La caméra Bolex fait son cinéma à la rue du Vuache

PatrimoineLes amoureux de films 16 mm ont rendez-vous dans les locaux de l’Association pour le patrimoine culturel.

L'hommage à l'icône de l'industrie suisse et du cinéma a lieu jusqu'au 28 mars.

L'hommage à l'icône de l'industrie suisse et du cinéma a lieu jusqu'au 28 mars. Image: Laurent Guiraud

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Après la machine à coudre et la dynamo, cet accessoire luciférien qui produisait de l’électricité sans recourir à une batterie, et avant le cadenas, le fil de soie et le potager à bois Le Rêve, une autre invention oh combien légendaire: la caméra Bolex. Elle se donne à voir, à toucher et à manipuler dans les murs de l’API, ce cabinet de curiosités géré de mains artisanes par l’Association pour le patrimoine industriel.

On s’y rend comme on part à la redécouverte du passé, sans nostalgie, en marchant sur le pavé irrégulier qui surgit à l’extrémité de la rue du Vuache, en contrebas du Collège Voltaire. Un cul-de-sac? Non, un décor de cinéma pour y tourner des scènes d’extérieur, avant de franchir des salles intérieures à la dimension d’ateliers d’artistes.

Dans la plus grande d’entre elles, plantée sur un trépied, la star du jour et du siècle passé. Cette «caméra vaudoise» au succès planétaire, la H16, que les amateurs éclairés s’arrachent, bientôt suivis par les people et les cinéastes expérimentateurs. Marlène Dietrich a la sienne, le Mahatma Gandhi en fait lui aussi l’acquisition, comme l’Aga Khan et Antoine de Saint-Exupéry.

Une caméra qui séduit et voyage beaucoup, résistant à tous les chocs thermiques, au grand froid comme aux températures tropicales. Increvable, indémodable, un investissement pour la vie – trois mois de salaire d’un imprimeur –, outil de travail providentiel des réalisateurs indépendants sur le point d’inventer une nouvelle avant-garde dans leur pays respectif. François Truffaut a filmé avec, John Cassavetes également. Sans compter David Lynch et Brian de Palma.

«La Bolex permettait une écriture plus proche du quotidien, plus manuscrite si l’on veut. Elle faisait corps avec son auteur, elle incarnait le cinéma à portée de l’homme», résume avec passion le directeur de l’API, Franck Vacheron. Sur les murs noirs, des petits médaillons au format funéraire, des têtes d’artistes connus ou oubliés. On s’approche de chacun d’eux avec une application embarquée et des extraits filmés à la Bolex se mettent à animer notre écran miniature. Instructif et miraculeux.

Dans la deuxième salle, les présentoirs ont plus de poids. Le modèle de 1935 est ici, au milieu de tous les autres, des «écorchés» au ventre ouvert ne cachant rien de leur mécanique, en passant par cette plateforme carrée équipant trois objectifs, histoire de s’épargner des manipulations en évitant que la lumière ne vienne brûler la pellicule.

Du poids et du volume, combinant leurs efforts pour fabriquer les fameux appareils de projection, les «incendiaires» aux ampoules qui surchauffaient et mettaient le feu aux appartements les soirs de cinématographie familiale.

Ils ont conservé leur odeur d’origine et l’affiche de l’exposition son nom composé qui commence par Paillard, la manufacture horlogère de Sainte-Croix. L’un des frères de cette dernière fait la connaissance à Genève, au début des années 30, d’un ingénieur autodidacte, originaire de Kiev, Jacques Bogopolsky, lequel fabrique alors, en série limitée, des caméras sous la marque Bolex.

Paillard, à qui l’on doit déjà les machines à écrire Hermes, les phonographes et les taille-crayons, rachète la jeune entreprise locale, avant de voler de succès en succès pendant trois décennies. Dans les années 60, l’enseigne compte 8000 employés et produit 14 000 caméras H16 mensuelles.

Cela ne va pas durer. La concurrence japonaise pointe son nez, puis l’arrivée de la caméra super-8 de Kodak précipite la fin des belles mécaniques helvétiques. Elles rejoignent d’autres mains, celles des collectionneurs, des amoureux du film 16mm, une famille qui n’en finit pas de se recomposer, jusqu’à se retrouver comme aujourd’hui au musée. Mais sans s’y laisser enfermer.

Les portes de l’API s’ouvrent à toutes sortes d’animations durant la durée de cet accrochage, prévu jusqu’au 28 mars. Des ateliers de dessin et grattage sur pellicule, des cycles de films, une carte blanche à la Fondation Genève Autrefois, les 3 et 4 mars. C’est riche et généreux, dans un lieu qui mérite, à lui seul, la visite.


API, 23-25, rue du Vuache, ouvert du lundi au vendredi de 10h à 17h ou sur rendez-vous, ecomuseeapi@gmail.com, tél. 022 340 44 10.

Créé: 08.02.2020, 08h51

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