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La ville vue d’en bas, dans l’eau et la vase

Plongeur scaphandrier, Xavier Coquoz est un ouvrier aquatique qui connaît par cœur les dessous immergés de Genève.

Xavier Coquoz, 45 ans, prêt à entrer dans l’Arve, sans visibilité et avec un fort courant.

Il a la figure écarlate, le front qui goutte et le souffle court. Avec le pas lent et laborieux d’un astronaute, 35 kilos d’équipement sur le dos, il pénètre dans l’eau. Et commence la lutte. Contre un courant féroce qui peut l’emporter à tout moment, qui peut arracher le narguilé, son cordon ombilical qui lui dispense air et contact radio. La visibilité est proche de zéro dans cette Arve gorgée de sédiments. La respiration s’accélère. Au milieu du gué, Dark Vador s’essouffle, il fatigue, vite il faut revenir sur la berge.

Xavier Coquoz est plongeur scaphandrier, l’un des seuls à Genève. Ce jour-là, il a tenté de braver l’Arve pour nettoyer la crépine du système de climatisation de la RTS, immergée par 2 mètres de fond. L’Arve a été la plus forte, la crépine attendra l’hiver, quand le courant aura faibli.

Tronçonneuse subaquatique

Le Genevois de 45 ans pratique ce métier peu commun depuis quinze ans. Les professionnels de son genre sont rares en Suisse – «Ce n’est pas une profession répandue, d’ailleurs il n’existe pas de formation ici, il faut se rendre dans les pays voisins.» Son champ d’action ressemble à celui de l’ouvrier en surface. «Il y a d’abord un travail de contrôle, par exemple inspecter les ouvrages immergés comme les ponts, les murs et les quais pour évaluer l’état du béton ou la corrosion de structures en acier.»

Il y a, ensuite, les interventions de chantier: déboucher les conduites des systèmes qui utilisent l’eau pour diminuer la température – pompes à chaleur notamment –, poser des chaînes d’amarrage, remonter des bateaux à la surface grâce à des parachutes de levage, couler du béton, creuser des tranchées avec un jet d’eau sous pression, manier un aspirateur à sédiments et la tronçonneuse hydraulique. Voire le marteau-piqueur… «Sur terre c’est déjà pas marrant, mais dans l’eau c’est pire: ça produit une quantité de bulles qui remontent dans les oreilles, c’est très désagréable!»

Le plongeur scaphandrier doit maîtriser une large palette d’outils et enchaîner les chantiers les plus divers, du changement de grilles au barrage de Verbois à la pose de conduites au milieu du lac pour la fibre optique. Et surtout, braver constamment les conditions naturelles, qui compliquent son quotidien. Intervenir dans des milieux à fort courant, esquiver les silures et les carpes qui trouvent refuge dans les conduites et foncent comme des bulldozers, tombant nez à nez avec le plongeur.

Sans compter qu’à cause de la faible visibilité, le scaphandrier évolue le plus souvent à tâtons. «Dans 80% des interventions, la visibilité est considérée comme «réduite», c’est-à-dire qu’on ne voit pas à 40 cm…» Le métier n’est pas de tout repos. «Le danger est bien réel et c’est souvent très physique. Alors on intervient toujours en équipe, à trois en général pour se relayer et assurer la sécurité.»

De l’eau claire à brunâtre

Le professionnel apprécie travailler à Genève, dont il connaît tous les dessous aquatiques. Il la scrute en pied, entre les sédiments et la vase, et découvre des paysages inédits. Il aime les eaux claires du Rhône en amont de la Jonction, les villages lacustres immergés – il pratique l’archéologie subaquatique –, les profondeurs de 46 mètres au large du Vengeron, et d’autres adresses au centre-ville (lire ci-contre). Par contre, il promène moins volontiers ses palmes au barrage de Verbois: «Il n’y a rien de pire… J’y vais pour changer des grilles, mais les eaux sont brunâtres, on nage dans les déchets charriés, l’eau sent mauvais. Et on ne sait jamais avec quoi on peut se retrouver nez à nez…»

L’œil du plongeur scaphandrier n’est pas toujours immergé, il sait aussi profiter des paysages en surface. Lorsqu’il part en intervention en matinée, «le lac ressemble à un miroir, lisse, tranquille, sans personne à l’horizon. On se sent alors seul au monde…»

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