Viol et tentative de meurtre: la rupture tourne au drame

JusticeUn homme est accusé d’avoir voulu tuer son ex-amie. Elle s’est défendue et est prévenue de lésions corporelles simples aggravées.

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Photo d'illustration. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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«Je lui ai demandé de me donner un bisou et de me serrer dans ses bras. Après, je serais parti…» L’homme de 59 ans assis lundi sur le banc des accusés du Tribunal correctionnel répète ses propos tel un leitmotiv. Mais quelque chose sonne faux. Car ce 4 août 2016, selon l’acte d’accusation, c’est avec un grand couteau de cuisine posé sur la gorge de son ex-compagne, qu’il a sollicité ces faveurs. Et elle ne voulait pas y consentir. Alors la rupture a viré au drame.

L’homme comparaît pour «tentative de meurtre avec la circonstance aggravante de l’assassinat», ainsi que pour «viol». La plaignante, fait rare, est aussi prévenue, pour «lésions corporelles simples aggravées». Car elle s’est âprement défendue. Elle est parvenue à saisir le couteau, une lame de 19 cm, et quand il a tenté de l’étrangler, elle l’a «piqué» à plusieurs reprises.

Couteaux et strangulation

Les deux protagonistes sont sud-américains. Ils se sont connus à Genève et sont sortis ensemble durant deux ans. Jusqu’en mai 2015 dit-elle, puis «on est restés amis, pour partager des moments avec nos enfants respectifs». Lui soutient devant la Cour qu’ils étaient encore ensemble en octobre 2015. Le détail a toute son importance, car un mois auparavant, il l’aurait violée, chez lui.

L’homme admet qu’ils ont eu un rapport sexuel ce soir-là mais conteste les faits. «Elle dit que vous avez usé de la force», lui fait remarquer la présidente du Tribunal. «Ce n’est pas vrai, répond-il. Comme plus tard on a eu cette bagarre, elle veut me faire plus de mal. Mais pourquoi n’a-t-elle pas déposé une plainte à ce moment-là, en 2015?» Pour la victime, c’est la honte d’avoir été violée qui l’a empêchée de dénoncer ces actes. Mais après cette nuit de cauchemar, la rupture a été définitive.

Pourtant, le 4 août 2016, ils se revoient. Il lui doit de l’argent, elle en a besoin pour payer son loyer. Alors il vient à son domicile, ils partagent un repas. Puis il se saisit d’un grand couteau… On connaît la suite, mais le témoignage de la plaignante fait état d’une extrême violence. Elle le désarme, il s’empare d’un second couteau, plus petit, qu’elle parvient aussi à lui enlever. Il la prend par les cheveux, commence à l’étrangler, elle se débat, le blesse «mais je ne voulais pas lui faire de mal, seulement qu’il me lâche», dit-elle.

Lui assure qu’il ne voulait pas la tuer. Il voulait ce bisou avant de partir, pourtant il a déclaré le contraire durant les premiers jours de l’instruction, devant la police comme devant la procureure de service. Avant de se rétracter trois semaines plus tard.

Huit ans de prison requis

Pour la représentante du Ministère public, Florence Pastore Zacharia, comme pour l’avocat de la plaignante, Me Imad Fattal, les déclarations du prévenu ont trop fluctué, au contraire de celles de son ex-compagne. Et les faits sont là. «Ma cliente a fait preuve d’une force physique et de caractère exceptionnelle pour sauver sa vie», relève l’avocat, avant de louer «le courage de sa voisine, qui est venue sonner à sa porte et est parvenue à l’exfiltrer de son appartement pour l’emmener chez elle. Si elle avait téléphoné à la police, il aurait sans doute été trop tard.»

En outre, pour la procureur, la circonstance aggravante de l’assassinat est réalisée, car le prévenu est venu chez sa compagne avec l’intention de la tuer. Il a agi par pur égoïsme et par jalousie, car elle lui avait dit qu’elle avait un nouvel ami. La procureure requiert 8 ans de prison et un traitement ambulatoire. Elle requiert enfin l’acquittement de la plaignante concernant les lésions corporelles simples aggravées: «Elle était en état de légitime défense.»

Avocate du prévenu, Me Daniela Linhares demande l’acquittement de son client pour le viol – «on l’accuse sur la seule déclaration de la plaignante, il y a trop de doutes» – et demande que l’on ne retienne pas la préméditation – «il n’a pas planifié son acte, des témoins disent qu’il était en profonde dépression ce jour-là». Elle s’en remet à la justice concernant la tentative de meurtre. Verdict ce mardi.

(TDG)

Créé: 27.08.2018, 21h39

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