«Je voulais appartenir à l’industrie du cinéma»

GenèveNouvelle fermeture annoncée d’un vidéoclub à Genève. Son propriétaire revient sur quelque trente ans de métier.

«Tenir un vidéoclub relève plus du plaisir que du travail.» Paco Garcia, propriétaire du Golden Sunset Vidéo à Champel.

«Tenir un vidéoclub relève plus du plaisir que du travail.» Paco Garcia, propriétaire du Golden Sunset Vidéo à Champel. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

De la tristesse oui, mais pas d’amertume. En homme de son temps, Paco Garcia savait les jours de son vidéoclub comptés. «La plupart de mes confrères ont déjà mis la clé sous la porte (ndlr: le Vidéo Club 2001 à Plainpalais en janvier, le Vidéo Club David aux Pâquis en 2015, pour ne citer que les derniers). On a tenu vingt-neuf ans, c’est déjà pas si mal.» Alors le commerçant a tranché. Le Golden Sunset Vidéo tirera sa révérence à la fin de septembre, laissant les habitants de Champel orphelins d’un commerce passé depuis longtemps au rang d’institution dans le quartier. La faute à Internet? «Le coupable est trouvé, pas la peine de s’étendre», soupire Paco Garcia. Pour le reste, le commerçant ne se fait pas prier. Trente ans de métier ça se raconte, «surtout quand on est un passionné».

A titre personnel, qu’est-ce qui vous manquera le plus avec la fermeture du Golden Sunset?

Je me suis lancé dans le métier par rêve. J’aime le cinéma et je voulais faire partie de cette industrie. Avec un vidéoclub, j’ai touché du doigt ce rêve. Genève n’est bien sûr pas Hollywood et je ne suis pas réalisateur, mais à mes débuts, nous étions une pièce importante de la diffusion des films. A l’image de la Warner, tous les grands studios avaient des représentants à Genève. Nous les rencontrions une fois tous les deux mois, parfois plus fréquemment. Ils venaient avec leurs catalogues et nous choisissions les œuvres. On se sentait important. Pour l’anecdote, Disney ne traitait pas avec tout le monde. Il fallait un diplôme pour diffuser ses productions. Le mien est encadré, conservé dans un carton. Un autre temps certainement. Un très beau souvenir de vidéoclub aussi.

Vous vous êtes lancé à la fin des années 80. A quoi ressemblait l’activité à l’époque?

C’était un métier de passionnés, je suppose. Quand j’ai débuté, les vidéoclubs étaient rares et il fallait se battre pour ouvrir. J’avais 30 ans et je visais une arcade à la rue de Lausanne. La régie en charge des lieux avait jugé l’activité «peu respectable». Ça peut paraître fou, mais c’était l’image à l’époque. Alors j’ai persévéré et suis tombé sur un propriétaire conciliant. Il y avait aussi une question de risque. J’ai investi 200 000 fr. pour me lancer, avec quelque 800 cassettes. C’était une somme. Il fallait vraiment croire au potentiel de la vidéo.

Et le risque a payé?

Ces derniers temps ont été difficiles, mais il ne faut pas oublier les années fastes. Nous avons été durant un temps les uniques distributeurs de films en dehors des cinémas. A leurs débuts, les cassettes vidéo coûtaient quelque 200 fr. pièce. E.T. a même atteint 269 fr. Les gens n’avaient pas le choix, ils devaient louer. Il y avait des listes d’attente d’un mois pour des films que nous possédions en 50 exemplaires. Je pense à des titres phares des années 80. Highlander ou Crocodile Dundee. Et puis il fallait patienter un an entre la sortie cinéma et la sortie vidéo. Il y avait une véritable excitation.

Des privilèges qui ont disparu avec la démocratisation du support?

Oui et non. Prenez la question de la version originale. Dans une ville internationale comme Genève, et un quartier comme Champel, il y avait une forte demande. Ce type de produit est resté longtemps difficilement accessible. Il y avait un distributeur unique pour la région avec qui nous étions associés.

Le DVD et ses versions multilingues ont mis un terme à cette particularité?

Oui, mais avec le DVD, nous sommes entrés dans un petit âge d’or pour les vidéoclubs. Le début des années 2000 a été commercialement exceptionnel. Imaginez, nous pouvions faire venir du Canada des DVD aux dates de sortie américaines mais comprenant une version française. Nous proposions alors les films avant le cinéma.

Vous avez réussi à tenir trente ans dans ce métier. Une prouesse?

J’aurais aimé continuer, mais il faut être lucide, voilà quelques années que le commerce tourne au ralenti. Les clients, les habitués, passent devant le magasin, voient la mention «liquidation» et se disent choqués par la fermeture. Je les crois sincères, mais c’est de la nostalgie. Le vidéoclub renvoie à des souvenirs, des soirées en amoureux, en famille ou entre amis. C’était un lieu de rencontre, un point de rendez-vous pour un quartier. En fermant, on arrache à ces gens un peu de leur jeunesse, de leur enfance. Nous avons fait au mieux pour défendre notre activité, mais ce service n’est plus une nécessité. Maintenant il faut savoir tourner la page.

Créé: 11.07.2016, 18h00

Articles en relation

Dernière séance pour le vidéoclub de Plainpalais

Commerce Contraint à fermer, Vidéo 2001 brade ses milliers de DVD et ses clients pleurent. Plus...

Les vidéoclubs genevois sont en voie de disparition

Enquête Difficile de survivre face au Net: il ne reste que six arcades, dont deux vont prochainement fermer. Plus...

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le Nobel de la paix au Premier Ministre éthiopien
Plus...