L'ancien conseiller de Mitterrand dirigera le Sinfonietta au St Prex Classics

FestivalLe Festival ouvre le 23 août. Il inaugure aussi un dôme révolutionnaire, la lune de St Prex

L’économiste et écrivain fut son conseiller spécial de 1981 à 1991.

L’économiste et écrivain fut son conseiller spécial de 1981 à 1991. Image: Pierre Abensur (Archives)

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François Mitterrand disait de Jacques Attali qu’il avait cent idées par jour. L’économiste et écrivain fut son conseiller spécial de 1981 à 1991. Heureusement pour le festival St Prex Classics, Attali, 68?ans, n’a pas laissé échapper son idée de devenir chef d’orchestre. Le samedi 1er?septembre, il dirigera le Sinfonietta de Lausanne dans le Concerto pour deux?violons en ré mineur , de Bach, et les ouvertures de Don Juan et du Mariage de Figaro , de Mozart. Darius Rochebin assurera l’animation de ce concert, doublé d’une conférence sur les liens entre musique et économie. Dans son loft parisien, le conseiller des princes, parfois faiseur de rois – il recruta François Hollande à l’Elysée, en 1981 – dévoile sa face musicale.

Comment vous retrouve-t-on chef d’orchestre au St Prex Classics?

Un journaliste m’a demandé ce que je n’avais pas fait. J’ai dit: «Chef d’orchestre.» Le lendemain, Patrick Souillot, le patron de l’Orchestre symphonique de Grenoble, me proposait de prendre des cours. Ça n’a pas marché au début parce que je m’engueulais avec mon prof. J’en ai trouvé un second formidable, qui m’a tout enseigné. Ensuite, j’ai dirigé l’Orchestre symphonique de Grenoble, puis celui de Cologne. Je me réjouis de jouer à Saint-Prex.

Est-ce un plaisir ou un challenge?

Surtout un challenge. Je suis un pianiste tout à fait amateur qui a toujours rêvé d’être chef d’orchestre. Il s’agit de la chose la plus difficile que j’aie eue à faire. Je sais lire et j’entends assez bien la musique. J’ai aussi une très bonne mémoire visuelle, ce qui me permet de diriger deux?heures sans partition. Mais je ne suis pas adroit de mes mains.

Avec Mitterrand, vous avez été l’acteur d’une politique culturelle tentant de réconcilier musique et peuple. Quel bilan en tirez-vous?

Je salue chaque année le succès de la Fête de la musique, lancée en 1982. On oublie souvent que le plus important dans la musique n’est pas d’en écouter, c’est d’en faire.

Inauguré en 1989, l’Opéra Bastille voulait faire découvrir la musique classique aux catégories populaires. N’est-ce pas une utopie?

Pas du tout. Patrick Souillot monte tous les ans à Grenoble un opéra dont les décors, les costumes, les figurations sont assurés par des gens des quartiers. Il fait jouer ça au Zénith et réunit plus de 10?000 personnes. Ce sont souvent les journalistes qui refusent de promouvoir les genres les moins populaires au prétexte que le grand public ne suivra pas. C’est sous-estimer l’appétit du peuple pour la musique de qualité, comme les politiques sous-estiment la maturité de l’électeur.

Eux-mêmes n’écoutent pas que de l’opéra: Nicolas Sarkozy avait reçu un iPod préchargé avec du Barbelivien et du Sardou…

Aucun président de la République n’aimait la musique. De Gaulle – comme Chirac – n’appréciait que les marches militaires, et Pompidou la peinture. Mitterrand n’avait pas d’oreille. Sarkozy? Vous l’avez résumé vous-même. Je n’ai connu aucun homme politique qui aille à l’opéra.

Pourquoi?

Je ne sais pas. J’y vais le plus souvent possible, j’y vois peu d’hommes politiques, sauf quand il est chic de se montrer. Pouvoir et musique ont longtemps fait bon ménage pourtant: les religieux commandaient les messes, les bourgeois les symphonies.

Auteur d’une biographie de Karl Marx, considérez-vous la musique comme un facteur d’émancipation ou comme une marchandise?

Tout facteur d’émancipation peut être transformé en marchandise. En 1977, j’ai écrit Bruits , essai sur l’économie politique de la musique, où je montre que celle-ci n’est autre que des bruits mis en ordre. Donc une métaphore de la société.

Vous avez lancé le programme Eurêka, qui a participé à l’élaboration de la technologie MP3. Très compressé, ce son digital est généralement honni des mélomanes. Qu’en pense le chef d’orchestre?

Les sons des premiers gramophones étaient également catastrophiques. Le MP3 est une étape vers plus de qualité, mais rien ne remplacera un concert.

Créé: 21.08.2012, 10h39

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Pratique

St Prex Classics , Vieux Bourg, du 23 août au 2 septembre. Jacques Attali jouera le 1er septembre à 20 heures 45. Rens: 021 8063045. Loc: TicketCorner www.stprexclassics.com

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