«La Ville doit s’impliquer dans le transfrontalier»

InterviewSami Kanaan avait choisi de développer le thème de la frontière durant son mandat de maire.

Sami Kanaan avait choisi de développer le thème de la frontière durant son mandat de maire.

Sami Kanaan avait choisi de développer le thème de la frontière durant son mandat de maire. Image: Lucien Fortunati

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Le mandat de maire de Genève de Sami Kanaan a pris fin dimanche, ce dernier cédant son fauteuil à Esther Alder. Le socialiste, chargé de la Culture et des Sports, avait choisi de placer cette année sous le signe de la frontière. Qu’elle soit numérique, générationnelle ou franco-suisse. L’occasion de revenir avec lui sur le rôle de la Ville dans les relations transfrontalières.

Vous finissez ce mandat sur de gros dossiers culturels, tels que le Musée d’art et d’histoire ou la Nouvelle Comédie. De quoi permettre à la Ville de rayonner bien au-delà de sa frontière?

Si on ajoute le Grand Théâtre et l’inauguration du Musée d’ethnographie (MEG), il y a quelques mois, Genève s’assume comme ville de culture ayant un rayonnement régional. Malgré sa petite taille à l’échelle internationale, Genève est une ville centre d’un bassin d’un million d’habitants. Elle assure la responsabilité de l’offre culturelle et sportive pour l’ensemble de la région.

Les échanges sont-ils réels?

Tout à fait. Nos études confirment que les usagers des infrastructures culturelles et sportives viennent d’un bassin plus large. Par exemple, au Grand Théâtre, 20% de nos abonnés résident hors du canton. Ce potentiel est en pleine croissance. Vous verrez, le jour où nous disposerons d’un système de transports régional efficace…

Pourquoi avoir choisi la frontière pour thème?

Le mandat de maire dure un an, sans pouvoir particulier. C’est très symbolique. On peut toutefois donner des impulsions. J’ai choisi les frontières. Notamment en lien avec le bicentenaire. L’histoire nous montre que les limites du canton auraient pu être différentes. Il s’agit de rappeler que nous sommes depuis toujours dans un bassin naturel logique humainement, culturellement, économiquement. Nous sommes condamnés à nous entendre avec nos voisins. Il s’agit de ne pas tomber dans l’illusion ou la naïveté. Genève doit assumer cette identité régionale.

Vous prônez la fin de la frontière?

Les frontières existent, rien ne sert de les nier! Elles sont nécessaires pour structurer notre territoire et notre identité collective. Pourtant, elles sont relatives. Il y a d’autres formes de frontières plus pernicieuses, notamment socio-économiques. Quoi qu’il en soit, ramener tous nos problèmes à la frontière nationale ou cantonale relève de la manipulation idéologique et politique.

Vous évoquez la culture et les sports comme vecteurs de ce lien au sein de ce bassin commun. Comment?

On l’a fait à travers les Jeux du Grand Genève, auxquels ont participé les jeunes générations de toute la région. Côté culturel, les échanges entre les théâtres, les festivals sont déjà multiples. Il ne s’agit pas tellement de faire bouger les artistes, qui ne nous ont pas attendus, mais plutôt les publics. Dans le cadre de La Bâtie, nous organiserons les premières rencontres interculturelles du Grand Genève, le 4 septembre.

Des jeux, des échanges culturels… Cela paraît un peu «léger» pour bâtir un projet d’agglomération.

Ça ne règle pas les problèmes d’emploi, de transports ou de logements. Mais cela crée du lien, une identité collective. Or, les problèmes seront plus facilement réglés si on se connaît mieux. Aujourd’hui, on se côtoie, on se croise au travail ou dans les bouchons, mais il n’y a pas ou peu d’interactions. On doit exploiter ce que l’on fait à Genève à l’échelle du Grand Genève.

Ou passer à autre chose. Avec tous les revers qu’il a connus en 2014, le Grand Genève est peut-être un concept dépassé.

L’idée de base reste pertinente. Un des défauts de ces dernières années, c’est le décalage entre les réalités vécues et les discours officiels, un peu abstraits. La gestion du Grand Genève est restée confinée à un petit cercle d’élus et de spécialistes. Il faut passer à des réalisations concrètes. Parfois, une crise peut s’avérer salutaire. L’essentiel est de continuer à discuter, négocier, travailler.

Les dossiers transfrontaliers sont surtout du ressort du Canton. Dans ces conditions, quel peut être le rôle de la Ville?

Nous sommes nombreux autour de la table. Le Canton est en effet un acteur clé, mais les communes constituent le premier échelon, le seul commun des deux côtés de la frontière. A ce titre, la Ville de Genève est la principale commune au cœur de ce vaste ensemble. Le Grand Genève, nous le vivons au quotidien. Les gens viennent travailler ici. Nous contribuons à la qualité de vie du Grand Genève à travers nos infrastructures sportives, culturelles, nos parcs… Pour toutes ces raisons, on doit s’impliquer davantage dans ce processus.

Créé: 02.06.2015, 17h52

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