L’éco-crèche en forêt veut prendre son envol

Petite enfance La première année scolaire bouclée, les éducateurs prévoient d’étendre le concept. Les autorisations se font attendre.

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Attraction du jour: un scarabée rhinocéros mort. C’est François, 3 ans, qui l’a trouvé en chemin et ramené à ses camarades. Il est 8 h, l’accueil se fait en chanson avant le départ en promenade. La météo annonce des orages dans la matinée? «Il n’y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais habits», sourit Chamouni, maman venue déposer la petite Amandine.

L’éco-crèche en forêt boucle son premier exercice. Une année scolaire en plein air – deux matinées par semaine – pour des petits de 2 ans et demi à 8 ans, dans les bois de Dardagny. Même en hiver? «Quand il neige, on fait des bonhommes de neige et on demande aux parents de mettre trois paires de gants dans le sac des enfants», répond Viktorie Škvarková. C’est elle qui a bataillé durant quatre ans pour mettre sur pied l’association La bicyclette, qui chapeaute cette crèche spéciale. «Ce type d’accueil existe ailleurs, à Saint-Gall, Zurich, en Scandinavie et en République tchèque, dit-elle. Le but est de vivre avec la météo, avec la nature qui nous entoure.» Pour le transport, les parents ont la possibilité de déposer leur enfant à la gare Cornavin. Deux accompagnants les y attendent. Le trajet vers Dardagny se fait en train, puis à bord de la navette Proxibus qui sillonne le Mandement.

Courir, crier, se lever

Fonctionnant comme n’importe quelle autre structure dédiée à la petite enfance, l’éco-crèche se distingue toutefois par le nombre restreint d’enfants, douze par matinée pour quatre accompagnants, l’absence de murs, d’électricité et de jouets. En cas de pluie, une bâche en plastique est tirée pour recouvrir le canapé forestier construit sur le terrain loué à l’Etat de Genève. Les toilettes sont sèches et, en cas d’urgence ou cas extrême, le centre Pro Natura et ses équipements modernes se trouvent à quelques mètres. Bilan sanitaire de l’année écoulée: deux sparadraps. «Les enfants ont beaucoup appris et gagné en motricité», note Isabelle Laydernier-Bongera, éducatrice qui partage son temps entre une crèche classique et l’éco-crèche. «Ici, ils peuvent courir, crier ou se lever pour manger. On n’a pas besoin de leur dire d’arrêter.» L’équipe insiste: peu de règles sont en vigueur, hormis celle de toujours avoir un accompagnant adulte dans le champ de vision. La maman d’Amandine, elle, est conquise: «Les enfants ont le temps, ils vont à leur vitesse. S’ils veulent s’arrêter vingt minutes pour regarder un escargot, ils peuvent. Et puis je ne voulais pas pour ma fille d’une crèche classique avec 30 enfants.»

L’Etat fixe des règles

Si la liberté est grande sur le terrain de Dardagny, elle l’est moins lorsqu’il s’agit d’obtenir des autorisations. Après cette première année test, le Service d’autorisation et de surveillance de l’accueil de jour (SASAJ) a posé de nouvelles exigences. D’autant que l’équipe éducative prévoit d’étendre l’activité de la crèche en forêt à cinq jours au lieu de deux, avec des journées complètes et un peu plus d’enfants (16) le mercredi. Cela implique d’organiser repas et siestes, pour lesquels les normes sont strictes. L’Etat impose alors de manger chaud, et au chaud, certains mois de l’année. Pour le repos, l’association est parvenue à rassembler les fonds nécessaires à l’achat d’une roulotte, mais le Service d’autorisation exige notamment d’y installer au moins deux sorties de secours. Trop de contraintes vont-elles dénaturer l’éco-crèche? «Non, pas du tout», répond un porte-parole du SASAJ, en saluant «les projets novateurs comme celui-ci, qui demandent à la fois rigueur et souplesse de tous les partenaires concernés.» Viktorie Škvarková, elle, avoue qu’idéalement, elle aurait aimé «cuisiner sur un feu vif et manger en plein air», mais finalement un traiteur livrera des repas chauds. «Nous sommes prêts à des compromis, mais nous voulons aussi garder nos valeurs», ajoute-t-elle.

Quoi qu’il en soit, une quarantaine d’enfants sont d’ores et déjà inscrits pour la rentrée, d’autres patientent en liste d’attente. Et la Ville de Genève s’est engagée à subventionner cinq places. Conséquence, les tarifs pourraient baisser et, peut-être un jour, s’aligner sur ceux des crèches classiques. Jusque-là, les parents déboursaient 70 francs pour la demi-journée en forêt; il est prévu de facturer 95 francs pour la journée entière dès la reprise.

En attendant que les autorisations soient délivrées, jeudi à la crèche, c’était veille de vacances. Jouer et prendre le goûter en forêt, Noumi, 3 ans, aime bien ça. Pour observer ce qui l’entoure de plus près, il a même emmené sa loupe. Durant la promenade, il s’est arrêté pour faire pipi dans les roseaux, très heureux de créer «une rivière pour les petites bêtes».

(TDG)

Créé: 03.07.2016, 19h39

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