L’ancien Buffet de la Gare se transforme en Burger King

Cornavin Le local historique accueillera la chaîne de hamburgers. Une mutation accueillie avec fatalisme.

La vitrine de l’ancien buffet annonce clairement la couleur: le chantier vise à installer un fast-food sur les lieux.

La vitrine de l’ancien buffet annonce clairement la couleur: le chantier vise à installer un fast-food sur les lieux. Image: LUCIEN FORTUNATI

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Il y a bien longtemps, c’était un lieu qui avait ses piliers de bar, son ambiance voyageuse et hors du temps, et ce fut aussi un classique des fins très tardives de soirées avinées. Au coin méridional de la gare Cornavin, les salles qui abritaient l’ancien buffet sont en train de connaître une nouvelle mutation après celle qui les a vues se changer en restaurant à l’italienne il y a déjà une quinzaine d’années. Comme l’annoncent des panneaux en vitrine, un Burger King va y ouvrir ses portes sous peu.

Vers le 20 novembre, apprend-on du groupe italien Autogrill, qui reste aux commandes des lieux. Celui qui y a exploité un restaurant, sous les enseignes successives de Passaggio et A mo’, détient aussi une franchise de la chaîne américaine de hamburgers. Celle-ci s’affirme comme numéro deux mondial du genre, derrière McDonald’s.

Ajustement à la clientèle

«On observait une baisse des affaires qui, sans être dramatique, nécessitait que nous nous adaptions à la clientèle, explique Guy Pernet, directeur des opérations d’Autogrill pour la Suisse. Cela suscite certes des réactions un peu émotionnelles, mais le buffet traditionnel de jadis n’existe pratiquement plus nulle part et celui de Genève a disparu il y a dix-sept ans. On doit répondre aux besoins d’une clientèle jeune, mobile, constituée surtout de pendulaires.» Reste qu’il deviendra difficile dans la gare d’avoir un vrai repas avec un service traditionnel. «On pourra toujours se faire servir un sandwich, un panini ou des salades dans notre Coffee and friends qui subsistera dans une partie du local, souligne Guy Pernet. La salle qui garde un caractère historique est conservée.»

Le cadre met aussi l’accent sur l’emploi: les collaborateurs actuels, soit une quinzaine de salariés, sont gardés et une trentaine d’autres seront recrutés. Un essor important, donc. «Nous nous attendons à réaliser un chiffre d’affaires accru», explique Guy Pernet.

Le bailleur a donné son aval. «En tel cas, on vérifie qu’une même offre ne soit pas déjà disponible dans la gare, signale Jean-Philippe Schmidt, porte-parole des CFF. Nous préférons un fast-food à un restaurant qui ne marche pas. Avec les fréquences actuelles, on ne passe plus deux heures en gare à attendre une correspondance.»

«C’est dans l’air du temps et l’offre ne fait que suivre les demandes des consommateurs, confirme Laurent Terlinchamp, président de la Société des cafetiers et restaurateurs. Tout ce qui m’importe, c’est que l’offre soit suffisante dans chaque catégorie et que la qualité soit assurée.»

Pas comme à Lausanne

Récemment, les Lausannois se sont émus de la transformation de leur mythique Buffet de la Gare en restaurant végétarien. Pareil tollé ne semble pas germer à Genève. «La perte est moindre du fait que ce n’était déjà plus un buffet à l’ancienne», remarque Michel Ducret, président de la Communauté d’intérêts pour les transports publics. A titre personnel, celui qui est aussi député PLR regrette cette évolution. «Mais les gens sont toujours plus nombreux à vouloir surtout manger rapidement, note-t-il. Du point de vue du service au voyageur, la disparition des chariots minibar à bord des trains me semble plus dommageable.»

Et le site? Des éléments de la gare sont classés depuis 2013, dont la salle à manger boisée de l’ancien buffet, laquelle doit être préservée par le chantier en cours. Pourtant, chez les protecteurs du patrimoine, l’émotion est tout aussi ténue. «Le bâtiment présente un intérêt moyen et, concernant le buffet, on ne voit pas ce qu’on pourrait faire de pire que ce qu’il y a déjà», philosophe Robert Cramer, président de Patrimoine suisse Genève, mais aussi de la Fédération suisse du goût. Et le sénateur Vert de poursuivre: «Qu’on y trouve des pizzas ou des hamburgers dans les assiettes importe assez peu. Mais on peut penser que les CFF se soucient trop de la rentabilité de leur bien et qu’ils seraient bien inspirés de prévoir dans la gare ne serait-ce qu’un lieu où l’on puisse manger une nourriture à la fois saine et du terroir.»

Coauteur avec Nicolas Burgy de sept livres sur Les nouveaux bistrots de Genève, André Klopmann juge l’évolution significative d’un point de vue sociologique. «Les buffets de gare semblaient démodés parce qu’ils étaient immuables, commente-t-il. Les lieux qui prennent leur place reflètent la mode ou les habitudes du moment. La fonction sociale n’est plus la même. Les clients non plus.»

(TDG)

Créé: 09.10.2017, 18h15

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