La Zimeysaver densifie pour les entreprises

Des bobos dans mon village 5/5La zone industrielle de Meyrin, Satigny et Vernier, comme sa ligne ferroviaire, connaît un véritable boom.

La gare de la Zimeysa voit ses quais être allongés de 160 mètres pour accueillir des trains plus longs.

La gare de la Zimeysa voit ses quais être allongés de 160 mètres pour accueillir des trains plus longs. Image: Magali Girardin

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Dès 6 h 30 à la gare Cornavin, on se presse pour s’engouffrer dans le train, voie 5, direction La Plaine. Gare aux retardataires, il ne passe que deux fois par heure. Il y a, certes, de nombreux écoliers vivant à Vernier ou encore Satigny qui descendent, mais on croise surtout des employés pressés de monter dans la rame.

«Avec les années, on a vu le nombre de voyageurs augmenter et une autre population emprunter ce tronçon. Jusqu’à 9 h 30, ce sont surtout des hommes en costard-cravate et des femmes qui s’arrêtent à l’arrêt Zimeysa, confirme Pierre Gendron, mécanicien de locomotive. Certains viennent râler car je n’annonce pas, selon eux, les retards éventuels, mais en réalité, ils ne m’entendent pas. Ils sont coupés du monde, avec des écouteurs vissés aux oreilles et leur smartphone à la main.»

6000 passagers par jour

Ce passionné connaît bien cette ligne, qu’il emprunte depuis plus de trente ans, deux ou trois fois par semaine pour le travail. «À l’âge de six mois, c’est par cette ligne que je suis venu de Bordeaux avec ma famille. Et elle me ramène désormais à la maison, puisque j’habite à Challex.» Le quinquagénaire a de petits yeux: sa journée a commencé à 4 heures du matin. «La ligne me plaît particulièrement pour ces passages en campagne, vers Russin ou la Plaine, mais elle est quasi saturée actuellement», lance-t-il.

Pierre Gendron, mécanicien de locomotive, emprunte ce tronçon depuis trente ans. (Image: Laurent Guiraud)

Il faut dire que 140 trains circulent quotidiennement sur cette voie, en comptant les convois de marchandises, les TGV, RER et le Léman Express. Au total, 6000 personnes empruntent en moyenne cette ligne chaque jour, soit plus de 2,1 millions de passagers par an. La fréquentation a augmenté de 35% entre 2010 et 2018, selon les CFF. Le tronçon ferroviaire Genève-La Plaine est littéralement pris d’assaut et lors des Caves ouvertes, c’est la cohue.

Afin d’accueillir toujours plus de monde, six gares subissent un lifting à 56 millions de francs, financés par les CFF, depuis l’été 2018. Il s’agit notamment de prolonger de 160 mètres les quais pour accueillir, dès décembre 2019, des trains deux fois plus longs à certaines heures de pointe. Les rames ne transporteront plus 300 passagers au maximum, comme aujourd’hui, mais 600, selon les véhicules.

«La densification doit s’accompagner de services, pour rendre les nouveaux quartiers plus confortables»

Rafael Schutz, responsable de l’Urbanisme, Meyrin

Poids lourds économiques

La ligne n’offre en réalité que le reflet d’une transformation plus globale de ce que l’on appelle la «Zimeysaver», nom barbare qui regroupe la zone industrielle de Meyrin, Satigny et Vernier. Ce secteur constitue le plus grand site d’activités du canton, avec plus de 1400 entreprises et 15 000 emplois.

Parmi les grosses firmes internationales établies dans cette zone en plein boom, on peut citer «La Cité du Temps» de Louis Vuitton, Firmenich ou encore, l’une des dernières arrivées et non des moindres: Richemont, en mai 2016. Un campus d’horlogerie à 180 millions de francs, qui emploie plus de 1000 collaborateurs. Nous sommes bien loin des marécages et des quelques carrossiers qui occupaient les terrains dans les souvenirs de Pierre Gendron.

Le groupe Richemont est l'une des dernières grosses entreprises à s'être implantées dans la zone industrielle. (Image: Magali Girardin)

Pour l’heure, cette gentrification passe moins par l’implantation de logements destinés à des catégories sociales supérieures, au détriment des classes moyennes ou populaires, que par la récupération de terrains agricoles, de friches industrielles ou ferroviaires.

Sans donner de chiffres précis sur les recettes économiques directes ou indirectes que la commune tire du développement de ces parcelles, Rafael Schutz, responsable de projets urbanisme à la mairie de Meyrin, explique: «Les retombées économiques d’une densification de ces quartiers industriels sont importantes, tant d’un point de vue fiscal qu’au regard de l’attractivité de la zone. Ce mouvement doit maintenant s’accompagner de «services», dans le but de rendre ces nouveaux «quartiers industriels» plus confortables en dehors des heures de travail. Il reste du travail; l’urbaniste souligne que la Zimeysaver fait aujourd’hui «défaut en matière d’espaces verts, de détente, de restauration, de service à la personne ou encore d’équipements culturels.»

12 000 emplois de plus

Le développement de la zone n’est pas près de s’arrêter. Selon un plan de 2014, le potentiel de densification de la Zimeysaver est très important: 9000 à 12 000 emplois supplémentaires devraient être créés à l’horizon 2030. «Ces zones d’activités sont entre autres un territoire d’accueil pour les entreprises délocalisées du PAV (zone Praille-Acacias-Vernet», ajoute Rafael Schutz.

Et c’est sans compter sur la construction de nouveaux quartiers dans la zone industrielle. Après le quartier des Vergers à Meyrin, Vernier voit peu à peu sortir de terre le quartier de l’Étang. Une parcelle de 11 hectares, soit 870 habitations – dont 30% subventionnées – et 2500 nouveaux emplois, qui participeront à changer drastiquement le paysage le long des rails.

Créé: 26.07.2019, 08h02

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