. Hasard du destin, la Zurichoise, qui aurait été la première femme au Conseil fédéral, est décédée mardi, veille de la mort d’une de ses plus ferventes supportrices.

De par ses origines populaires, Amélia Christinat avait gardé une authenticité appréciée bien au-delà de son parti. «Elle était surnommée la Lionne du Tessin, à Berne, se souvient Jacques Simon Eggly, ancien président du Parti libéral suisse. Ses liens d’amitié au parlement dépassaient les clivages. Elle était vraie.»

Un parcours hors norme

Amélia Christinat avait adhéré au Parti socialiste genevois en 1961. Elle a successivement siégé au Conseil municipal de la Ville de Genève, au Grand Conseil et au Conseil national. Et n’a jamais cessé de fréquenter les congrès de son parti et de s’enflammer pour les causes qui lui tenaient à cœur. (TDG)

Créé: 07.09.2016, 17h51

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