Le voilier genevois «Fleur de Passion» a bouclé son tour du monde

EnvironnementCe ketch parti sur les traces de Magellan avec des scientifiques et des jeunes en rupture a passé quatre ans en mer.

Le ketch genevois «Fleur de Passion» a parcouru en tout presque deux fois la circonférence du globe.

Le ketch genevois «Fleur de Passion» a parcouru en tout presque deux fois la circonférence du globe. Image: Fondation Pacifique

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Il y a une semaine, un accueil triomphal attendait le «Fleur de Passion» et son équipage à Séville, en Espagne. Parti en 2015 pour une aventure humaine et scientifique, ce ketch de 33 mètres battant pavillon suisse a gagné son pari: faire le tour du monde sur les traces du navigateur portugais Magellan, avec à son bord des jeunes en réinsertion socioprofessionnelle et des scientifiques menant des recherches sur la pollution et sur l’environnement.

Montée par la Fondation Pacifique, basée à Genève, l’expédition «Ocean Mapping» s’est donc achevée après quatre ans. Ses participants étaient hier à Genève pour partager leur vécu. Une journée bien remplie, avec une conférence le matin au Club Suisse de la presse et une autre le soir, sur le bateau «Lausanne» de la CGN, organisée par la Société privée de gérance (SPG).

Une utopie réalisée

Le président de la Fondation Pacifique et skipper du voilier, Pietro Godenzi, avec son teint buriné de marin au long cours, parle d’un «rêve», d’une «utopie» que lui et ses acolytes ont réalisée. «Nous avons réussi à faire ce tour du monde sans anicroches, sans blessés ni grandes difficultés, même si nous avons dû subir l’océan et sommes passés pas loin de cyclones, se félicite-t-il. Quand les gens ont les yeux qui brillent en disant qu’ils ont vécu à bord des moments qui les ont rendus meilleurs, vous savez que vous avez atteint votre but.» Le «Fleur de Passion» aura franchi quatre fois l’équateur et parcouru en distance totale presque deux fois la circonférence de la planète, via l’Atlantique, l’Amérique du Sud, le Pacifique, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique.

Comme tout voyage à travers les océans, celui-ci a profondément marqué ceux qui y ont pris part. Mais l’expédition «Ocean Mapping» se distingue par son mélange de science, d’éducation et de culture. Quatre projets scientifiques ont ainsi été menés en partenariat avec des institutions suisses et internationales sur la pollution plastique et sonore des océans, sur les gaz à effets de serre à la surface de la mer et sur l’état de santé des récifs coralliens (lire ci-dessous). Par ailleurs, vingt dessinateurs genevois et romands – parmi lesquels Zep, Tom Tirabosco, Isabelle Pralong ou encore Alex Baladi – se sont succédé en résidence tout au long du voyage. Leurs dessins sont visibles sur le site www.omexpedition.ch et ils figureront dans un livre sur l’expédition à paraître en octobre.

Croisière éducative

Enfin, l’équipage du «Fleur de Passion» a embarqué à tour de rôle une soixantaine de délinquants juvéniles et jeunes romands en rupture socioprofessionnelle, envoyés par des services cantonaux de protection de la jeunesse ou par le Tribunal des mineurs. Ces adolescents, âgés de 14 à 18 ans, ont passé chacun deux mois ou plus sur le bateau, participant comme tout le monde aux manœuvres et aux corvées inhérentes à la vie en mer. Certains en sont revenus transformés.

C’est le cas d’Ilona Werlen, 18 ans, qui a navigué deux mois sur le ketch entre l’Afrique du Sud et le Sénégal, dont vingt-huit jours sans toucher terre. «Malgré la promiscuité sur le bateau, on a l’espace d’être qui on est, personne ne nous juge. On apprend à se respecter les uns les autres. J’avais l’impression d’être enfin reconnue. Avant, j’étais un peu perdue, mais en revenant je me suis rendu compte que j’avais besoin de trouver quelque chose que j’aime faire. Comme j’ai toujours aimé naviguer, j’ai envie de continuer là-dedans.» Tamara Bonmarito, éducatrice ayant participé au volet social de l’épopée, note que cette expérience de recadrage redonne aux jeunes l’estime d’eux-mêmes. «Ils se rendent compte qu’ils sont capables de mener quelque chose à bien.» Seuls six d’entre eux ont abandonné en cours de route.

Au-delà de l’aspect environnemental, auquel elle est très sensible, c’est aussi cette dimension humaine et sociale qui a séduit la Société privée de gérance, laquelle a apporté un soutien promotionnel actif à la Fondation Pacifique. «Cela nous a beaucoup touchés de voir comment ces jeunes ont changé et sont entrés dans une nouvelle dynamique», s’enthousiasme Dominique Bakis-Métoudi, directrice de l’Asset Development.

L’aventure s’achève pour certains, mais la fondation a d’autres projets en vue. Le «Fleur de Passion» devrait repartir en Méditerranée et dans la mer Rouge, alors qu’un second voilier, le «Mauritius», partira explorer les mers du nord.


Protéger les océans

L’expédition «Ocean Mapping» a offert à des scientifiques suisses, français et australiens la possibilité de mener des recherches inédites sur les océans. L’association genevoise Oceaneye s’est ainsi appliquée à cartographier et quantifier la pollution au plastique. À l’aide de filets à plancton, elle a récolté des centaines d’échantillons contenant des résidus de plastique de 1 millimètre à 20 centimètres. Les endroits les plus touchés par cette pollution sont l’Asie du Sud-Est, une zone au large du Chili et l’océan Indien. Sur tous les océans, on trouve en moyenne 160 grammes de plastique au kilomètre carré.

L’équipe du professeur Daniel McGinnis, de l’Université de Genève, a quant à elle profité de pouvoir, grâce à «Fleur de Passion», accéder à des endroits reculés du globe pour monitorer et cartographier en temps réel les gaz à effet de serre à la surface des mers, afin de réévaluer le rôle des océans dans le cycle du carbone. L’Asie du Sud-Est est là encore une des zones les plus touchées.

Michel André, de l’Université polytechnique de Catalogne, a pour sa part fait des mesures de la pollution sonore sous la mer. Celle-ci peut perturber la faune marine, en particulier les cétacés qui, en l’absence de lumière, n’ont que le son pour s’orienter et communiquer avec leur environnement. Enfin, une université australienne a pu à bord du ketch étudier le blanchissement des récifs coralliens provoqué par le réchauffement climatique.

Créé: 11.09.2019, 19h28

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