Comment vivre avec Pierre Maudet

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il vient de se faire dépouiller de l’essentiel de ses prérogatives par ses collègues de gouvernement. Pour un politique de l’espèce Maudet cela ressemble à un assassinat pur et simple. Donc, il plisse le front. Mais pour le reste, Pierre Maudet fait preuve d’une capacité de dissimulation ou de «normalité» hors du commun. Tiré à quatre épingles, il se tient droit. Il parle vite et clair sans bafouiller. Le ton est professionnel, sans émotion, la syntaxe irréprochable. Le regard erre parfois, fouille inutilement ses notes puis s’arrête, se fixe dans les yeux de son interlocuteur, longuement, sans gêne, pour le fusiller.

Le bonhomme a de la ressource. Il sait convaincre, vendre et se vendre. Il tient sa place et, à vues surhumaines, ne démissionnera pas pour ceux qui pouvaient encore en douter. Quoique. Essayons de rationaliser l’irrationnel. Pierre Maudet montre deux faiblesses, immenses. La première: l’incohérence du propos. Son élocution est parfaite mais il n’y a plus de substance. En lieu et place de son implacable logique, Pierre Maudet sert en mode sauve qui peut un blabla contradictoire, indigne de lui. Il s’offusque de voir son département dépecé mais en même temps explique qu’il n’y a pas de politique mineure et qu’il a un département essentiel. Il travaillera toujours 15 heures par jour. Selon son rythme et son irrépressible attrait pour le micromanagement, il aura donc vite fait de remplacer une bonne partie de la petite trentaine d’employés encore sous ses ordres.

En réalité, il ne sera même plus capable de gérer son mini-département en raison d’une deuxième carence, durable et rédhibitoire: la crédibilité. Il en avait un capital extraordinaire, aujourd’hui asséché. Or la crédibilité génère la confiance qui elle-même se trouve à la base de toute relation avec les acteurs du monde de l’économie. Sans confiance, pas de projets, pas de business. Une loi d’airain. Pierre Maudet tente d’échapper à cette réalité par quelques pirouettes réthoriques. Il ne fait pas illusion. Mais soyons pragmatique et tentons de répondre à la question du jour: comment vivre avec Pierre Maudet? Trois options se dégagent.

La première: relégué en marge des affaires, on laisse le magistrat faire joujou avec son hochet doré dans l’interminable attente que la justice statue. Option accommodante, inconséquente, voire un rien lâche, aussi appelée celle de «l’emmerdement minimum» en jargon entrepreneurial. S’il finit par être condamné, le magistrat a promis de démissionner en supposant qu’il n’use pas du recours pour feinter. S’il est blanchi, il demandera à tout coup de retrouver ses compétences pleines et entières. Mais rien n’oblige le gouvernement à se réorganiser une nouvelle fois. Les faits et mensonges déjà avérés justifieraient le maintien du statu quo. Nouvelle crise assurée.

Deuxième option: le renforcement de la pression politique. Cette fin de semaine, un majorité quasi assurée du Grand Conseil va demander la démission du magistrat. La décision restera sans effet. D’autres mesures seraient alors prises dont le lancement d’une initiative ad hoc pour destituer Pierre Maudet. Le processus aussi incertain que contestable sera long et polluera la politique genevoise de mois sans fin, voire des années. Avantage: la classe politique attaque le problème franchement, avec une chance (minime) de purger l’affaire. Désavantage: les dégâts collatéraux peuvent être considérables.

Troisième option: formation d’un groupe de personnalités bienveillantes et de bonne volonté qui entreprend un dialogue constructif avec Pierre Maudet afin de sortir de l’impasse. Dans un geste responsable, chevaleresque peut-être, ce dernier décide alors d’un retrait, au moins provisoire, pour le bien de son canton. Issue honorable. Il s’agirait de la meilleure solution mais aussi de la plus improbable.

Pierre Maudet garde le masque. Même certains de ses meilleurs «amis» ou «ex-amis» politiques peinent à discerner ses motivations, son état d’esprit et ses intentions véritables. Le magistrat est illisible et les déclarations sibyllines n’aident pas au décryptage. Pour exemple, celle-ci lancée à la presse: «C’est parfois les plus humbles qui sont les plus résistants». De qui parle-t-il? L’homme est compliqué comme le sera le ménage à six plus un.

Créé: 24.01.2019, 18h25

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...