Baladons-nous dans l’au-delà

ReportageA Carouge, Antigel visite la mort et ses pensionnaires, qui ne manquent pas d’humour…

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«Coucou, ici Dieu. Mais vous pouvez m’appeler Stéphane. Chez nous, c’est la fête, même s’il n’y a pas de chips…» Caverneuse, indolente, plus amicale qu’effrayante, la voix poursuit: «Vous pouvez vous installer. Et même rester si ça vous dit…» Casque audio sur la tête, le public d’Antigel s’enfonce dans la pénombre d’un couloir. «Dieu» avait ouvert la visite; la suite appartiendra aux morts. Depuis jeudi et jusqu’à samedi, dans les sous-sols de la Voirie de Carouge, c’est Balade dans l’au-delà. Alors, bienvenue!

Une musique lente pose l’ambiance — synthétiseurs monocordes vibrant dans les casques. Il y a des fumigènes, beaucoup de fumigènes. Des lumières tamisées, diffuses. Et des corps. D’abord inertes. Celui-là couché dans un cercueil, ces quatre autres dans un lit matrimonial. Cet autre assis sur une motocyclette, immobile. Peu à peu, le sous-sol se dévoile, bas de plafond, mais profond, balisé à intervalles réguliers par des sortes de cage avec, en guise de barreaux, des tubulures d’échafaudage. Ce sont autant de petits espaces où se dérouleront au fil de la promenade des saynetes étranges. Des natures mortes, en somme. Ici un taxidermiste travaillant sur un visage humain. Plus loin, deux fillettes jouant à la balancelle, une voiture accidentée, un cadavre sous une armoire renversée… Tous les figurants portent des masques: regard fixe, paupières éternellement écarquillées.

La musique se fait «ambient», réminiscence possible du new age. Tandis que les casques égrènent, doucement, sans larmes ni pathos, les «témoignages» de ceux qui ne sont plus là. Mais où sont-ils, alors? Et comment vont-ils? «Depuis que je suis morte, je me sens mieux dans ma peau», zozote une petite fille. «Depuis que je suis mort, j’ai de l’imagination», complète cet homme.

De fait, la Balade dans l’au-delà ne manque pas d’idées, ni d’une certaine intensité. Ni de références. Ces dernières sont assez morbides en tout cas pour accrocher l’imaginaire des spectateurs, bien vivants. C’est le mortel carambolage. Ou cette femme assoupie dans une baignoire dans laquelle poussent des fleurs noires. C’est, plus poétique, la tomate écrasée, victime de carambolage. La mort et ses pensionnaires ne manquent pas d’humour, ni de culture. En revanche, l’espace à disposition, lui, manque d’ampleur, de volume. Et le public, nombreux, finit par déambuler en rond, aussi guilleret que sur une place de jeu.

On doit cette étonnante et, à bien des égards, fascinante installation au collectif Rucksack Gogolplex, dirigé par Chiara Petrini et Sarah André, avec les musiques d’Alexis Trembley. Les mêmes avaient reçu commande d’Antigel pour créer Cosmoland en 2014. Cette autre balade, intersidérale, agrémentée elle aussi de témoignages fictifs, disait une nostalgie indicible, profonde, dans l’éloignement de la terre matrice. L’oubli, la mort étaient déjà présents. Balade dans l’au-delà boucle le voyage. Nous voici aujourd’hui de retour sur le plancher des vaches, mais six pieds sous terre… «Balade dans l’au-delà» Voirie de Carouge, rte du Vale-d’arve 92, vendredi dès 17 h, samedi dès 15 h. Départ toutes les 90 minutes. Tous publics. Infos: antigel.ch.

Créé: 29.01.2015, 20h53

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