La Ville de Genève expérimente l'aide à la presse locale

MédiasL’Exécutif veut sensibiliser les jeunes à l’information de qualité, mais sans subventionner les abonnements pour l'instant.

Le conseiller administratif en charge de la Culture et du Sport Sami Kanaan.

Le conseiller administratif en charge de la Culture et du Sport Sami Kanaan. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Aider la presse oui, mais comment? Après les annonces du Canton de Vaud, en janvier, la Ville de Genève a dévoilé lundi un premier train de mesures – indirectes – afin d’aider la presse écrite locale, confrontée à l’érosion de ses revenus publicitaires. La plus concrète d’entre elles réside dans la suppression de la taxe sur les caissettes à journaux dès le 1er juin. L’initiative comprend aussi le soutien à l’organisation de débats et met l’accent sur la sensibilisation du jeune public à l’information plurielle et de qualité.

Sami Kanaan le souligne d’emblée, pour les pouvoirs publics, la tâche s’avère «complexe et difficile». «Il faut éviter toute suspicion d’une volonté d’influencer les médias», insiste le conseiller administratif, candidat à sa réélection. L’Exécutif s’est ainsi doté d’une «Charte médias», préalable à toute forme de soutien. Sont privilégiés les médias généralistes, quotidiens (papier, mais aussi en ligne) et dont l’offre est disponible par abonnement.

Soutien pour des débats

Premier «coup de pouce»: la gratuité de l’usage des caissettes à journaux à compter du 1er juin. On en dénombre environ 800 sur le territoire municipal. Les revenus de cette taxe approchaient 40'000 francs en 2018. Autre mesure: la création de bourses de soutien aux médias qui organisent des débats ou des rencontres thématiques. Chaque projet pourrait obtenir une aide ponctuelle de 5000 francs. «Mon département (ndlr: Culture et Sport) a dégagé un montant total de 40'000 francs pour cette première année. On vise un financement pérenne en 2021», précise Sami Kanaan.

L’initiative du Conseil administratif caresse aussi l’ambition de sensibiliser le jeune public. «Le défi, c’est de lui faire prendre conscience que l’information structurée et fiable a un coût», relève Sami Kanaan, rappelant qu’un jeune sur deux s’informe sur les réseaux sociaux. Lors des Promotions citoyennes, la semaine dernière, la Ville a distribué aux participants – qui viennent d’accéder à la majorité civique – une brochure pour «faire connaissance» avec quatre titres de presse de la région: la «Tribune de Genève», «Le Courrier», «Le Temps» et le site Heidi.news.

Vers une aide directe?

Si la Ville «assume» de faire de la publicité à ces quatre médias, elle temporise sur l'aide directe. «Nous n’excluons pas cette option, que le Conseil administratif a approuvée sur le principe. Dans certains cas, cela peut se justifier», lâche Sami Kanaan. L’Exécutif entend ainsi étudier la possibilité de subventionner l’achat d’abonnements pour les jeunes.

Vaud a déjà franchi le pas. Le mois dernier, la présidente du Conseil d’État Nuria Gorrite a fait savoir que le Canton de Vaud débourserait 6,2 millions de francs (sur un budget annuel de 10 milliards) sur cinq ans pour aider la presse. Le projet prévoit notamment la création d’un kiosque virtuel regroupant les titres locaux auquel les jeunes pourraient accéder à un tarif préférentiel. Des «packs médias» seront en outre mis à disposition des classes dans une vingtaine d’écoles et de cycles.

Démarche commune

En ce qui concerne les petites annonces, la Ville de Genève a lancé une évaluation des prestations qu’elle achète dans les différents médias, ce qui représente entre 600'000 et 800'000 francs par année. Sami Kanaan laisse entendre qu’elle pourrait se passer des services de JobUp (qui appartient au groupe de presse Tamedia, propriétaire de la «Tribune de Genève») et réaffecter les montants investis directement aux journaux. «Auparavant, des sites comme JobUp faisaient partie de la viabilité financière des titres de presse, mais ce n’est plus le cas.»

Le magistrat souligne qu’il ne s’agit là que de «projets expérimentaux». Il attend aussi de voir ce que compte faire la Confédération – qui privilégie l’aide indirecte. Dans tous les cas, il est hors de question de «financer les dividendes de groupes de presse». «Le business model doit être transparent», affirme Sami Kanaan. La Ville aimerait se coordonner avec le Canton, ainsi qu’avec les voisins vaudois et lausannois. «Chacun avance un peu de son côté. Il serait vraiment important d’avoir une démarche commune à l’arc lémanique.»


Débat public ce jeudi 27 février

Quelle place pour les jeunes dans la presse quotidienne? C’est la thématique à laquelle s’intéresse la Ville de Genève, qui organise jeudi 27 février un débat en présence des rédacteurs en chef du «Courrier», du site Heidi.news, du «Temps» et de la «Tribune de Genève».

L’événement se déroulera à la salle du Terreau, dans le quartier de Saint-Gervais. Il débutera à 17h45 et sera suivi à partir de 19h30 d'un «Speed debating» organisé par le Parlement des jeunes genevois dans la perspective des élections municipales du 15 mars 2020. Il est possible de s’inscrire sur la page «Eventbrite» de l'événement, dont les modalités sont également détaillées sur Facebook. Entrée libre.

Créé: 24.02.2020, 17h38

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