Le feu a détruit un restaurant mythique

PlainpalaisUn violent incendie a brûlé la Cave Valaisanne. Soixante pompiers sont intervenus pour sauver les habitants de l’immeuble.

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Il peut suffire de quelques minutes pour menacer la vie de dizaines de personnes et anéantir le travail de soixante années. En détruisant jeudi matin la Cave Valaisanne et le Chalet Suisse, l’incendie a aussi réduit en cendres une partie de l’âme de ce quartier. Le feu, qui s’est déclaré peu avant 6h, a provoqué une épaisse fumée qui a envahi les étages.

Accourus en force, les pompiers du Service d’incendie et de secours (SIS), au nombre de 60, ont rapidement évacué les habitants: 40 personnes, dont 13 sorties grâce aux échelles de gros camions rouges.

Paniqués, des résidents criaient leur désespoir par les fenêtres. Mais tous ont pu être sauvés et accompagnés dehors. Sept habitants ont été hospitalisés, intoxiqués par la fumée. Un poste médical avancé a été mis en place rue du Général-Dufour et dans les locaux du centre culturel du Grütli.

Durant l’après-midi, la totalité des locataires, sauf les personnes les plus intoxiquées, ont pu regagner leurs appartements. Mais les bureaux situés au premier étage restent vides: les soldats du feu ont été contraints, à l’arrière du restaurant, de percer les plafonds entre le rez-de-chaussée et le premier étage afin de prévenir tout risque de nouveau départ de feu. Jeudi soir, une équipe de pompiers assurait encore une veille.

Côté place Béla-Bartok, en face du centre du Grütli, les traces du sinistre sont particulièrement visibles. La force de ce méchant feu a dévoré le béton et noirci les murs. Sur le boulevard Georges-Favon, des grandes plaques en bois masquent désormais les fenêtres brisées par le sinistre.

Créé en 1960 par le Saviésan Armand Dumoulin, le restaurant était orné de tableaux appréciés par la clientèle (lire ci-dessous). Pendant des décennies, la Cave Valaisanne a marqué le paysage de la pointe nord de la plaine de Plainpalais avec deux autres établissements historiques, la brasserie L’international (remplacée par les Trois Verres) et, en face, le Remor. Ce restaurant, géré sans discontinuer par la famille Dumoulin, emploie une quinzaine de collaborateurs. Cette brasserie était notamment connue pour ses spécialités au fromage, raclette et fondues.

La famille possède aussi l’immeuble. «Les propriétaires se sont rapidement rendus sur place. Ils se sont vraiment engagés pour nous aider», précise le capitaine Jaques, qui a pris part à cette complexe opération conduite par le commandant Schumacher. Une des difficultés, a précisé ce dernier au petit matin, a consisté à disposer de manière adéquate les véhicules du SIS en face des façades en évitant les nombreux câbles reliant le bâtiment à la rue. Des ambulances publiques et privées, des voitures de police et quinze véhicules des pompiers étaient stationnés dans le quartier.

À l’aube, la place du Cirque et ses abords ressemblaient à un décor de guerre, les lumières bleutées des gyrophares perçant la fumée de l’incendie qui s’était mélangée à la brume.

La proximité de la caserne de la rue des Bains a facilité l’arrivée des secours. Dans ce contexte d’urgence, la prochaine ouverture de deux casernes supplémentaires, avenue de Frontenex et aux Asters, permettra de réduire le temps d’intervention des soldats du feu dans les autres quartiers et communes du canton. Selon les normes fédérales, les pompiers doivent arriver en dix minutes en milieu urbain et en quinze minutes dans les secteurs suburbains. La police technique et scientifique a été chargée de déterminer les causes de cet incendie.


Des tableaux de valeur partis en fumée

Avec le restaurant, les nombreux tableaux valaisans qui le décoraient ont brûlé. Il est trop tôt pour savoir s’il y a des rescapés.

Jeudi matin, alors que les vitrines brisées n’étaient pas encore dissimulées par des panneaux opaques, on pouvait distinguer des cadres vides, noircis par le feu. Les toiles qu’ils contenaient n’existent plus.

Avant le sinistre, quiconque prenait place dans les salles à manger remarquait les portraits de gens de Savièse et les paysages montagnards qui leur donnaient un cachet particulier.

Renseignements pris auprès de la propriétaire Julia Dumoulin et son fils Hervé-Armand, la plupart de ces peintures avaient pour auteur Paul-Léon Bléger, artiste français né à Mulhouse en 1889, dont la production valaisanne s’inscrit dans la tradition de l’École de Savièse.

Un patrimoine qui remonte aux origines des propriétaires. Le grand-père d’Hervé-Armand, qui s’appelait Armand Dumoulin, et sa femme, Rosa, étaient des Saviésans.

Ce sont eux qui ont donné son nom au restaurant, qui s’appelait jusqu’en 1960 Le XXe Siècle. Armand Dumoulin avait ouvert aussi l’Auberge de Savièse aux Pâquis. Diplômé de l’École hôtelière de Genève, Hervé-Armand Dumoulin a suivi les traces de son père, Bernard, qui avait pris la succession d’Armand.

«Il y avait aussi un tableau du Cervin dont le cadre cachait le nom d’un peintre plus coté», indique Julia Dumoulin. Était-ce un Albert Gos ou l’œuvre d’un autre membre de cette famille genevoise de peintres du Valais? S’il a brûlé, on ne le saura jamais… Benjamin Chaix

Créé: 30.01.2020, 08h35

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