Dans les champs genevois, le ver de terre chasse la charrue

AgricultureL’agriculture de conservation redonne vie aux sols surexploités. Des précurseurs tirent un bilan positif de leur conversion.

Autour de Christophe Bosson, un couvert végétal.

Autour de Christophe Bosson, un couvert végétal. Image: L.D.S.

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Les grandes cultures genevoises vivent une révolution. Synthétisée à l’extrême, celle-ci supprime le labour et introduit la plantation d’un mélange de végétaux entre deux cultures pour ne plus laisser le sol à nu. Peu à peu, des producteurs genevois s’y sont convertis. Comment voir le changement? Il suffit d’observer les champs, précisément en ce moment. L’étrange mélange de tournesols, de fèves, de pois, de radis, de lin? Voilà ce que les agronomes nomment «couverts végétaux». Avec le gel et le passage d’un rouleau, ces plantes hétéroclites s’abaisseront pour protéger la terre. Et surtout, elles la nourriront. Un engrais naturel, en somme.

Les sols, un levier énorme

Lundi, AgriGenève présentait les résultats d’une décennie de recherches dans le domaine. Le bilan est convaincant dans la mesure où la quasi-totalité des exploitations genevoises sèment des couverts végétaux. Aujourd’hui, la surface de grandes cultures protégée par des couverts atteint 2000 hectares dans le canton.

L’enjeu est colossal. Après des décennies de labour et de mécanisation, «on a appauvri les sols de 50 à 70% de leur teneur en matière organique», explique Pascal Boivin, spécialiste des sols à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture (Hepia). Cet épuisement est au cœur de l’alerte lancée par le rapport du Groupe intergouvernemental d’experts internationaux sur le climat (GIEC) présenté cet été. Alors que l’activité humaine produit toujours plus de gaz carbonique atmosphérique, les sols affaiblis perdent leur capacité à absorber ce CO2.

L’agriculture de conservation est un moyen de sortir de ce cercle vicieux. «Les sols sont un levier énorme de régulation environnementale», poursuit le Dr Pascal Boivin. Avec des tests commencés il y a dix ans, les agriculteurs genevois font office de précurseurs. Parmi eux, Christophe Bosson, à Aire-la-Ville, fut l’un des premiers à se débarrasser de sa charrue. «C’est un symbole très fort que l’on supprime, confie l’agriculteur. Mais la manière dont je pratique mon métier depuis dix ans est d’une très grande richesse.»

Dans sa terre, un signe ne trompe pas: «À la fin des années 90, il n’y avait plus une mouette ici, car il n’y avait plus un seul ver de terre. Aujourd’hui, c’en est plein.» Pourquoi tant d’enthousiasme pour le lombric? En digérant la matière organique, il améliore les caractéristiques physiques du sol. Sa présence est le signe d’une terre en bonne santé.

Des parcelles vertueuses

Voilà donc une décennie que Christophe Bosson ne retourne plus sa terre. Au lieu de cela, il la nourrit à l’aide de couverts végétaux et l’observe de près, bêche à la main. Les débuts n’ont pas été simples, concède le producteur d’Aire-la-Ville, qui a dû affronter des baisses de la productivité. Mais les sols répondent désormais favorablement. «Ma première économie, c’est le temps. Les heures que je ne passe pas à labourer, je les passe à travailler mes autres cultures», dit-il.

Pour opérer ce virage, Christophe Bosson a pu s’appuyer sur les recherches et l’assistance de Nicolas Courtois, technicien au sein de la faîtière de l’agriculture genevoise. «Depuis cinq ans, en moyenne, les parcelles genevoises stockent plus de carbone qu’elles en émettent», se félicite l’ingénieur d’AgriGenève.

Mais les objectifs pour la décennie à venir sont élevés. Fixés par le plan climat cantonal, ils visent à faire capter 15 000 tonnes de C02 par année aux terres assolées genevoises. Or, le taux actuel ne permet pas d’atteindre la cible. En revanche, de nombreuses parcelles en agriculture de conservation font le travail puisqu’elles affichent des taux largement supérieurs à l’objectif climatique.

Créé: 28.10.2019, 18h22

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