Visage en sang, un mineur accuse la police: dossier classé

Arrestation muscléeCinq ans après les faits, le Parquet n’est pas en mesure d’imputer les lésions aux suspects.

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Une quinzaine de policiers entendus, une expertise médico-légale et des piles de rapports à étudier. Après des années d’enquête, le Ministère public tranche dans l’affaire F., un mineur qui dénonçait une bavure. A l’époque, ce jeune fêtard de la Lake Parade avait porté plainte, photo à l’appui, contre les forces de l’ordre. Dans nos colonnes, cet apprenti accusait des agents de l’avoir frappé durant son transport à la Brigade de sécurité routière (BSR). Peu après ce transfert, une ambulance avait pris en charge le prévenu. Mal en point, le visage tuméfié.

Selon nos informations, trois policiers ont été suspectés dans cette procédure aujourd’hui classée par le Ministère public. Ce dernier «n’est pas en mesure d’imputer les lésions aux suspects». Aux yeux du procureur général, le plaignant a pu recevoir des coups en se heurtant «à n’importe quel quidam», avant son interpellation, «dans la foule agitée»: «La datation des ecchymoses ne permet pas de retenir que ces coups auraient nécessairement été donnés pendant le transport» à la BSR, conclut le magistrat.

«Manœuvre interdite»

Durant cette soirée, l’apprenti français, âgé alors de 17 ans, se rend à la Lake Parade. Il boit de la bière et de la vodka. Durant la soirée, il perd de vue son groupe d’amis. Pris soudain dans un mouvement de foule, dit-il, il s’affole et tente de s’éloigner en escaladant une barrière de sécurité.

Une manœuvre non autorisée, à en croire la prompte intervention de la police. Des agents le somment de descendre. «J’ai voulu leur expliquer pourquoi j’essayais de franchir la barrière.» Peine perdue. La tension monte. Le jeune déclare avoir été ensuite menotté puis traîné dans le véhicule de police: «Un agent me maintenait fermement la tête sur les genoux. Je les ai priés de me desserrer un peu les menottes. En vain. Puis j’ai reçu un coup d’une violence inouïe au visage, et un second.» Il affirme avoir alors perdu connaissance.

Traumatisme crânien

Vers 3 h 30, un agent laisse un message inquiétant sur le répondeur des parents. Votre enfant est en cellule de dégrisement pour avoir été retrouvé ivre mort sur la voie publique, déclare-t-il en substance. F. soutient, lui, avoir été simplement mis à l’amende, cette nuit-là, pour tapage nocturne. Quoi qu’il en soit, vers 5 h du matin, les ambulanciers se rendent à la Brigade de sécurité routière afin de prendre en charge le prévenu blessé: selon le rapport des secouristes appelés par la police, «le jeune était allongé nu en cellule. Il répond à l’appel et vient lui-même sur le brancard.» L’ambulance le conduit à l’hôpital. F. comprend vite en voyant son visage tuméfié.

Touché à l’œil droit et souffrant d’un traumatisme crânien, F. devra multiplier les séances de physiothérapie en raison de problèmes à la mâchoire. «Des lésions sur le visage sont compatibles avec deux coups, soit des claques à paume ouverte, pour autant que ces coups aient été donnés avec une force importante», conclut l’expert mandaté par la justice.

Les raisons du classement

Pour le Parquet, «les coups ont pu intervenir bien auparavant dans la soirée et leurs traces n’apparaître qu’au moment de l’examen du docteur» appelé à la BSR. Confronté aux trois policiers suspects, F. n’a pas été en mesure de les reconnaître ni d’imputer les coups à l’un d’eux, relève l’ordonnance. De plus, écrit Olivier Jornot, le volume confiné de la voiture de police (Golf GTI) est «incompatible avec l’élan mentionné par le médecin légiste pour asséner des coups suffisamment violents pour provoquer des lésions observées». Dans la foulée, le Parquet estime que les gendarmes, chargés de sécuriser la Lake Parade, ont été confrontés à un mineur alcoolisé et virulent qui franchissait les barrières de sécurité. Le fait de l’avoir maîtrisé, menotté et conduit de force en voiture en cellule de dégrisement était légitime et ne constitue donc pas, d’après Olivier Jornot, un abus d’autorité. (TDG)

Créé: 02.06.2015, 16h20

Le plaignant après les événements de l'été 2010. (Image: DR)

Les avocats réagissent

Avocats des trois policiers blanchis, Mes Robert Assaël, Jean-François Marti et Alain Berger estiment que «le procureur général a procédé à une enquête extrêmement minutieuse: après trente auditions et une expertise, il a acquitté nos clients. Ils ont fait leur travail, avec une infinie patience, de manière professionnelle. Le tout face à un jeune très alcoolisé et virulent qui avait chuté violemment au sol avant toute intervention policière.»
Me Jean-Luc Marsano, avocat de F., fera appel contre «ce classement particulièrement surprenant dans sa motivation. Il marque l’extrême difficulté des institutions à poursuivre des faits de violences policières. Cinq ans ont été nécessaires au Parquet pour traiter ce dossier. Cela en dit long sur les dysfonctionnements des institutions, au cœur de la Genève terre d’accueil du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, quand il s’agit de faire mine d’imposer le droit aux forces de police.» F.M.






























































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