«Le Canton renonce à mettre un pied dans le Grand Théâtre»

Loi sur la répartition des tâchesLe président du Conseil d’État, François Longchamp, estime que l’échec des négociations incombe à la Ville.

Le président du Conseil d’État, François Longchamp, a informé la Ville de la suspension des négociations concernant le Grand Théâtre.

Le président du Conseil d’État, François Longchamp, a informé la Ville de la suspension des négociations concernant le Grand Théâtre. Image: Georges Cabrera

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On évoquait déjà les noces. A la fin de mai, l’accord entre la Ville et le Canton concernant la future gouvernance du Grand Théâtre semblait à bout touchant. L’événement aurait pu être célébré par une ouverture de saison 2018-2019 grandiose avec le Ring wagnérien dans un bâtiment fraîchement rénové. Mais après le chantier de la place Neuve, ce sont les négociations portant sur l’avenir administratif et financier de l’institution lyrique qui prennent l’eau. Le président du Conseil d’État, François Longchamp, annonce que le gouvernement suspend le processus de la Loi sur la répartition des tâches (LRT) pour le Grand Théâtre. La faute à la Ville, selon lui. Explications.

Où en sont les négociations avec la Ville concernant le Grand Théâtre?

Nous les suspendons. Le Canton renonce à mettre un pied dans le Grand Théâtre tant qu’il n’y aura pas d’avancées significatives du côté de la Ville. Nous avons informé le Conseil administratif par courrier, daté du 3 novembre. De plus, nos deux représentants se retirent du conseil de fondation. De toute façon, nous avons pu constater que plus les problèmes sont vastes, moins ce conseil se réunit…

La Loi sur la répartition des tâches prévoit pourtant une présentation du projet avant le 31 décembre. Quid?

Ce projet ne verra pas le jour. Il était pourtant prêt. Il prévoyait la cantonalisation du Grand Théâtre en deux temps. D’abord à 50/50, comme souhaité par la Ville, dont tous les désirs ont été pris en compte dans ce texte, puis à 100%. Nous avons transmis l’avant-projet en juin au Conseil administratif, sans retour probant.

Quelles sont les raisons de cette rupture?

Il y a quatre raisons principales. D’abord, malgré nos demandes répétées, nous restons désespérément dans l’attente de recevoir les comptes du dernier exercice. Ils n’ont pas été présentés non plus au conseil de fondation, à ce jour. Deuxième raison: nous avons tenu pas moins de douze longues séances avec les partenaires concernés. Nous avons travaillé à un projet de nouvelle gouvernance du Grand Théâtre, incluant un nouveau statut. Validé en juin par la Ville, il devait être transmis par le Conseil administratif au Conseil municipal. Ce n’est toujours pas fait.

La troisième raison concerne le statut du personnel.

Une partie du personnel du Grand Théâtre est régie par la fondation et l’autre relève du statut de fonctionnaire municipal. Cela fait des années que des rapports internes et externes préconisent l’abolition de ce double statut. Rien n’a bougé. Et maintenant, on lit dans la presse que cet immobilisme, ou ce stress, c’est selon, serait une conséquence de la LRT! La mise au point d’un statut unique relève d’un devoir préalable et municipal. Le retard du chantier a-t-il influencé votre décision?

Il s’agit du quatrième élément. Nous avons appris à la mi-octobre ce retard conséquent du chantier de rénovation. Cela pose des problèmes en cascade, telles que l’annulation du Ring prévu en ouverture de saison, ou la prolongation de l’immobilisation de la place des Nations par un opéra provisoire sur un terrain de l’État. Cette nouvelle a été transmise au Canton le 13 octobre alors que la Ville et la présidence de la Fondation du Grand Théâtre savaient depuis le 14 septembre au moins ce qui se passait. Dans l’intervalle, le 22 septembre, par un curieux hasard, le Grand Conseil était appelé à voter la subvention de 3 millions en faveur du Grand Théâtre, ce qu’il a fait dans l’ignorance.

Pensez-vous que l’information a été délibérément cachée?

Nous déplorons le fait qu’elle ne nous ait pas été transmise. Cela aurait évité que des députés, tel que Pierre Gauthier (ndlr: Parti radical de gauche), qui a saisi le Conseil d’État, s’interrogent sur la possibilité que ces faits aient été sciemment cachés au Grand Conseil.

Le Grand Théâtre était un élément fort du désenchevêtrement. Est-ce un échec de la LRT?

Certainement pas. Le processus LRT trouve son terme uniquement sur le Grand Théâtre. Pour 98% des institutions culturelles concernées, la question a été réglée. C’est un échec de la Ville! C’est la Ville qui est incapable de définir une ligne et de s’y tenir. De notre côté, nous avons sauvé la Nouvelle Comédie. Nous avons soutenu le Théâtre de Carouge. Nous avons donné une subvention au Grand Théâtre. Nous nous soucions du rayonnement culturel de Genève. Mais nous avons aussi le souci de l’utilisation à bon escient de l’argent public. (TDG)

Créé: 07.11.2017, 22h54

«Le Canton fuit ses responsabilités»

Interrogé par nos soins, le conseiller administratif chargé de la Culture, Sami Kanaan, confirme avoir reçu le courrier lundi. Il regrette la décision du Conseil d’État de suspendre les négociations concernant le Grand Théâtre. «Le Canton n’a visiblement pas envie de s’investir dans cette maison. En fait, chaque fois qu’il a l’occasion de s’investir dans une grande institution culturelle, il fuit ses responsabilités.» Rappelant que c’est François Longchamp qui avait, à la fin de mai, annoncé que l’accord était à bout touchant, le magistrat poursuit: «J’ai toujours été un peu plus prudent. Ce sont des négociations complexes. Ce n’est pas un dossier anodin. Le Grand Théâtre est une institution qui mérite qu’on s’y intéresse. Pas un machin qu’on balade à droite et à gauche.» Face aux reproches formulés à l’égard de la Ville, Sami Kanaan rétorque: «Le Canton polémique pour cacher le fait qu’il n’a pas pris la mesure de l’importance et de la complexité de ce dossier. Il se cherche des excuses pour justifier son retrait.»

Aux yeux du socialiste, «le courrier comprend nombre d’inexactitudes». Au sujet des comptes qui n’ont toujours pas été présentés, il indique: «On attendait le vote de la subvention cantonale de 3 millions. Ils sont en train d’être bouclés et sont, en tout cas, à l’équilibre.»

Pourquoi ne pas avoir donné suite à l’avant-projet de loi présenté par le canton? «Il prévoyait un transfert total de l’institution. C’était inacceptable pour la Ville et cela aurait provoqué un incendie social majeur! Le personnel était très inquiet. Et c’est normal. Son statut est forcément lié au passage au Canton.» Il ajoute que la Ville a depuis transmis au Canton une contre-proposition à cet avant-projet, prolongeant le délai de deux ans, «pour travailler en toute sérénité».
Enfin, concernant le calendrier de l’annonce du retard du chantier, il réfute le fait que l’information aurait été cachée dans l’attente du vote du Grand Conseil. «Le chantier, c’est le problème de la Ville. On ne demande rien au Canton. Et les 3 millions n’ont rien à voir là-dedans.»

Il conclut: «Il s’agit d’une suspension des négociations. De notre côté, nous restons donc ouverts à une reprise dès que possible.» M.P.

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