La Ville de Genève augmente les tarifs de ses crèches

Petite enfanceLes parents pourront déduire davantage de leurs impôts. Mais la mesure suscite un tollé.

Un tarif minimum sera fixé pour les plus bas salaires: la facture sera basée sur l'avis de taxation.

Un tarif minimum sera fixé pour les plus bas salaires: la facture sera basée sur l'avis de taxation. Image: Maurane Di Matteo

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Dès cet automne, il faudra mettre davantage la main au porte-monnaie pour placer son enfant dans une crèche de la Ville de Genève. En effet, celle-ci a décidé d’augmenter les prix de pension et de fixer un tarif minimum pour les plus bas salaires. Tout le système est revu: la facture sera désormais basée sur l’avis de taxation des parents, et non plus sur le revenu. Mais la Ville rassure: ces montants pourront être déduits des impôts à hauteur de 25 000 francs, grâce à une récente modification législative. Certaines familles pourraient même y gagner, selon elle.

Le Conseil administratif a décidé d’adapter à l’inflation les barèmes des prix de pension, demeurés inchangés depuis 2016, et d’ajuster ceux des familles disposant de revenus élevés. Pour s’adapter à l’augmentation des coûts et financer les nouvelles places. «Avec cette révision, le prix facturé aux familles reste parmi les plus bas du canton, et le plus bas pour celles dont le revenu net est inférieur à 110 00 francs, assure Esther Alder, magistrate Verte en charge de la Cohésion sociale. Les parents connaissent la qualité de la prestation et sont conscients que les prix facturés couvrent à peine 20% du coût total de la prise de la prise en charge de leur enfant, la collectivité payant le reste.»

De quelle augmentation parle-t-on? Une hausse d’entre 2 et 3%, affirme le département, soit entre 10 et 20 francs par mois. Pour les parents disposant de hauts salaires, l’augmentation pourrait en revanche atteindre au maximum 11%, soit 180 francs par mois. «Mais on parle de familles dont le revenu brut est supérieur à 250 000 francs par an, explique Frédéric Vallat, directeur du département. Ces tarifs restent encore parmi les plus avantageux du canton.» Il précise: «À noter que la première année, certaines familles connaîtront des baisses de tarifs: les prix de pension seront en effet calculés sur la base du revenu de l’année précédente et non pas de celle en cours.» Un plafond de 20 000 francs sera néanmoins fixé, au lieu de 18 000 auparavant.

Familles à revenus bas

Quid des familles aux revenus les plus bas? Elles auront un minimum à payer. «Jusqu’ici, le prix de pension résultait de calculs complexes», poursuit Frédéric Vallat. Dorénavant, il faudra s’acquitter d’au moins 5 francs par jour, «ce qui correspond au coût moyen des repas et collations servis à l’enfant. Si des parents n’étaient pas en mesure de payer ce prix, ils seraient orientés vers les services sociaux.»

Récemment informées par le biais d’un dépliant distribué dans les crèches, les familles devront désormais fournir avant le 15 octobre l’avis de taxation émis par l’administration fiscale cantonale, et non plus leurs déclarations de revenus. La Ville y voit plus d’équité: «Utiliser une même base de calcul pour l’ensemble des familles permettra d’assurer que des situations similaires soient traitées de manière semblable, notamment pour les personnes qui ont plusieurs revenus, de la fortune ou des biens immobiliers», assure Frédéric Vallat. La Ville met aussi en avant le côté pratique. «Cela va simplifier la vie des familles, qui n’auront plus désormais qu’un seul et même document à fournir à la crèche pour l’établissement de leur facture», note Esther Alder. Le prix de pension, lui, sera établi pour toute l’année scolaire, «ce qui permettra aux familles de fixer précisément leur budget», précise le dépliant délivré cette semaine.

Déduction des frais de garde

Néanmoins, 10 ou 20 francs de plus par mois représentent une somme importante pour certains foyers. Mais, selon la Ville, la récente modification de la loi sur l’imposition des personnes physiques, votée par le Grand Conseil en 2018, permettra de pallier cette augmentation. En effet, les familles auront la possibilité de déduire les frais de garde effectifs à hauteur de 25 000 francs par enfant (au lieu de 3992 francs jusqu’ici). Certaines pourraient même y gagner, affirme la Commune.

Reste que même si la facture pourra être déduite, les parents devront tout de même sortir plus d’argent chaque mois. La mesure fait bondir Marie Barbey-Chappuis, candidate PDC à l’Exécutif de la Ville. «On reprend aux familles la bouffée d’oxygène que le Canton leur octroie, je trouve cela mesquin. Cette baisse fiscale n’avait pas pour but de permettre à la Ville de revoir ses tarifs!» Le PLR Yvan Zweifel, à l’initiative de cette modification de l’imposition, est «scandalisé». «Esther Alder est venue en commission nous dire tout le mal qu’elle pensait de ce projet, en expliquant que la Ville allait manquer de moyens. Et maintenant, ils utilisent cette baisse pour augmenter leurs tarifs. C’est honteux.»

Créé: 29.08.2019, 21h19

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