«De faux policiers m’ont volé 3500?euros»

Insécurité à GenèveUn Libyen qui se promenait place de Cornavin a été victime d’un vol à l’astuce sous les yeux des passants.

Les voleurs ont agi sur la place de Cornavin, très fréquentée vendredi soir.

Les voleurs ont agi sur la place de Cornavin, très fréquentée vendredi soir. Image: Laurent Guiraud

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L’imagination des voleurs n’a pas de limite. De faux agents de police ont réussi à subtiliser 3500?euros dans le portefeuille d’un Libyen, de passage en Suisse pour suivre un traitement contre la leucémie. Ce vol à l’astuce s’est déroulé sur la place de Cornavin, très fréquentée vendredi soir, sous les yeux des passants. Choquée, la victime, docteur en sciences politiques, accepte de témoigner sous le couvert de l’anonymat et lance un appel aux autorités.

Assis dans le hall de son hôtel, Rajab s’exprime avec l’aide de deux traducteurs, juste avant de reprendre l’avion samedi. Elégant dans son costume noir, il raconte sa drôle de promenade vendredi à 20?h?30. «Un homme blond, de type européen, m’a demandé le nom de la rue. J’ai compris après coup que c’était un complice. Un autre, de type sud-asiatique, habillé avec un uniforme noir, est arrivé, a montré une carte de police en coup de vent et nous a demandé nos papiers, avant de fouiller l’Européen. J’étais en confiance, je pensais que c’était un contrôle de routine.» Rajab n’a aucune raison d’en douter. Le quadragénaire, ex-député, victime de la guerre en Libye, se sent en totale sécurité en Suisse, qui plus est à Genève, accueillant de nombreuses institutions des Nations Unies.

La discussion s’envenime: le soi-disant représentant de l’autorité l’accuse de vendre du haschisch. «J’ai paniqué. Il m’a demandé si j’avais de l’argent sur moi. J’ai sorti mon portefeuille, qu’il a pris.» A cet instant, un troisième comparse, agissant comme un supérieur hiérarchique, lui rend son bien avant de le laisser partir.

Pas de caméras

Rassuré, Rajab s’éloigne en vérifiant le montant en sa possession. Stupeur: sur les 5000?euros qu’il venait de retirer, il en manque 3500. La victime revient sur ses pas, sans retrouver les auteurs. «Il y avait beaucoup de monde à l’extérieur quand c’est arrivé. Comme moi, personne n’a rien remarqué. Normalement, un lieu de ce genre devrait être surveillé par des caméras», souffle-t-il en fixant la place de Cornavin. Et de lancer ce message aux autorités: «Genève est la vitrine de la Suisse. Faites un effort pour éviter les vols, au moins pendant l’été!»

Sur les conseils de la réceptionniste de son hôtel, il dépose une plainte. «Ce qui me touche, c’est que l’argent volé correspond au montant de mon traitement contre la leucémie», glisse ce professeur, présent en Suisse deux fois par an depuis 2006 pour se faire soigner. L’universitaire a aussi donné l’an passé une conférence devant des représentants de la Genève internationale. Dégoûté, reviendra-t-il en Suisse? «Oui, parce que je n’ai pas le choix, dit-il en haussant les épaules. Et puis, j’ai une relation personnelle avec votre pays. Mon médecin m’a envoyé gratuitement mon traitement pendant la guerre, alors que je ne pouvais pas me déplacer ni le payer.» Sa mésaventure rappelle à l’un de ses traducteurs le cas d’un autre Libyen floué en juin selon le même procédé. La police genevoise confirme le phénomène, qui concerne quelques cas chaque année, sans pouvoir livrer de statistiques (lire encadré).

Des assises de la sécurité?

«Les touristes arabes représentent des cibles faciles, parce qu’ils sont repérables et ont souvent du cash sur eux, observe le politologue Hasni Abidi. Ils sont aussi moins vigilants, parce qu’ils ne connaissent pas ce type de délinquance dans leurs pays et pensent que Genève est sûre.» Pour le directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, «il est temps d’appliquer un traitement de choc en commençant par l’organisation d’assises de la sécurité réunissant les autorités et tous les partenaires concernés».

Au Département de la sécurité, on précise que son nouveau chef, Pierre Maudet, communiquera ultérieurement sur les grands axes de sa politique.

Créé: 14.08.2012, 07h20

Pensez à vérifier la carte de police

De faux policiers sévissent depuis plusieurs années à Genève. Leur profil? Ils sont issus des pays de l’Est, agissent à deux ou trois et ciblent essentiellement des touristes asiatiques, indiens, arabes. Ils n’usent jamais de violence et subtilisent l’argent tels «des magiciens», précise le porte-parole de la police Philippe Cosandey. «Il arrive même qu’ils glissent des dollars dans le portefeuille de la victime pour la tromper. Le vol à l’astuce se fait en douceur. Quand la personne lésée s’en aperçoit, il est trop tard. Il est donc très difficile de retrouver les auteurs.» Un conseil: lors d’un simple contrôle policier dans la rue, «il ne faut pas avoir peur de demander à voir la carte de police de l’agent». Elle comporte le mot «Police» bien sûr, mais aussi la photo de l’agent, son nom, prénom, sa fonction, sa date de naissance, ainsi que l’écusson «République et Canton de Genève». Le tout est barré d’un trait jaune et rouge. Le policier doit également montrer sa plaque. «En cas de doute, appelez le 117.»
S.R.

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