Les vols dans la caisse paient mariage et voyages

Justice Une chaîne de magasins hors taxe de l’aéroport de Genève a déposé une plainte pour un préjudice d’un million. Des salariés avouent.

L'employé cachait «simplement» les objets dans les poches de sa veste et passait la douane pour quitter l’aéroport.

L'employé cachait «simplement» les objets dans les poches de sa veste et passait la douane pour quitter l’aéroport. Image: Olivier Vogelsang

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Au commencement, il y avait les boules de chocolat Lindor. Le client payait, l’employé encaissait, annulait la transaction et mettait l’argent dans sa poche. «C’était pour financer mes petites dépenses quotidiennes, comme les cafés», a-t-il avoué aux enquêteurs. Employé du Duty Free de l’aéroport depuis 2007, le trentenaire avait mis le doigt dans l’engrenage. De la monnaie des chocolats, il est passé aux cartouches de cigarettes, avant les bouteilles d’alcool, les parfums et les lunettes de soleil.

Quand la police est venue l’arrêter sur son lieu de travail le 27 juin, il a suivi les agents sans résistance. Chez lui, les enquêteurs mettent la main sur un trésor qui laisse à penser que l’homme vit largement au-dessus de ses moyens. La bouteille cognac d’une valeur de 3500 francs? Volée. «Je pensais pouvoir arrondir mes fins de mois en vendant cette bouteille mais je n’ai pas trouvé d’acheteur», a-t-il raconté.

Bracelets et culottes

Acteur central de ce vol à l’étalage, le prévenu a obtenu jeudi sa libération provisoire et a pu quitter Champ-Dollon après cinq semaines de détention. Alors que la plainte du groupe international qui l’emploie porte sur un montant total de 1,1 million pour la seule année 2015, les enquêteurs ont découvert qu’il n’a pas agi seul. Avec lui, deux femmes ont été entendues. Employées de ce même magasin, elles ont reçu pour certaines des cadeaux qu’elles savaient volés à leur employeur. L’une d’elles était particulièrement proche du principal prévenu. Quand son casier et son appartement ont été fouillés, elle n’a pu qu’admettre qu’elle se servait en rayon. A son domicile, neuf paires de Ray-Ban, vingt brillants à lèvres, des bracelets Swarovski et des culottes Victoria’s secret. «J’assume ce que j’ai fait, mais je n’ai jamais pris d’argent dans la caisse», a-t-elle dit lors de l’interrogatoire.

Pour l’heure, le montant du préjudice calculé par l’employeur ne correspond pas aux estimations de ceux qui ont été entendus. Le trentenaire, lui, livre une première version selon laquelle il aurait commencé à puiser dans la caisse en juin 2015. Mais au fil des questions qui lui sont posées, il reconnaît avoir «minimisé les vols des petits sous», avant de livrer un décompte final qui atteint 102 000 francs. Où se trouve l’argent? Il a servi à financer des voyages, quantité de produits de marque et même son mariage. Des sommes importantes ont également été envoyées à la famille à l’étranger.

«Comptabilité dans la tête»

Comment un vol d’une telle ampleur a-t-il pu se déployer durant de longs mois? La direction du magasin n’a pas répondu à nos sollicitations. Le prévenu a quant à lui expliqué à la justice le facteur déclencheur, à savoir une rétrogradation dans la hiérarchie de l’entreprise mal vécue. Puis, il a détaillé ses multiples astuces, notamment lorsqu’il remplaçait des collègues en pause. Parfois, il cachait «simplement» les objets dans les poches de sa veste et passait la douane pour quitter l’aéroport, «sans jamais être contrôlé».

Concernant l’argent qui disparaissait à la fin de la journée, «une comptabilité dans la tête» était tenue pour mémoriser les montants à annuler en caisse et à récupérer au moment de la fermeture. «Je me sentais comme dépendant puisque c’était facile et que je ne me faisais pas attraper», a-t-il expliqué lors des interrogatoires. «Je suis sincèrement désolé et je ne volerai plus jamais. Je m’engage à rembourser tout ou une partie du préjudice.» La procédure se poursuit.

Créé: 02.08.2016, 15h56

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