Le violeur libéré par erreur retourne derrière les barreaux

JugementAccusé d’un viol commis en 2007, un Marocain a été condamné à une peine de prison de 5 ans et demi.

L’avocat de la plaignante Me Robert Assaël et le procureur Walther Cimino.

L’avocat de la plaignante Me Robert Assaël et le procureur Walther Cimino. Image: Patrick Tondeux

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Le Tribunal correctionnel a condamné, vendredi, un Marocain de 32 ans à une peine de 5 ans et demi de prison pour viol en bande, avec l’aggravante de la cruauté pour des faits commis il y a près de douze ans.

Le viol s’est produit le 17 mai 2007, en pleine nuit, dans une ruelle attenante à l’avenue du Mail, dans le quartier de Plainpalais. «Au moins deux hommes», selon les juges, ont abusé d’une jeune fille alors âgée de 17 ans, l’ont frappée et menacée à l’aide d’un couteau. Quand elle s’est présentée aux urgences, immédiatement après les violences, elle présentait des lésions sur le corps et des vêtements coupés au couteau.

«Elle n’exagère pas, cette jeune fille», a répété trois fois d’affilée François Haddad, le président du Tribunal. Dans un style singulier – il semblait parler au condamné, loin des formalités d’usage – le juge a écarté les doutes que la défense avait tenté d’insinuer. «Ce n’est pas la parole de l’un contre la parole de l’autre. Des preuves figurent au dossier», tranche-t-il. L’avant-veille, l’avocate de la défense, Me Lelia Orci, avait contesté les éléments retenus comme constitutifs de la contrainte. Elle plaidait «une relation consentie» quand son client persistait à ne se souvenir de rien. Pour elle, le doute justifiait l’acquittement. À la fin de la lecture du verdict, vendredi, l’avocate s’est dite «dérangée» par la décision des juges et annonce qu’elle fera «probablement» appel.

Dans cette affaire, la distance temporelle entre les faits et le jugement est singulière. Elle est la conséquence d’une bourde de la justice qui, en 2007, a libéré le prévenu par erreur. Ce n’est que dix ans plus tard que le suspect a été arrêté pour d’autres délits en Autriche et extradé.

Face à la longue attente de sa cliente, Me Robert Assaël, avocat de la victime, demandait à l’État d’assumer ses responsabilités en versant 40 000 francs pour tort moral à la jeune femme. Une demande rejetée par le Tribunal, qui a considéré que la plaignante a été dédommagée équitablement – 20 000 francs – par l’aide aux victimes (LAVI). «Le tort moral alloué est indécent! s’indigne Me Assaël. Le Tribunal n’a pas pris la mesure de ses souffrances abyssales, aggravées par l’attente interminable du procès. Un appel sera formé.» Sur le fond, le pénaliste se félicite toutefois que la jeune femme soit «reconnue en tant que victime, douze ans après avoir subi un viol en bande d’une extrême cruauté. Elle pourra enfin se reconstruire.»

Créé: 13.04.2019, 08h34

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