L’augmentation des violences ternit un bilan stable

Criminalité à Genève en 2018Les infractions au Code pénal sont globalement en léger recul par rapport à 2017, notamment grâce à la forte baisse des vols. Mais d’autres formes de délits ont pris l’ascenseur.

Vidéo: Frédéric Thomasset

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Moins de vols et de cambriolages. Davantage de cas de violence domestique et de cybercriminalité. Voici quelques exemples qui illustrent bien le bilan contrasté de la criminalité en 2018, présenté hier à l’Hôtel de police.

Les forces de l’ordre, par la voix de leur cheffe Monica Bonfanti et du conseiller d’État chargé de la Sécurité, Mauro Poggia, saluent une baisse de l’ensemble des infractions au Code pénal (–1% par rapport à 2017, –32% comparé à 2011). Dans la foulée, le magistrat MCG rend hommage aux troupes. La commandante apprécie ce compliment, qui ne suffira pas à apaiser les syndicats.

Violences sexuelles: +31%

Mené tambour battant, l’exposé des tableaux statistiques laisse apparaître une première ombre: celle d’un pic de délits en lien avec la vie et l’intégrité corporelle: «Les contraintes, les menaces et les lésions corporelles simples sont effectivement en hausse, reconnaît Monica Bonfanti. Mais il s’agit de cas d’intensité moyenne. Car les lésions corporelles graves, elles, sont en baisse.»

Difficile aussi de ne pas s’inquiéter des chiffres relatifs aux violences sexuelles (+31%) ainsi que les cas de femmes battues: «Les violences domestiques ne se résument pas aux lésions corporelles, relève la commandante de la police. Nous avons fait beaucoup de campagnes de prévention pour expliquer les différents cas de figure: cela peut par exemple être un conjoint qui refuse de donner de l’argent à sa femme pour qu’elle subvienne à ses besoins. La hausse peut aussi s’expliquer par le fait que les femmes osent appeler la police plus tôt qu’auparavant, soit avant les voies de fait ou les lésions corporelles.»

Bond de la cybercriminalité

Autre statistique qui saute aux yeux: l’explosion de la cybercriminalité, surtout en matière d’escroquerie. Et le phénomène va perdurer et s’accentuer, annonce le capitaine Philippe Droz, nouveau chef de la police judiciaire. Pour lui, ce qui est rapporté à la police en matière de délinquance informatique «n’est que la pointe de l’iceberg». L’activité de la Brigade de criminalité informatique (BCI) a augmenté de près d’un tiers entre 2017 et 2018. Les affaires, plus nombreuses, sont aussi bien souvent plus «complexes».

La réponse à la cybercriminalité passe par la répression, «mais des efforts devront également être fournis en matière de prévention, indique pour sa part Mauro Poggia. La police, mais aussi le Département de l’instruction publique, est attendue sur ce terrain.» L’ensemble des policiers suivra une formation cybercrime, précise Monica Bonfanti: «Avant, lors d’une perquisition, nous trouvions des traces matérielles, comme des empreintes digitales. Aujourd’hui, nous devons tous traiter les traces numériques. Et les investigations plus poussées sont du ressort de la BCI.» La cheffe de la police appelle également à un effort intercantonal sur ce terrain tout en annonçant une collaboration avec la police fédérale sur le phénomène du cheval de Troie: «Des programmes informatiques spéciaux permettent d’intercepter certaines informations cryptées.»

Le Léman Express inquiète

Si les vols sur la voie publique dégringolent, la vigilance reste de mise pour les forces de l’ordre. Leur direction assure, par exemple, vouloir intervenir et se montrer visible dès l’entrée en vigueur, à la fin de l’année, du Léman Express, qui raccordera les réseaux suisse et haut-savoyard. «Sa mise en service crée une anxiété, concède Mauro Poggia, mais on parle ici plutôt de petite délinquance. Il s’agira avant tout de rassurer par des présences mobiles.»

Mieux protéger les aînés

Les personnes âgées sont des cibles privilégiées de voleurs en tout genre. Et le phénomène est en hausse par rapport à 2017. «L’année dernière, 33 actions ont été menées dans les centres commerciaux du canton avec l’objectif d’informer principalement les personnes âgées sur les différents modes opératoires en matière de vols et les manières de se protéger», relève la cheffe de la police. De plus, la police de proximité est en charge du déploiement et de la coordination du dispositif GE_veille sur nos aînés, précise le service de communication de la police. «Dans ce contexte, le personnel de l’Institution genevoise de maintien à domicile a également été sensibilisé à cette problématique afin de disposer des messages clés à diffuser lors de leurs soins aux patients», ajoute Monica Bonfanti.

Les policiers ne sont pas en reste. Ils ont également été informés pour mieux aborder cette population fragile: «Dans le cadre de la collaboration avec l’association Alzheimer Genève, une sensibilisation a été dispensée à quelque 600 policiers dans le but de mieux appréhender les principes de la maladie et développer une approche rassurante et adéquate durant des interventions de police, précise Monica Bonfanti. Ces malades sont très sensibles au stress, à la vue des feux bleus ou à l’écoute des sirènes.»

Collaboration: Frédéric Thomasset

Créé: 25.03.2019, 20h47

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Mauro Poggia: «La coordination doit être améliorée»

Un petit nouveau s’est assis aux côtés des «huiles» de la police, lundi matin. Le conseiller d’État Mauro Poggia a en effet repris récemment le dicastère Sécurité anciennement dirigé par Pierre Maudet. Le magistrat MCG a rappelé que «Genève est un endroit où il fait bon vivre». Mais, a-t-il ajouté, «il y a des lésés. Et parfois des situations humaines extrêmement lourdes derrière les 80 900 réquisitions effectuées par la police en 2018.»

Mauro Poggia, il fait bon vivre à Genève, vraiment?
Ce que je constate, c’est que près de 90% des gens sont satisfaits de leur prise en charge par la police. Mais les infractions contre la vie et l’intégrité corporelle ont augmenté l’an passé…
Les chiffres sont toujours sujets à discussion, plusieurs lectures sont possibles. Par exemple, est-ce qu’il y a davantage de cas ou est-ce qu’on porte plainte plus facilement aujourd’hui? Ou encore, la tolérance à la violence diminue-t-elle? Et on s’en réjouirait, d’ailleurs.

Quel regard portez-vous sur la violence de rue, gratuite, telle l’agression de Saint-Jean survenue en 2017?
Face à de telles agressions, la police n’a jamais baissé la garde! La question est: comment les prévenir, les anticiper. La présence plus forte de policiers dans la rue peut permettre d’éviter certains drames, mais d’autres, comme celui de Saint-Jean survenu dans un quartier qui n’est pas à risque, sont imprévisibles. Le combat, ici, doit être plus sociétal, pour faire en sorte de redonner à ces jeunes un sens à leur existence.

Les policiers se plaignent régulièrement d’un manque d’effectifs. La solution passe par les polices municipales?
À l’évidence, la coordination entre les polices doit être améliorée et une politique commune adoptée. Cela avec la collaboration de l’Association des communes genevoises, car je sens les communes assez réfractaires.
X.L.

Pour les syndicats, «la criminalité s’est endurcie»

Pour les syndicats, «la criminalité s’est endurcie»
«De toute évidence, il y a une rupture totale entre ce que vivent les policiers sur le terrain et la présentation qui en est faite par l’état-major!»

Marc Baudat, président de l’UPCP (Union du personnel du corps de police), n’y va pas par quatre chemins. «Nos conditions de travail sont difficiles et il y a toujours moins de policiers dans la rue, notamment le week-end. Je rappelle, par exemple, qu’une motion a été déposée au Grand Conseil en novembre 2017 afin que les services de «Police Secours» retrouvent des effectifs dignes de ce nom.»

Vice-président du Syndicat de la police judiciaire (SPJ), Michael Berker s’étonne lui aussi: «On nous parle de stabilité? Est-ce une manière de décrire la hausse des infractions à l’intégrité corporelle et à l’intégrité sexuelle, la recrudescence des violences infligées aux femmes, l’explosion des menaces, des contraintes, des séquestrations et des enlèvements, l’augmentation des actes sexuels sur les enfants, des incendies intentionnels et des brigandages? Nous, nous trouvons ces chiffres plutôt inquiétants, surtout pour une petite ville comme Genève. Au-delà des statistiques et du ton rassurant de la direction de la police, la réalité du terrain nous préoccupe. Ce que nous y voyons, c’est que la criminalité s’est endurcie et aguerrie. Les délinquants sont de plus en plus ambitieux, de plus en plus violents et de mieux en mieux renseignés sur les méthodes d’investigation et d’intervention de la police. Les défis augmentent, mais sommes-nous à la hauteur pour les relever? Non, de toute évidence. Nos citoyens méritent mieux. Il est donc urgent de redonner aux policiers les moyens de mener à bien leurs missions, de rendre le métier à nouveau attractif pour recruter les meilleurs candidats possible et pouvoir à nouveau compter sur des effectifs suffisants et surtout bien formés, puis bien encadrés. En d’autres termes, retrouver le niveau d’excellence que nous avons connu avant la Lpol.»

Cette Loi sur la police mise en place par Pierre Maudet, et que les Genevois ont votée du bout des lèvres en mars 2015, les deux représentants des syndicats la fustigent. «C’est un échec total, estime Marc Baudat. On espère que le changement de magistrat chargé de la police au sein du Conseil d’État permettra de changer quelque chose.» X.L.

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