La Ville de Genève va agir contre le harcèlement de rue

Plan d'actionL'Exécutif devra solliciter un crédit budgétaire supplémentaire auprès du Conseil Municipal.

Image d’illustration du chemin le long de l'Arve menant à la discothèque de La Gravière.

Image d’illustration du chemin le long de l'Arve menant à la discothèque de La Gravière. Image: Magali Girardin

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Il peut s’agir de remarques sur la tenue vestimentaire, de sifflements dans la rue, d’injures, parfois d’agressions physiques et de viols. Consciente que le phénomène n’épargne pas la Suisse, la Ville de Genève s’attaque au sexisme et au harcèlement dans l’espace public. Dans la continuité de la vague #MeToo, mais aussi d’une motion déposée par la gauche au Conseil municipal en 2017, le Conseil administratif a présenté lundi un plan d’action destiné à combattre «ce fléau mondial».

S’il n’existe pas de chiffres particuliers pour Genève, une étude publiée en 2016 par l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) a montré que 72% des Lausannoises âgées de 16 à 25 ans ont été confrontées à au moins un épisode de harcèlement de rue au cours des douze mois précédant l’étude.

Ateliers d’autodéfense

«C’est totalement inacceptable que dans notre société des femmes se fassent encore importuner en rentrant chez elles le soir, qu’elles doivent se poser la question de rentrer ou pas en transports publics», lâche la magistrate Sandrine Salerno, ajoutant: «Toutes ces questions, les hommes n’ont jamais à se les poser.»

Le plan d’action concocté par le Service Agenda 21-Ville durable de Sandrine Salerno et le Service de l’espace public de Guillaume Barazzone s’étale sur une première phase de trois ans (2019-2021). Il s’articule autour de cinq axes d’action prioritaires: la prévention et la sensibilisation, la formation des employés municipaux, l’aménagement de l’espace public, la récolte de données – auprès d’usagers des TPG ainsi que de lieux de fête – et le travail en réseau entre les acteurs cantonaux et le monde associatif.

Concrètement, une campagne de sensibilisation grand public sur le harcèlement et les violences sexistes sera lancée dès cette année. Les employés de l’administration municipale auront, eux, droit à des formations. Un module de sensibilisation sur ces thématiques sera notamment intégré à la formation continue des agents de la police municipale. «Au sein des différents services, il y a une forte demande pour savoir concrètement comment faire, quels sont les outils à disposition pour agir», relève Héloïse Roman, chargée de projet égalité au Service Agenda 21-Ville durable. Le plan d’action de l’Exécutif prévoit aussi la mise sur pied d’ateliers d’autodéfense pour les femmes.

Lieux «anxiogènes»

L’aménagement de l’espace public est également un enjeu clé pour lutter contre le sexisme et le harcèlement de rue. Il faut agir au niveau de l’urbanisme. L’objectif est de réfléchir à comment construire l’espace urbain pour que tout le monde puisse en bénéficier. Trop souvent, ce sont les hommes qui se l’approprient au détriment des femmes, Sandrine Salerno prenant l’exemple du skatepark de Plainpalais.

Le harcèlement et les violences sexistes sont particulièrement problématiques durant la nuit. «Les trajets jusqu’au lieu de fête et le retour à la maison constituent régulièrement un problème pour les femmes», pointe Héloïse Roman. «Pas éclairés, ces espaces publics peuvent vite devenir anxiogènes», poursuit-elle, citant le chemin le long de l’Arve qui mène à la discothèque La Gravière. Un projet pilote sur la sécurité des déplacements nocturnes et l’aménagement de l’espace public autour des lieux de fête va ainsi être lancé.

Crédit supplémentaire

Le Conseil administratif espère que son plan d’action pourra entrer en vigueur dès cet été. Pour cela, il va solliciter un crédit budgétaire supplémentaire de 193 000 francs auprès du Conseil municipal lors des prochaines séances plénières des 26 et 27 février. La magistrate Sandrine Salerno a bon espoir. «Il y a quelques années, on ne parlait pas du tout de ces thématiques en Suisse, voire en Europe. Puis, subitement, à la faveur notamment du mouvement #MeToo, c’est devenu un sujet. Le seuil de tolérance vis-à-vis de ces questions a fortement baissé», souligne-t-elle.

La conseillère administrative socialiste espère désormais que «le Conseil municipal donnera à la Ville les moyens d’agir dès aujourd’hui pour renforcer un droit primordial de tous et toutes: celui de pouvoir disposer librement, en toute tranquillité et en toute sécurité des espaces publics». Le PDC pourrait faire pencher la balance. Lors du débat sur le budget, en décembre, ce furent déjà des voix démocrates-chrétiennes, associées à celles de la gauche, qui avaient permis d’octroyer une subvention au festival féministe Les Créatives.

Sur l’ensemble des trois ans, le coût total du plan d’action se monte à 853 000 francs.

Créé: 11.02.2019, 16h12

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