La ville doit-elle grandir jusqu’à Cointrin? Aux Genevois de décider

VotationL’État veut réaliser 2300 logements sur une zone villas. Trop près de l’aéroport, disent les référendaires.

La zone villas à Cointrin. Sur les bords de l’autoroute, à gauche du chemin, des bureaux sont prévus pour protéger du bruit. À droite, des logements.

La zone villas à Cointrin. Sur les bords de l’autoroute, à gauche du chemin, des bureaux sont prévus pour protéger du bruit. À droite, des logements. Image: LUCIEN FORTUNATI

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«Bien sûr que je voterai le 9 février, c’est important.» Geneviève et Marie-Josée, deux amies retraitées, ont pris le tram de la ville pour une balade à Cointrin. La bise, ce dimanche après-midi, glace les rues désertes de ce quartier de villas. Des villas qui, peut-être, vont laisser place à des immeubles. Cela dépend du vote des Genevois.

La complicité de ces vieilles amies s’arrête sur le mot à glisser dans l’urne. Marie-Josée votera non. «On a déjà beaucoup construit. Ces nouveaux quartiers qu’on nous fait sont trop bétonnés. Et pourquoi faire habiter des gens si près des avions?»

Geneviève, elle, votera oui. «Ma régie a résilié mon bail. J’ai obtenu de pouvoir rester, mais j’ai compris que ce serait très difficile de me reloger. Alors je pense à toutes ces personnes qui cherchent un appartement. Pour elles, il faut construire.»

Signes d’abandon

Le résumé est fait. Il tient à ces arguments et le scrutin s’annonce serré. Car si la crise du logement a longtemps justifié l’urbanisation, celle-ci est de plus en plus contestée. En novembre, les Genevois ont refusé des immeubles au Petit-Saconnex.

Cointrin est aujourd’hui comme suspendu dans l’attente de la votation. Le quartier est encore habité, mais on perçoit des signes d’abandon. Des façades qu’on ne repeint plus, une boîte aux lettres défoncée et des plantes pionnières qui progressent dans les jardins. Le signe que des promoteurs ont déjà acheté des parcelles.

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Les deux secteurs que l’État veut déclasser en zone 3 de développement se trouvent de part et d’autre de l’avenue Louis-Casaï. Ils représentent 22 hectares et 230 parcelles. Cette mesure s’inscrit dans un plan bien plus vaste qui consiste à développer tout le versant entre la ville et l’aéroport.

Ce plan a déjà commencé. On érige le quartier de l’Étang du côté des citernes de Vernier. Des immeubles surgissent le long de l’avenue Louis-Casaï. Au bord de l’autoroute, sur une bande de terre, une ribambelle de bureaux, appelée «vitrine économique», doit protéger du bruit le quartier de Cointrin. Le Grand-Saconnex, lui, va construire à la Susette.

En tout, cette région offre un potentiel, à long terme, de 10'000 logements et 14'000 emplois. Les deux secteurs de Cointrin concernés par la votation représentent, eux, 2300 logements et 800 emplois, à réaliser d’ici à une trentaine d’années.

Pour l’État, ce développement permet de répondre aux besoins en logement «de toutes les classes de la population». Il s’inscrit dans la continuité de la ville, ce qui évite d’empiéter sur la zone agricole et de générer du trafic pendulaire. Il est aussi desservi en transports publics.

Une dizaine d’associations refusent ce développement et ont lancé le référendum. «Il faut sauvegarder ce poumon de verdure et sa biodiversité», assure Jean Hertzschuch, de Sauvegarde Genève, qui dénonce aussi «l’urbanisation à outrance» du canton.

Mais la critique principale porte sur le lieu choisi, près de l’aéroport. «Il est absurde d’amener la ville si près du tarmac, dénonce Patrick Canellini. Cela va mettre en péril la santé et la qualité de vie des futurs habitants.»

D’ailleurs, selon eux, le bruit des avions sera plus important à l’avenir car il va ricocher sur les façades des immeubles. Un habitant du quartier se bat depuis des années pour cette thèse, affirmant même que le bruit au décollage sera 5000 fois supérieur. Les députés l’ont entendu plusieurs fois et l’État a commandé une étude sur ce phénomène, une première en Suisse. Si le rapport admet l’existence de la réverbération, il assure qu’elle sera compensée par un autre effet, à savoir l’écran protecteur que forment les immeubles. Finalement, l’étude conclut que le bruit sera en moyenne moins élevé, et qu’il est en outre possible de disposer les bâtiments de manière à limiter ces nuisances.

«De toute manière, si le bruit dépasse les normes, nous ne pourrons pas délivrer les autorisations de construire», relève le conseiller d’État Antonio Hodgers. D’ailleurs, en l’état, on ne peut pas construire sur la partie la plus proche de l’aéroport. Mais l’État compte sur les efforts que l’Aéroport doit fournir d’ici à 2030 pour réduire ses émissions.

«Se battre contre le bruit»

«Il faut se battre contre le bruit, pas contre le logement», répondent les partisans du projet. Pour ceux-ci, l’arrivée de ce futur quartier permettra d’augmenter la pression sur l’aéroport. Une pression qui inquiète à l’inverse les référendaires, qui y voient... une menace pour l’aéroport.

Les partisans disent comprendre les inquiétudes liées à la qualité de vie mais assurent que les espaces publics seront généreux, la verdure aussi. Et que la vie de quartier pourra y être riche, avec des crèches, des commerces de proximité, des lieux de rencontre. Enfin, la mixité sera de mise avec un tiers de logements subventionnés, des appartements à vendre et des coopératives. Chose que personne n’évoque: avec un indice d’utilisation du sol de 1,2, la densité y sera faible, dans la fourchette basse des exigences actuelles.


Des promoteurs nerveux

Six promoteurs sont actifs sur le secteur de Cointrin et ils sont assez nerveux. En juillet, ils ont adressé aux services d’Antonio Hodgers un courrier que nous nous sommes procuré. Objectif: «définir conjointement (ndlr: avec l’État) les actions à mettre en place pour contrecarrer les arguments» des référendaires. Les promoteurs ont en effet compris que la bataille serait difficile. Le Département n’a pas donné suite. Dans une note interne, il relevait que cette démarche représentait «un mélange des rôles peu souhaitable».

Cette missive nous apprend qui sont les promoteurs. On trouve la société Urban Project de Claude Berda, qui réalise le quartier de l’Étang, la CFPI de Carlo Lavizzari, Swiss Prime Site, Steiner, les Créateurs immobiliers et la société Juu SA. Ces acteurs ne sont pour la plupart pas encore propriétaires, mais ils ont sans doute signé des promesses de vente.

La société Aton Développement a, elle, acquis quatre terrains au chemin de l’Avanchet. Une autre a déjà acheté treize des parcelles le long de l’autoroute destinées à la «vitrine économique». Il s’agit de Meyrlis SA, qui a dépensé 21 millions pour ces acquisitions. Son administrateur est Jean-Bernard Buchs, qui s’occupe par ailleurs de plusieurs sociétés de Claude Berda. Selon l’État, un tiers des propriétaires actuels sont disposés à vendre.

Créé: 26.01.2020, 17h43

Mots d’ordre

Ils disent oui: Le Parti socialiste, le Parti démocrate-chrétien (PDC) et ses jeunes, Ensemble à gauche, SolidaritéS et le DAL, la Chambre de commerce et d’industrie, la Fédération des entreprises romandes, le Rassemblement pour une politique sociale du logement.

Ils disent non: Le Parti libéral-radical (PLR), le Mouvement citoyens genevois (MCG), l’Union démocratique du centre (UDC), les Jeunes Verts, les Vert’libéraux, le Parti du travail, les Évangéliques, Pic-Vert, Sauvegarde Genève, plusieurs associations de quartier.

Pas de mot d’ordre: Les Verts.

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