Ils espèrent faire de la Comédie une Tragédie

Bâtiment pour la culture (4/5)Cinq associations universitaires s’allient pour convoiter l’édifice séculaire que le théâtre quittera en 2020. Empreint d’autodérision, un nouveau nom est envisagé.

Inauguré en 1913, le bâtiment du boulevard des Philosophes ne restera un théâtre que pour deux saisons encore.

Inauguré en 1913, le bâtiment du boulevard des Philosophes ne restera un théâtre que pour deux saisons encore. Image: LUCIEN FORTUNATI

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Dans cet escalier, pourquoi ne pas faire du VJing!» Imaginant déjà un vidéojockey illuminer ces murs austères, ces six étudiants ont le regard qui s’allume en parcourant les dédales de la Comédie. Inauguré en 1913, le bâtiment du boulevard des Philosophes ne restera un théâtre que pour deux saisons encore. En 2020, l’institution s’installera aux Eaux-Vives, dans des locaux plus adaptés à ses besoins.

Même obsolète, l’édifice de Plainpalais éveille des appétits. Dont ceux de ces jeunes. Juste avant la clôture estivale du théâtre, on l’a visité avec les émissaires hypermotivés de ces associations en quête de toit. Trois d’entre elles sont universitaires (regroupant les étudiants en lettres, ceux en sciences politiques et relations internationales et les adeptes de la comédie musicale). Elles sont rejointes par le Collectif nocturne (qui gère la salle du Terreau, à Saint-Gervais) et Lyoxa (une entité qui pratique le coaching associatif). Elles revendiquent aussi le soutien d’une nuée d’autres groupements académiques ou juvéniles.

Le rectorat est dans le coup

Nouveauté: à la suite d’une rencontre avec le rectorat de l’Université de Genève (UNIGE), décision a été prise de préparer, avec la direction de l’alma mater, une candidature commune. «Nous allons commencer à monter un dossier qui sera déposé auprès de la Ville de Genève durant le mois de septembre», indique Noé Rouget, de l’Association des étudiants en lettres. «C’est le rôle de l’Université de dialoguer avec les associations étudiantes pour l’élaboration de ce projet de maison universitaire des cultures», confirme l’institution. De quoi donner du galon et des reins plus solides à cette postulation, en sachant que la Ville ne souhaite pas se retrouver avec un centre culturel supplémentaire quémandant des subsides. Les promoteurs du projet cherchent également à contacter la HEAD.

Quel serait le contenu de cette maison étudiante? Lucie Hainaut, du Collectif nocturne, évoque «une maison associative axée sur les étudiants, mais pas seulement». L’affaire est menée avec le plus grand sérieux, sans que cela n’exclue une dose d’autodérision, perceptible par exemple dans le nom que ces jeunes souhaitent donner à l’édifice dont ils veulent poursuivre la vocation culturelle tout en la renouvelant: la Tragédie.

Se cultiver et socialiser

L’imagination juvénile a investi tous les recoins du bâtiment, de sa salle principale à ses coulisses en passant par le foyer ou ses petits studios de représentation: une multiplicité de fonctions est envisagée. Le lieu servirait ainsi de havre aux activités culturelles qui bouillonnent dans la sphère académique. «Pour les musiciens, pour les danseurs, il y a un véritable manque d’espaces à Genève», souligne Céline Zinguinian, de l’Association des étudiants de comédies musicales de l’UNIGE. On cite aussi des ateliers, résidences d’artistes, expositions, débats, conférences.

Avec un café permanent à petit prix, le bâtiment serait également un lieu de sociabilité qui fait défaut à la communauté universitaire, ses étudiants et son corps professoral, éparpillés dans plusieurs quartiers dont la Comédie constitue justement un épicentre. Le tout serait ouvert à la participation de tiers et viserait un public large. Les associations ne souhaitent pas se confiner à une bulle estudiantine.

Système D revendiqué

N’y a-t-il pas double emploi avec les divers sites alternatifs qui existent déjà à Genève? Non, répond Sylvain Leutwyler, du Collectif nocturne. «Notre projet répond à d’autres besoins et permettrait d’autres usages et modes de faire que les sites alternatifs emblématiques, qui restent indispensables», relève-t-il. Pour lui, l’obtention de la Comédie créerait un appel d’air d’où découleront les usages à venir. «Les contraintes du lieu peuvent devenir intéressantes pour nous», poursuit Simon Perdrisat, représentant des politologues.

Car il y en a. Les fenêtres côté rue? Du simple vitrage. Voilà qui pourrait limiter les velléités festives au cœur d’un quartier densément habité. Mais le Collectif nocturne souligne qu’il s’approche de la Comédie en amenant l’expérience qu’il a accumulée au Terreau. Il s’y est notamment adonné au système D pour fabriquer des panneaux d’isolation phonique amovibles et ignifuges. L’approche associative, avec sa débrouillardise bricoleuse dans le recyclage de l’édifice, pourrait ainsi s’avérer bien moins onéreuse qu’une reconversion plus usuelle. «Là où les institutions conventionnelles verraient des problèmes, nous voyons des possibilités», assure Celia Sepe, de Lyoxa. «Il y a un indéniable aspect formateur dans ce projet, poursuit Simon Perdrisat. Alors que l’Université est souvent critiquée pour sa formation très théorique.» (TDG)

Créé: 02.08.2018, 16h51

Articles en relation

Le Moulin de la Pallanterie, le dernier des Mohicans

Bâtiment pour la culture (3/5) Seule minoterie du canton, l’usine de la Rive gauche produit 4000 tonnes de farine par année et a de beaux jours devant elle. Sa tour forme un repère dans la région. Plus...

Porteous, un vaisseau fantôme sur le Rhône

Bâtiments pour la culture (2/5) Anciens bâtiments de la station d’épuration d’Aïre, Porteous et la Verseuse sont des emblèmes de l’architecture des années soixante. Ils sont aujourd’hui très convoités. Plus...

Des salles de spectacle dans le Pont Butin

Bâtiment pour la culture (1/5) Le tablier inférieur du pont a été conçu pour accueillir le train. Le chemin de fer passant sur le viaduc de la Jonction, un architecte a imaginé sa reconversion en espace culturel. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Aéroport: un vol toutes les 87 secondes en 2030
Plus...