La femme tuée en pleine rue n'avait aucun lien avec son meurtrier

GrottesL’auteur présumé a été arrêté peu après les faits. Ce crime survenu dans une ruelle très populaire a suscité une forte émotion dans le quartier.

Celle que certains considèrent comme «la plus belle ruelle de la ville» a été le théâtre d'un drame terrible.

Celle que certains considèrent comme «la plus belle ruelle de la ville» a été le théâtre d'un drame terrible. Image: Laurent Guiraud

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L’homme habite en France voisine et il a été informé en fin de nuit par les gendarmes, eux-mêmes en contact avec leurs homologues genevois. Informé de quoi? De la mort violente de sa fille. C’est un père en plein désarroi qui débarque ainsi, seul, avant le lever du jour, ce mercredi matin, dans un quartier qu’il ne connaît pas, celui des Grottes. Il se dirige vers l’unique établissement éclairé à cette heure-là, le café donnant sur la place en chantier. L’employée est déjà présente. «J’ouvre à 6h30 mais j’arrive toujours en avance pour ma mise en place », explique-t-elle.

Ce premier client qui n’en est pas un lui lance aussitôt d’une voix pressée: «Ma fille est morte. On l’a tuée, c’est son ami qui lui a tiré dessus avec une arme. Je dois me présenter à la police. Où est le poste, je cherche le poste le plus proche?» La serveuse hésite une fraction de seconde, suggérant à son interlocuteur de s’asseoir un instant, de boire quelque chose pour retrouver ses esprits.

Il refuse, tout en tenant dans les mains un document officiel des forces de l’ordre et le nom d’un inspecteur à contacter. «Je lui ai indiqué le chemin le plus direct jusqu’au poste de Cornavin», poursuit l’employée. Elle ne tardera pas à apprendre que ce père était bel et bien porteur de la pire des nouvelles. Une femme de 36 ans a en effet été mortellement blessée par balles peu après minuit à l’angle des rues Baudit et de l’Industrie.

«Je me suis retrouvé nez à nez avec une policière tenant des deux mains sa mitraillette»

Les proches habitants sont nombreux à avoir entendu les coups de feu. «Trois détonations rapprochées; mon chien s’est mis à trembler de peur», glisse une voisine vivant depuis 30 ans dans «la plus belle ruelle de la ville». D’autres ont vu un individu quitter les lieux en traversant la rue de la Servette, distante d’à peine 20 mètres, pour se retrouver sur le trottoir en face, avant de disparaître dans l’allée d’un immeuble. Les policiers disposent rapidement de témoignages précis pour «loger» l’auteur présumé des coups de feu. Mais le travail est d’abord celui des ambulanciers et du médecin du SMUR. La victime qui gît sur le sol est dans un état désespéré. Elle mourra quelques heures plus tard aux HUG.

Le secteur, lui, est bouclé dans un périmètre élargi. Plus une seule voiture ne monte ni ne descend la Servette. Pour quitter les Grottes, il faut faire un long détour, tous les accès sont fermés. «Je me suis retrouvé nez à nez avec une une policière tenant des deux mains sa mitraillette», raconte le boucher Eric Mueller, qui venait de quitter son laboratoire. «Le déploiement des forces de l’ordre était impressionnant. Il y avait une quinzaine de véhicules de patrouilles, d’autres banalisés, garés au milieu de la chaussée. L’ambiance était tendue. Les agents éloignaient au maximum les passants.»

Déterminer les mobiles du meurtre

Tenus à bonne distance ou confinés chez eux. Pile en face de la rue Baudit, sur la rue de la Servette, des enseignes où l’on peut faire ses achats et manger au-delà de minuit. Les clients sont priés d’attendre à l’intérieur. Les employés aussi. Tous aux premières loges pour voir un homme menotté embarquant sous bonne escorte à l’arrière d’une voiture. Direction le boulevard Carl-Vogt et son Hôtel de police. Un prévenu né en 1977, auteur présumé de l’homicide commis dans la nuit de mardi à mercredi, «au moyen d’un pistolet», souligne le communiqué du Ministère public, en tirant à trois reprises contre son amie.

A bout portant? Cela reste à déterminer comme les mobiles du meurtre. A midi, ce mercredi, sous un soleil cru et inadéquat, trois inspecteurs de la police technique et scientifique grattent les interstices entre les pavés situés à la hauteur du 5, rue de l’Industrie, au pied de deux bâtiments en angle légèrement en retrait de la ruelle. Ils ont posé sur le sol leurs petits écriteaux numérotés et s’affairent en silence, photographiant la scène de crime à ciel ouvert dans ses moindres détails. On oublie, en les regardant travailler, que cet endroit est chaque été l’un des plus festifs et joyeux de la rive droite.

Non loin de là également, un foyer bien connu accueille des victimes de violences conjugales. Le raccourci n’est pas que géographique. Neuf fois sur dix, les femmes connaissent leur agresseur, y compris et surtout lorsqu’il devient comme ici un meurtrier. (TDG)

Créé: 22.11.2017, 19h23

homicide et violence conjugale

Les cas de meurtres par coups de feu en pleine rue sont rares. Celui de la rue Baudit est le seul pour 2017, indique la police. On en compte un en 2013 et un en 2016. Ce dernier cas était lié à une situation de violence conjugale. 17 685 infractions ont été enregistrées en 2016 en Suisse dans le domaine de la brutalité domestique, selon l’Office fédéral de la statistique. Dix-huit femmes et un petit garçon en sont morts. Le nombre de décès (19) était en recul par rapport à 2015, où 36 personnes avaient perdu la vie, dont huit enfants. Dans la plupart des situations, les victimes sont des femmes. Victimes de voies de fait (31%), menaces (24%), injures (16%), lésions corporelles simples (11%), sans compter les lésions graves et les homicides. À noter que les violences surviennent souvent le dimanche soir et qu’à partir de 60 ans, les hommes en sont aussi souvent victimes que les femmes. À Genève, Solidarité Femmes, qui s’est rebaptisée AVVEC (Aide aux victimes de violence en couple), a reçu 4510 appels en 2016. 805 femmes se sont rendues au centre de consultation (contre 777 en 2015). L’association a effectué 4395 entretiens. C.F.

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