Willy Cretegny met la consigne sur ses bouteilles

EnvironnementLe viticulteur de Satigny introduit la récupération de ses flacons, pour éviter «un énorme gaspillage».

Willy Cretegny et sa fille Camille. Les vignerons de Satigny introduisent une consigne de 50 centimes sur chaque flacon. Qu'on récupère en rapportant le vide.

Willy Cretegny et sa fille Camille. Les vignerons de Satigny introduisent une consigne de 50 centimes sur chaque flacon. Qu'on récupère en rapportant le vide. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pionner du vin bio, le viticulteur de Satigny Willy Cretegny innove à nouveau en remettant au goût du jour une espèce en voie de disparition: la consigne. Dès le 25 mai, ses clients toucheront 50 centimes en rapportant les bouteilles vides. Pour le vigneron, ce geste doit désormais s’imposer pour éviter un énorme gaspillage.

«Le développement durable, c’est la gestion des ressources avant celle des déchets, explique le viticulteur. Or, le verre est un emballage, pas un déchet.»

500 camions par an

La bouteille représente un marché énorme qui génère un transport important. «Rien qu’à Genève, on produit chaque année 11 millions de litres de vin, soit près de 14 millions de bouteilles», relève Willy Cretegny. Or, ces bouteilles proviennent en bonne partie de l’étranger, d’Ukraine, et même maintenant d’Inde ou de Chine. Si on estime qu’un camion transporte environ 25 000 bouteilles, il en faut 500 chaque année pour approvisionner les caves genevoises.

Willy Cretegny en connaît un bout sur la question. Il y a trente ans, il a créé une entreprise de lavage de bouteilles, se déplaçant avec son installation dans les caves. «Mais la libéralisation du verre en 1996 a fait baisser les prix et le lavage n’était plus compétitif. Les vignerons se sont aussi mis à utiliser des étiquettes autocollantes. Elles sont difficiles à nettoyer et, en plus, leur colle est très polluante.»

«Bien mieux que le recyclage»

Le viticulteur a continué à laver ses propres bouteilles. Mais il n’en récupère que 20%. Avec la consigne, il espère monter à 80%. «En plus d’éviter la fabrication de bouteilles neuves, la consigne économise 75% d’énergie par rapport au recyclage. Car on s’épargne la fonte des bouteilles usagées dans des fours à 1500 degrés et de longs trajets jusqu’aux verreries. Une bonne partie du verre est exportée car la Suisse, qui n’a plus qu’un seul fabricant, n’a pas les capacités de tout traiter.»

«Les clients que nous avons informés se réjouissent du retour de la consigne, relève Camille, la fille Cretegny qui reprend l’exploitation avec son père. Les commerçants ont aussi tout intérêt à accepter le retour des verres. Cela leur amène des clients.»

Plus facile pour les restaurateurs

Des restaurateurs sont aussi intéressés. «J’attends ce moment depuis longtemps, se réjouit Anne Besse, la gérante du Grütli. Les bouteilles vides représentent deux containers par mois et me coûtent 60 francs pour le débarrassage. Et puis, c’est quand même absurde de dépenser autant d’énergie pour fabriquer une bouteille qu’on boira en dix minutes.»

Pour les restaurateurs, le système de la consigne est plus facile. C’est le vigneron qui reprend le verre à la prochaine livraison. Idem pour le client qui se fait livrer. Et les autres? «Ils peuvent retourner leur bouteille au domaine ou au marché. J’ai aussi quelques commerces qui sont prêts à les reprendre», explique le viticulteur. Qui compte encore démarcher quelques grandes surfaces.

Local et circuit court

«Il est évident qu’il s’agit de remettre en place tout un réseau qui a existé naguère. Mais cela procure du travail, c’est du local et du circuit court.»

La profession semble encore réticente à faire le pas. «J’en ai parlé, mais sans succès pour l’heure, reconnaît le vigneron. Il est vrai qu’il faut mettre en place le réseau de récupération et le lavage. Mais on pourrait imaginer une coopérative qui mutualiserait toute cette logistique. Et pourquoi pas aussi la mise en bouteille. Aujourd’hui, chaque viticulteur a son installation qu’il n’utilise que deux mois par année.»

Pour Willy Cretegny, jamais en manque d’idées, ce serait aussi une manière de démarquer les vins genevois de la concurrence. (TDG)

Créé: 22.05.2019, 16h57

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Etude: les Suisses champions du monde pour restituer un portefeuille perdu
Plus...