Les défenseurs de l’impôt sur les chiens donnent de la voix

Votations cantonalesUn comité défend une taxe jugée normale pour compenser les coûts retombant sur les Communes.

Si les propriétaires de chiens sont taxés, c'est parce que ces derniers posent aux pouvoirs publics des problèmes plus importants que d'autres animaux (chats, rongeurs, ...).

Si les propriétaires de chiens sont taxés, c'est parce que ces derniers posent aux pouvoirs publics des problèmes plus importants que d'autres animaux (chats, rongeurs, ...). Image: FRAUTSCHI PASCAL/ EDIPRESSE

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À quelques semaines de la votation sur l’abolition de la taxation sur les chiens, les partisans de son maintien ont deux messages: le premier, c’est qu’ils n’ont rien contre les quelque 29 000 chiens du canton, mais alors rien du tout, ni d’ailleurs contre leurs maîtres; le second, c’est que les prestations publiques les concernant: caninettes, nettoyage des déjections, parcs à chiens, qui sont largement assumées par les Communes, ont un coût que les propriétaires doivent assumer.

Un débat facile

Ces messages ont été répétés par le conseiller administratif PLR de Thônex Pascal Uehlinger, le député PDC, et ancien magistrat communal à Lancy, François Lance, ainsi que son collègue socialiste Romain de Sainte Marie. Et qu’on ne leur dise pas que les propriétaires de chiens ne sont pas de leur côté. «C’est la récolte de signatures sur un sujet fiscal qui a été la plus facile de ma carrière, témoigne ce dernier. Le sujet est limpide et les propriétaires eux-mêmes admettent parfaitement qu’ils engendrent des coûts particuliers qu’il faut bien payer.»

Alors que les partisans de l’abolition accusent l’impôt d’être «discriminatoire et antisocial», ceux du maintien tombent des nues: «Pourquoi antisocial? D’abord, l’impôt coûte entre 50 et 100 francs par an, rétorque François Lance. Ensuite, ajoute Romain de Sainte Marie, le département responsable, celui de Mauro Poggia, et la chancellerie nous assurent que les personnes les plus pauvres, notamment au bénéfice de l’assistance, reçoivent un forfait annuel de 500 francs qui leur permet d’entretenir leur animal et de payer l’impôt.

«Rien d’antisocial»

Il n’y aurait donc rien d’antisocial dans cette affaire, et le socialiste, un brin perfide, d’ajouter que, selon les études sociologiques menées sur les propriétaires de chiens, ceux-ci sont plus souvent fortunés et propriétaires de leur logement que modestes et locataires. Questionnés sur le caractère important pour certains du lien à l’animal, les partisans affirment ne pas le mettre en cause. «Bien sûr que, pour une personne seule, un animal peut être un immense réconfort, explique Romain de Sainte Marie, mais il faut aussi pouvoir accueillir les animaux dans des espaces publics adéquats qu’il faut entretenir.»

L’argument de la discrimination entre propriétaires d’animaux, par exemple entre ceux de chiens, imposés, et ceux de chats, non imposés, serait pour sa part carrément absurde, les canidés causant aux pouvoirs publics des problèmes autrement plus importants que les félidés. Autrement dit, si l’on taxe différemment ces animaux, c’est qu’ils posent des problèmes différents.

Éternelle sensibilisation

Les magistrats ou ancien magistrats communaux rappellent que les Communes sont chargées de faire respecter les règles de la vie commune, parmi lesquelles la cohabitation harmonieuse entre propriétaires d’animaux se promenant dans les espaces publics et ceux qui n’en ont pas.

Malheureusement, les comportements adéquats ne seraient pas toujours spontanément observés par les maîtres. «À Thônex, raconte Pascal Uehlinger, nous avons mené une campagne de sensibilisation: le long d’une rue, nous avons posé un petit drapeau partout où se trouvait une crotte. Eh bien, au final on s’est retrouvé avec une véritable forêt de drapeaux.»

La faute à qui? À une minorité de propriétaires d’animaux apparemment, la plupart ramassant sans problèmes les déjections de leurs compagnons à quatre pattes.

2,2 millions de perte

Un élément particulier a mis le magistrat de Thônex sur les pattes arrière, c’est la décision du Grand Conseil d’abolir tout impôt sur les chiens, y compris sa composante communale. «C’est un pur et simple report de charges de 2,2 millions du Canton sur les Communes, se plaint-il, car il est évident que le travail devra continuer à être fait et qu’il devra être financé par l’ensemble des contribuables.» De plus, l’Association des communes genevoise, le lobby politique des Communes, n’aurait pas été consultée par la commission du Grand Conseil, alors qu’il est d’usage de le faire quand la fiscalité des Communes est touchée par une décision cantonale. «Formellement, c’est catastrophique, et un recours aurait certainement été déposé par l’ACG si le référendum n’avait pas été lancé.»

Les partisans de l’impôt canin ont des arguments à faire valoir, mais la partie ne sera pas facile à mener. La preuve, le PLR s’est prononcé pour l’abolition et le PS a laissé la liberté de vote à ses électeurs, comme d’ailleurs Ensemble à Gauche. Comment voteront les citoyens et, parmi eux, les 29 000 propriétaires de chiens du canton? Réponse le 9 février.

Créé: 13.01.2020, 17h34

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