La détention d’un militant suscite la colère antispéciste

Genève Évoquant un risque de récidive, la justice maintient un jeune militant à Champ-Dollon. De l’«acharnement politique» selon ses soutiens.

Mercredi matin, les militants antispécistes demandaient la libération de l'un des leurs, suspecté d'avoir participé à une dizaine de caillassages de boucheries à Genève à la fin de 2018.

Mercredi matin, les militants antispécistes demandaient la libération de l'un des leurs, suspecté d'avoir participé à une dizaine de caillassages de boucheries à Genève à la fin de 2018. Image: Laurent Guiraud

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Il y avait presque autant de militants que de policiers, mercredi matin, devant le Palais de justice. Les antispécistes étaient une vingtaine, alignés, poing en l’air, pour demander la libération d’un des leurs.

Celui qu’ils nomment «Matthias», un jeune homme dans la vingtaine, est enfermé à Champ-Dollon depuis le 29 novembre 2018, suspecté d’avoir participé au caillassage de boucheries à Genève et dans d’autres villes romandes l’année dernière. Dans son dossier figurent également des tags et l’attaque de l’abattoir de Perly une nuit d’août 2018.

«Pour en faire un exemple»

Cheffe de file du mouvement, Virginia Markus tenait le micro sous une pluie battante. «On s’en prend au petit militant pour en faire un exemple!» a-t-elle lancé avec des gémissements d’animaux à l’abattoir comme fond sonore. Fustigeant «l’acharnement politique», justice était demandée «pour les animaux» et pour le camarade suspecté de dégradation matérielle.

Les militants antispécistes avaient déjà manifesté devant les locaux du Ministère public contre la détention de Matthias. Cette fois-ci, c’est la dernière décision du Tribunal des mesures de contraintes qui les a fait bondir. Alors que le Ministère public a demandé une nouvelle prolongation de la détention du prévenu pour une durée de deux mois, l’autorité chargée de la réclusion a validé l’enfermement en mentionnant les convictions politiques du prévenu comme facteur de risque de récidive.

Tout juste constitué, Me Olivier Peter, avocat du militant antispéciste, s’apprête à faire recours. «À supposer qu’il y ait un risque de réitération, une assignation à domicile aurait suffi», dit-il.

Mais le pénaliste perçoit surtout dans les motivations du Tribunal des mesures de contrainte «un précédent dangereux pour tous les mouvements sociaux. On a le droit d’être antispéciste, on ne peut donc pas emprisonner pour une conviction politique», poursuit-il. Si cette affaire porte avant tout sur des dégâts matériels, Me Olivier Peter considère qu’elle va bien au-delà: «On ne peut pas faire abstraction des enjeux sociétaux de ce dossier.»

En attendant, le jeune homme patiente dans une cellule de Champ-Dollon dans l’attente de son procès. La nouvelle demande de prolongation de détention doit permettre à l’instruction d’être bouclée avant un procès qui pourrait avoir lieu en automne.

De la javel sur la volaille

En réalité, Matthias n’est pas seul à figurer dans ce dossier. D’autres militants risquent eux aussi une condamnation. En revanche, la justice lui prête un rôle prépondérant dans les attaques, raison pour laquelle il est le seul à être incarcéré. Selon nos informations, dix-neuf cas de déprédations figurent au dossier. Ses condamnations précédentes pour des faits similaires pèsent également sur la décision de justice.

Ainsi, le Parquet ne résume pas l’affaire aux jets de pierres successifs sur les vitrines des bouchers du Molard, des Eaux-Vives ou de Lancy notamment, il suspecte Matthias d’avoir participé à l’attaque de Perly, entre le samedi 25 et le dimanche 26 août 2018. Quelques heures plus tôt, la marche antispéciste pour l’égalité animale s’était conclue sans heurts dans les rues de Genève. Des militants avaient alors décidé d’aller plus loin, en campagne, pour s’en prendre à un abattoir de volaille.

Le lendemain, dans une lettre anonyme, les activistes antispécistes, montrant «leur refus de voir ces lieux morbides exister», ont revendiqué les dommages sur la chaîne d’abattage, les locaux et les stocks, «dans l’espoir de les empêcher momentanément de prendre d’autres vies». L’enquête a permis d’identifier de la javel versée sur sept tonnes de viande.


Quel menu pour un végane à Champ-Dollon?

Avec l’incarcération du militant antispéciste, la question végane a fait irruption entre les murs de Champ-Dollon. Et à ce titre, le fonctionnement de la prison est considéré comme problématique par Me Olivier Peter: «Quand mon client a demandé un menu végane, on lui a répondu de se débrouiller avec ce qu’il y avait à disposition. Dès lors, il ne mange presque que du pain et du maïs, avec les risques que cette alimentation inadaptée implique pour sa santé.»

L’avocat dénonce une violation du droit fondamental à une alimentation adéquate en prison. Il s’apprête à faire une demande formelle à la direction de la prison.

Au vrai, des plats végétariens sont proposés aux détenus chaque jour. «Toutes les préparations végétariennes sont compatibles avec un régime végane, sauf quand de la purée ou de la polenta (ndlr: en raison de l’utilisation de matières grasses d’origine animale) sont au menu», précise Laurent Forestier, directeur de la communication de l’Office cantonal de la détention (OCD). Il ajoute que les personnes qui suivent des régimes spéciaux peuvent obtenir des rations supplémentaires des produits qu’ils consomment.

En parallèle, le porte-parole chasse le mythe d’une prison tout confort avec menu à la carte: «Nous faisons le maximum pour prendre en compte les demandes, mais on ne peut en aucun cas individualiser les repas.»

Créé: 07.08.2019, 09h33

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