Eric Stauffer, le bagarreur de la politique genevoise

Candidat au Conseil d'EtatLe député MCG a combattu pour arriver là où il est. Défi ultime: diriger la police genevoise

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L’objectif confine à l’obsession. Le 17 juin, Eric Stauffer n’espère pas seulement obtenir un siège au Conseil d’Etat. Le poids lourd du MCG veut devenir le nouveau patron du Département de la sécurité, de la police et de l’environnement. Pour le peuple, le seul lobby qu’il défend, comme il se plaît à le dire, le répéter, l’asséner. Lui au parcours de vie cabossé est le mieux placé pour comprendre ses préoccupations, ses attentes. Mais il est aussi l’ami des puissants. Il ne le dit pas trop fort ces temps, mais ne peut s’empêcher de le placer dans la discussion. L’homme aime briller.

Diriger la police, donc. Le défi ultime. Il a relevé les deux précédents avec brio: créer un parti et en faire la deuxième force au Grand Conseil, accéder au Conseil administratif d’Onex, seul contre tous. Cette fois, l’homme à la gourmette et aux cheveux teints veut monter dans la voiture et allumer le gyrophare. «Mettre un peu de plomb dans la cervelle de la racaille venue de France», comme il l’écrit sur son profil Facebook. Avec l’arme que la police lui permet de posséder? Programme limpide. Sans bavure.

L’homme a confiance en lui. C’est ce qui le porte. Il sait aussi aller au contact des gens, façon Mélenchon. Convaincre par des mots simples, un ton déterminé, un regard qui semble franc. Marteler qu’il sait être collégial, pour preuve sa bonne intégration au sein de l’Exécutif d’Onex.

Gommer le passé

Reste un impératif pour nettoyer la République: passer pour plus blanc que blanc. Se racheter une conduite. Le 5 avril, l’élu le plus connu et détesté de Genève se voit délivrer un certificat de bonne vie et mœurs. Transmis le jour même aux médias. Le 11 mai, il obtient une attestation de non-poursuite. L’encre du tampon n’a pas encore séché que le document est déposé à la réception de notre journal.

Prétendre assumer son passé, mais vouloir en faire table rase. Le député MCG, ancien libéral et UDC, a ainsi demandé la radiation de son dossier de police, a appris la Tribune de Genève . Démarche hautement symbolique, un tel dossier contenant les affaires, sensibles, dans lesquelles son nom apparaît, indépendamment de son degré d’implication dans ces affaires. L’élu aux trois passeports – suisse, italien et mauricien – affirme avoir obtenu satisfaction, mais n’a pu le prouver, malgré nos demandes. Ce dossier de police a joué de mauvais tours au quadragénaire, deux fois papa, deux fois marié, première union à seulement 21?ans. En 2003, il participe au lancement de la compagnie aérienne Helvetic Wings. En tant que directeur financier, mais aussi pilote, il sollicite, a-t-on appris lors de notre enquête, un laissez-passer pour la zone réservée de l’aéroport. Sésame refusé après un préavis négatif de la police cantonale.

Plus tôt, en 2000, alors qu’il a pris ses quartiers à l’île Maurice, Etat d’origine de sa future deuxième épouse, il se brouille avec le numéro trois du gouvernement, dont il est le bras droit. Il se met à dos, par effet domino, le premier ministre mauricien. Lors d’un meeting, ce dernier brandit un rapport ravageur sur lui. Il y est question d’opposition aux actes de l’autorité, escroquerie, abus de confiance, faux dans les titres, lésions corporelles, menaces, dommages à la propriété et vol. Un document établi par Interpol, assure le ministre. Faux. C’est un recueil d’informations fourni par la police genevoise, basé sur des affaires dans lesquelles Eric Stauffer a été inquiété, mais pas condamné. Le fameux dossier de police. Pour avoir menti, le ministre tombe. Quant à l’honneur du Suisse, il est sauf.

Mais ce n’est pas suffisant pour le cofondateur du Mouvement citoyens genevois (MCG), un parti né en 2005. Encore samedi, lors de notre rendez-vous, il criait à l’injustice à l’évocation des soupçons pesant sur lui, mettait en avant ses six ans au service de la collectivité et présentait sa ligne de défense habituelle: «Je n’ai jamais été condamné par la justice pénale à l’exception d’infractions à la Loi sur la circulation routière.»

L’entrepreneur à la vie tumultueuse – c’est ainsi qu’il se définit – a raison. Il a la justice pour lui. Cette justice qui l’a incarcéré à deux reprises à titre préventif avant de le blanchir. Reste que son parcours de vie émaillé d’histoires de violence, ses arrangements avec la vérité font naître un doute. Une intime conviction chez certains. En 2011, une altercation oppose ainsi Eric Stauffer à l’écologiste Roberto Broggini à la buvette du Grand Conseil. L’affaire est médiatisée. Ce qui ne l’a jamais été, c’est qu’elle a connu une suite judiciaire. Dossier en cours, prétend l’écologiste. Plainte classée, nous a juré Eric Stauffer. Renseignement officiel pris auprès du pouvoir judiciaire, l’affaire est toujours en cours.

«Relation explosive»

Dans le cadre de notre enquête, plusieurs personnes qui ont travaillé avec lui dans les années 2000 ont évoqué son attitude «très agressive». Il est même question d’une bagarre avec un collègue en 2003. Eric Stauffer nous a confirmé l’altercation, mais a précisé avoir agi de la sorte pour empêcher qu’un vol ne soit commis.

Plus embêtante, cette plainte déposée, puis retirée, par son ex-compagne à la fin des années 90, une affaire évoquée en mars par L’Illustré . Dans sa plainte contre l’hebdomadaire, Eric Stauffer reconnaît avoir eu «une relation parfois explosive», mais jure que la plainte était infondée.

Samedi, lors de notre rencontre, le leader du MCG, chef d’équipe vénéré par les siens, a dénoncé l’acharnement dont il serait victime. Il omet de préciser que depuis vingt ans, en affaires ou en politique, il se comporte comme ses opposants: utilisation de la justice pour faire pression, exister politiquement, contre-attaquer. Chiffres inédits et stupéfiants: depuis 1990, il a été mis en cause, plaignant ou témoin, à près de 100 reprises dans des affaires judiciaires. Depuis l’an 2000, il a été mis en cause à plus de vingt occasions et plaignant tout autant de fois. Ces plaintes n’ont débouché sur aucune condamnation.

Le conflit, omniprésent

L’analyse de ces plaintes laisse penser que le conflit, le rapport de force et la procédure sont au centre de sa vie professionnelle et politique, exception faite des liens cordiaux tissés avec ses collègues de l’Exécutif onésien. Eric Stauffer, actuel directeur de la société Medinex, spécialisée dans la téléphonie mobile, nous explique que le monde de la finance, dans lequel il a longtemps baigné, est un monde de requins. C’est la guerre, donc. Mais dans la sienne, pas de vainqueur, que des vaincus: entre ses 20?ans et ses 40?ans, de 1984 à 2004, le colosse du MCG a travaillé pour neuf sociétés (gestion de fortune, conseil financier, vente de biens de consommation, compagnie aérienne, pharmaceutique), qui ont toutes fait faillite.

Même s’il le dément avec véhémence, dans la moitié des cas, il occupait un poste à responsabilité dans la société. Il aurait été trompé par certains partenaires ou victime d’associés médiocres, nous dit-il. Il serait très bon pour se vendre, nettement moins pour trouver des investisseurs, nous disent ses anciens partenaires.

Directeur ou pas directeur?

Beaucoup de conflits. En 2008, encore. Dans la liste des liens d’intérêt à remplir en tant que député, il indique être le directeur d’une régie immobilière de la place. Joint dans le cadre de notre enquête, l’administrateur de la régie a affirmé que cette information était fausse et qu’Eric Stauffer avait été prié de donner son congé. L’élu MCG, lui, nous affirme avoir été directeur de la régie et avoir démissionné après avoir dénoncé les responsables pour gestion déloyale. Malgré de nombreux échecs professionnels, le trublion du Parlement cantonal a percé en politique. Un «ami de trente ans» souligne sa force mentale et sa capacité à rebondir, lui qui a pris des coups – mère remariée, beau-père assassiné – lorsqu’il était jeune. Revanche à prendre sur la vie? Eric Stauffer nous répond simplement que vouloir, c’est pouvoir. Un exploit le 17 juin, il y croit. Elu, il pourrait «incarcérer les 450 criminels qui commettent plus de 60% des délits crapuleux». Et tant pis si ce pourcentage figurant au premier point de son programme officiel est fantaisiste. Il aura le temps de lire les rapports annuels de la police lorsqu’il en aura pris la tête. (TDG)

Créé: 18.05.2012, 14h16

Sept candidats le 17 juin

Le 17 juin, sept candidats, présentés par 22 partis et groupements, se disputeront le siège du Conseil d'Etat vacant depuis la démission de Mark Muller le 29 février dernier. Eric Stauffer a été le premier à se lancer dans la bataille. Deux autres candidats peuvent réellement prétendre accéder au gouvernement: la socialiste Anne Emery-Torracinta et le maire de Genève libéral-radical Pierre Maudet. Les quatre autres candidats sont Manuel Acevedo, sans parti patron d'une PME, Paul Aymon, dit le prophète, Alexis Roussel du Parti pirate et le Vert'libéral Laurent Seydoux.

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BIO EXPRESS

Naissance Le 24 octobre 1964, à Genève. Mère italienne, père genevois. Une demi-sœur.
Vie privée Premier mariage à 21 ans avec une Italienne. Une fille naît de cette union. Deuxième mariage, à 38 ans, avec une Mauricienne. Un fils naît de cette union.
Travail Actif depuis l’âge de 20 ans dans le domaine commercial et financier. Déclaré en faillite personnelle à 24 ans. Il exploitait un commerce de nourriture pour poissons. Actuellement directeur de la société Medinex, spécialisée dans la téléphonie mobile.
Politique Conseiller municipal libéral à Onex de 1987 à 1991. Cofondateur du MCG en 2005. Député depuis cette date. Conseiller municipal MCG à Onex de 2007 à 2011. Conseiller administratif de cette commune depuis l’an dernier. F.C.

LA PHOTO QUI A MARQUÉ SON ENFANCE. U «Sur cette photo, je devais avoir 5 ou 6 ans. Elle a été prise devant la maison de mes grands-parents à Palinuro, en Campanie, en Italie du Sud. Elle me touche car je suis avec Bleck , le chien de mon grand-père. Il était extraordinaire. Il avait été dressé pour retrouver les objets. Les clés, par exemple. Bleck m’adorait. A l’arrière-plan, on devine la Peugeot 404 de mon père. J’ai grandi dedans. Chaque été, on l’utilisait pour descendre en Italie. C’était une véritable expédition. Il n’y avait pas encore beaucoup d’autoroute ni le tunnel du Mont-Blanc. On mettait 24 h pour arriver à destination. Aujourd’hui, moitié moins. Mon père s’est séparé de cette voiture avant que je ne sois en âge de conduire. J’aurais rêvé de l’avoir.» Propos recueillis par F.C.

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