Décès de Sigurd Maxwell, «le père du CEVA»

Carnet noirCheville ouvrière de la renaissance du projet au tournant du millénaire, le Thônésien est décédé lundi. Serge Dal Busco salue un «visionnaire».

Sigurd Maxwell, photographié ici en novembre 2011 sur l'ancienne voie SNCF Annemasse-Eaux-Vives.

Sigurd Maxwell, photographié ici en novembre 2011 sur l'ancienne voie SNCF Annemasse-Eaux-Vives. Image: Magali Girardin

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«Sigurd Maxwell était très fier de ce qu'il avait fait pour le CEVA, qui était un peu son bébé: il l'avait dans le cœur.» Les mots sont de Patrice Plojoux, président d'Alprail, et ils sont une élégie au fondateur de cette association lémanique pour la promotion du rail.

Sigurd Maxwell est décédé lundi à l'aube, à l'âge de 77 ans. Sa famille l'a annoncé à la «Tribune de Genève». Dans les années 1990, ce militant de la cause ferroviaire a joué un rôle crucial dans la promotion de la liaison Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse, qui sera mise en service le 15 décembre prochain, permettant de déployer un réseau de trains régionaux autour de Genève, sous le nom de Léman Express. Gravement atteint dans sa santé durant ses trois dernières années, Sigurd Maxwell n'aura donc pas vu l'aboutissement du projet qui lui doit tant.

À lire aussi: Notre dossier consacré au Léman Express

Né en 1941 dans une Allemagne en guerre, il est adopté à l'âge de huit ans par son beau-père, un pasteur américain, et débarque à Genève en 1953. Il y sera notamment enseignant au Collège Claparède et élu radical, dès 1991, au Conseil municipal de Thônex. C'est à cette époque que démarre sa croisade pour le CEVA. Il fonde en 1993 Alprail.

«Son action en faveur du CEVA a été décisive, témoigne Robert Cramer, conseiller aux États et conseiller d'État de 1997 à 2009. Il a eu l'immense mérite de croire en ce projet imaginé en 1912 alors que c'est une liaison par métro léger qui avait le vent en poupe à l'époque et qui était porté par son parti.» Le Vert voit là la marque d'un «esprit indépendant» et d'un caractère «aventurier».

Aux yeux de Robert Cramer, deux actions de Sigurd Maxwell ont permis de ressusciter la liaison CEVA et de lui faire prendre le dessus sur le projet gouvernemental de métro aérien. «Peu avant les élections de 1997, Alprail a organisé une marche des Eaux-Vives à La Praille, à laquelle j'ai participé, et qui a contribué à convaincre de nombreux élus ou futurs députés, lesquels ont ensuite fait pression sur le Conseil d'État, raconte l'écologiste. Son autre coup de génie a été d'écrire au Conseil fédéral pour lui demander si la convention de 1912, prévoyant la construction du CEVA, restait valable. Il lui a été répondu qu'elle avait été simplement mise en suspens le temps de construire le raccordement avec l'aéroport, mais qu'elle serait réactivée dès 2000: cela a permis de convaincre tous ceux qui voyaient dans le CEVA un projet désuet ou qui doutaient des possibilités d'obtenir un financement fédéral.»

Un autre exploit de Sigurd Maxwell, radical atypique, aura été d'avoir rallié à sa cause son propre camp politique alors que lui-même avait combattu, contre la droite, le projet routier de traversée de la rade en 1996. «Sig, comme on l'appelait, est véritablement le père du CEVA, témoigne Gabriel Barrillier, ancien président radical du Grand Conseil. Il en a été la cheville ouvrière et il n'a eu de cesse de s'engager, sans compter ses heures, en faveur de ce projet. Un engagement de chaque instant qu'il a transformé en force de persuasion. Il est très triste de savoir qu'il n'aura pas eu le temps de voir la concrétisation de son combat, un peu comme Louis Favre, décédé avant le percement du Gothard. Les ouvriers avaient fait passer son portrait dans le tunnel une fois ouvert. La collectivité doit trouver un moyen de témoigner sa gratitude envers Sig Maxwell, qui était un passionné un peu à l'image de Franz Weber et dont le combat pugnace pour des transports respectueux de l'environnement colle à l'actualité.»

L'actuel ministre des Transports réagit lui aussi à la triste nouvelle. «Je salue avec émotion l’action de ce visionnaire, sa ténacité et sa foi en ses idées, écrit Serge Dal Busco. Sans lui et sans les quelques pionniers qu’il a réunis autour de sa vision, nous ne serions pas aujourd’hui à quelques mois d’inaugurer le Léman Express, le plus grand réseau régional transfrontalier d’Europe, qui va bouleverser la mobilité à Genève et dans la région au profit d’une meilleure qualité de vie. Nous penserons très fort à Sigurd Maxwell pendant l’inauguration, en décembre prochain, lorsque son rêve se réalisera enfin.»

Sigurd Maxwell laisse derrière lui une épouse et deux enfants, également férus de déplacements écologiques. Ses obsèques auront lieu lundi à 14h30 à la chapelle protestante de Veyrier (1, chemin du Petit-Veyrier). Alprail continue de militer pour le développement ferroviaire de la région, notamment en revendiquant la réhabilitation des lignes du Tonkin (entre Évian et Saint-Gingolph) et du pays de Gex (entre Bellegarde et Divonne). (TDG)

Créé: 21.05.2019, 12h08

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