La Ville ne veut pas d’un transfert de l’Opéra à l’Etat

BisbilleDans un courrier adressé au Conseil d’Etat, l’Exécutif municipal plaide en faveur d’un partenariat pour le Grand Théâtre.

Le Grand Théâtre, actuellement en travaux, sera au cœur de négociations serrées entre Ville et Etat sur sa gouvernance future.

Le Grand Théâtre, actuellement en travaux, sera au cœur de négociations serrées entre Ville et Etat sur sa gouvernance future. Image: Pascal Frautschi

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La première phase de la répartition des tâches entre communes et Etat en matière de culture, visant à éviter les doublons et clarifier les rôles, est sur les rails; c’est maintenant au gros morceau que vont s’attaquer les autorités. Au cœur des enjeux, le navire amiral de la culture à Genève: le Grand Théâtre. Dans une déclaration conjointe de novembre 2015, la Ville laissait la porte ouverte à un transfert au Canton de l’institution lyrique. Les choses ont évolué: elle plaidera désormais fermement en faveur d’un partenariat. Une décision qui passe mal.

L’an dernier, pourtant, Sami Kanaan, conseiller administratif en charge de la Culture, notait que cette ouverture représentait un geste historique. Du côté du Canton, le président du Conseil d’Etat, François Longchamp, et la cheffe de la Culture, Anne Emery-Torracinta, accueillaient favorablement la possibilité de ce transfert.

Une méthode qui déplaît

Selon nos informations, à l’heure où les négociations vont s’ouvrir – elles concernent aussi l’OSR et la Bibliothèque de Genève – le Conseil administratif vient de clarifier sa position dans un courrier adressé au Conseil d’Etat. Il plaiderait clairement en faveur d’un partenariat Ville-Canton pour diriger le Grand Théâtre – une possibilité déjà évoquée dans la note d’intention. La Ville s’engagerait néanmoins, comme prévu, à étudier la piste d’un transfert, tout en étant convaincue que cette solution ne serait pas la bonne.

Pour Sami Kanaan, qui confirme l’information, il ne s’agit pas de retourner sa veste mais de «préciser une position en faveur de laquelle nous avons toujours plaidé, celle du partenariat, telle qu’envisagée explicitement dans la déclaration. Nous postulons qu’un transfert ne serait pas viable.» Le magistrat relève que l’aspect financier sera au centre de la négociation autour de l’Opéra, pour lequel la Ville injecte 43 millions sur un budget de plus de 60 millions. «Avec des sommes si conséquentes, la bascule fiscale devra faire partie intégrante de la négociation. Et sur cet aspect, comme sur celui du personnel majoritairement municipal, les études pourraient bien montrer qu’un transfert présenterait surtout des inconvénients.»

Qu’en pense le Conseil d’Etat? Ni François Longchamp ni Anne Emery-Torracinta n’ont souhaité s’exprimer à ce stade. Mais selon certains observateurs, qui notent en passant que les conseillers d’Etat concernés ont parfois présenté ce transfert comme étant un acquis, la méthode ne plaît pas. Pour l’heure, c’est surtout au sein du PLR cantonal que la position fâche. Pour le comprendre, il faut remonter au mois de janvier: ce parti avait conditionné son soutien au crédit de construction de 45 millions pour la Nouvelle Comédie à une position claire sur la répartition des tâches en matière de culture. «La déclaration conjointe laissait une porte ouverte à un transfert du Grand Théâtre pour nous faire voter la Nouvelle Comédie. Maintenant que c’est fait, la Ville se rétracte», réagit le député Frédéric Hohl.

Trophée et marchandage

Mais la situation n’étonne guère l’élu: «J’ai toujours averti, en Commission des finances, que c’est ce qui arriverait. Attention, nous ne tenons pas forcément à ce que le Grand Théâtre revienne au Canton. Nous souhaitons simplement, dans l’esprit de la loi sur la répartition des tâches, éviter que deux autorités publiques se partagent la même institution.» Nathalie Fontanet ajoute que le PLR a accepté en septembre la subvention au Grand Théâtre (ndlr: 500 000 francs pour 2015 et 2 millions pour 2016) «parce qu’on nous a brandi une promesse de désenchevêtrement pour cette institution. Je suis donc déçue et je m’interroge sur la transparence de la Ville.»

Sami Kanaan prend l’exemple de Zurich, où les négociations autour d’un transfert similaire ont duré dix ans. «Sans compter qu’un transfert brutal donnerait l’impression que le Grand Théâtre est un trophée de compensation pris au cœur d’un marchandage.» Il assure qu’il ne s’agit en aucun cas de considérer le Canton comme un bancomat: «Un partenariat implique une gouvernance partagée et conférerait un rôle au Canton dans le cadre d’une véritable politique culturelle. C’est déjà le cas pour l’OSR et cela fonctionne très bien."

(TDG)

Créé: 06.10.2016, 20h55

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La première phase de la répartition des tâches entre communes et Canton vient d’être adoptée par le Grand Conseil pour une entrée en vigueur en janvier 2017. Le sort d’une trentaine d’institutions et manifestations d’importance intermédiaire – Saint-Gervais, Grütli, Bâtie, FIFDH… – a été scellé: elles deviendront exclusivement municipales, tout comme l’aide à la création. Le Canton prendra dans son giron la politique du livre et l’aide à la diffusion. Quant aux négociations concernant la seconde phase (lire ci-contre), elles devront avancer vite: un projet de loi devrait être déposé en 2017 afin que la répartition soit effective dès 2018. A noter que le sort de la Nouvelle Comédie est réglé: selon la volonté du Grand Conseil, la Ville financera seule son fonctionnement.

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