L'assassin d'une retraitée de Onex passera vingt ans en prison

Justice Le juges ont n'ont pas suivi le Ministère public, qui demandait la perpétuité. L'internement a été retenu.

A gauche, de haut en bas: Le procureur Endri Gega, l'avocat de la défense Me Eric Beaumont, l'avocate des parties plaignantes Me Lorella Bertani et la présidente du Tribunal criminel, Alessandra Armati. A droite, l'accusé de 53 ans.

A gauche, de haut en bas: Le procureur Endri Gega, l'avocat de la défense Me Eric Beaumont, l'avocate des parties plaignantes Me Lorella Bertani et la présidente du Tribunal criminel, Alessandra Armati. A droite, l'accusé de 53 ans. Image: Patrick Tondeux

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Sa thèse de l’accident n’a pas convaincu. Loin de là. Mercredi, l’homme accusé de l’assassinat d’une retraitée à Onex s’est vu infliger une peine de prison de vingt ans par les sept juges du Tribunal criminel. Il évite ainsi la perpétuité, requise par le procureur Endri Gega.

En revanche, sa peine est assortie d’une mesure d’internement, comme le demandait le Parquet. Cela signifie que le condamné ne sera pas libéré avant que des médecins attestent qu’il n’est plus dangereux. Or, le pronostic de dangerosité est pour l’heure largement défavorable, puisque les experts psychiatres ont considéré un taux de récidive de l’ordre de 50%.

La défense va-t-elle faire appel? Après la lecture du verdict, Mes Eric Beaumont et Cécile Bocco souhaitaient s’entretenir avec leur client avant de prendre une décision. Ils remarquent néanmoins que «la cause du décès a été établie sur la base des rapports de l’agent infiltré dans la cellule» (lire ci-contre). Ayant plaidé l’illicéité des preuves recueillies, les avocats disent «s’orienter vers un appel».

L’argent restitué

En attendant, le Portugais de 53 ans, père de deux enfants, est condamné pour l’assassinat de sa voisine. Elle s’appelait Nicole, avait 73 ans et vivait seule à Onex. Les chefs de séquestration et d’enlèvement, d’atteinte à la paix des morts, d’escroquerie et de vols ont également été retenus. Coupable sans aucune circonstance atténuante. «Rien dans son parcours n’explique ses agissements», affirme la présidente du Tribunal criminel, Alessandra Armati. Son unique mobile: l’argent, à savoir les 40 000 euros retirés le jour de sa mort par la victime. Comment? D’abord, l’homme a isolé la retraitée de son entourage afin d’exercer son emprise. Puis, le jour du retrait à la banque, il l’a menottée à une chaise et étranglée. Sa thèse de l’accident? «Invraisemblable», tranchent les juges. Ils retiennent que cet employé d’une commune genevoise a placé le cadavre dans le coffre d’une voiture. Le lendemain, il s’est rendu à son travail et, en fin de journée, il s’en est débarrassé au bord d’une route départementale française, à 50 kilomètres de Genève. Il est retourné sur les lieux la semaine suivante afin de brûler les restes de sa victime. Entre-temps, il retirait du cash avec les cartes bancaires de la défunte.

Puisqu’il a beaucoup été question d’argent dans cette affaire, les juges ont tranché la question des 40 000 euros retrouvés chez la sœur du condamné, cachés dans le pied d’une échelle métallique. Ces billets, ce sont bien ceux que Nicole avait retirés à Genève, malgré les dénégations de son tueur. La somme sera restituée aux héritiers de la victime, à savoir son frère et sa sœur.

«Faire notre deuil»

Cette affaire protéiforme est exceptionnelle à de multiples égards: de par les aveux recueillis grâce à l’agent infiltré, le profil «machiavélique» du meurtrier obsédé par l’argent et sa persistance à brouiller les pistes à l’aide d’explications «dénuées de sens».

Elle a profondément marqué tous ceux qui ont suivi de près la procédure. Qu’il s’agisse du procureur ou des parties plaignantes, un certain soulagement se lisait sur les visages au terme de la lecture du verdict. «L’important, c’était que l’assassinat soit reconnu et qu’une mesure d’internement soit prononcée», affirme le procureur Endri Gega. Me Lorella Bertani, avocate du frère et de la sœur de la victime, se félicite à son tour de la décision des juges. Elle note que le tribunal a également tenu compte des souffrances infligées aux proches de la victime. «La manière dont il l’a tuée est d’une brutalité extrême. Mais avec sa façon de traiter le corps et de cacher la vérité, la violence a été triplée», dit-elle, avant de laisser la parole au frère de Nicole: «Nous sommes soulagés. Nous pouvons commencer à faire notre deuil.»

Créé: 03.04.2019, 16h48

L’agent infiltré, une méthode efficace mais contestée

Dans quelle mesure la justice peut-elle tromper un suspect pour obtenir des aveux? Dans cette procédure extraordinaire, le rôle d’un agent infiltré dans la cellule du prévenu s’est révélé décisif, puisque c’est lui qui a obtenu le plan menant à la dépouille de la victime. Mais le stratagème pose une question juridique fondamentale: celle de la licéité de ces mesures d’investigation secrète. En d’autres termes, le Ministère public avait-il le droit d’agir ainsi pour arriver à ses fins?

La pratique est extrêmement cadrée et plutôt rare. Elle est autorisée par le Code de procédure pénale «dès lors que les faits examinés sont extrêmement graves et que le Ministère public a épuisé tous les autres moyens de preuve à sa disposition». Dans cette affaire, le procureur Endri Gega a plusieurs fois répété qu’il s’était résolu à employer la méthode de l’agent infiltré après avoir «tout essayé pour retrouver le corps». Il n’a pas agi dans son coin, puisque le Tribunal des mesures de contraintes lui a donné son feu vert. Jusqu’à la fin de la mission, qui a duré, au total, un an et demi (près d’un mois en prison, puis l’agent s’est rendu plusieurs fois au parloir), les avocats ignoraient ce qui se tramait, tout comme les gardiens de prison. Ces derniers pensaient que le prévenu était un auteur de brigandage envoyé à Champ-Dollon. Quant à l’homme parachuté dans la cellule du détenu, il était en réalité un agent de la police portugaise, avec laquelle les autorités genevoises collaboraient pour cette enquête. Mercredi, au terme de la lecture du verdict, les avocats de l’homme condamné n’ont pas formellement annoncé qu’ils feraient appel de la décision du Tribunal criminel. Mais tout au long du procès, Mes Eric Beaumont et Cécile Bocco ont contesté le «subterfuge» des autorités pénales, estimant qu’il allait à l’encontre du droit international et du droit du prévenu de ne pas contribuer à sa propre incrimination.

Ils protestent également contre la manière dont l’agent infiltré a conduit sa mission. Ils lui reprochent d’avoir joué «un rôle actif», notamment en se rapprochant de la famille de l’accusé et d’«avoir remué beaucoup de choses» en lien avec cette affaire.

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