La vigne à Genève en 1986 et en… 2050

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Lors du discours de Saint-Pierre (prestation de serment du Conseil d’État), le 31 mai dernier, le gouvernement a notamment dit: «La population sera invitée à participer à une démarche prospective visant à définir la Genève que nous voulons en 2050.» Alors, à l’occasion de la Fête des vendanges de Russin, ce week-end, je me permets quelques réflexions sur la vigne à Genève en 2050.

La première chose à dire, c’est que la durée de vie d’un pied de vigne se compte en plusieurs décennies. Donc, bon nombre de parcelles qui produisent du raisin aujourd’hui pourront encore en produire en 2050. 2050, c’est dans trente-deux ans. Comment était le vignoble genevois il y a trente-deux ans, soit en 1986? Dans les années 70, le chasselas notamment a subi des attaques profondes. Nombreux étaient alors ceux qui pensaient que le chasselas ne pouvait pas, à Genève, donner un vin de qualité.

Mais les viticulteurs ont refusé de baisser les bras. Ils ont su adapter leur production pour faire aujourd’hui du chasselas un vin qui fait partie du terroir genevois. C’est aussi dans les années 70 qu’ont été créés et plantés les premiers plants de gamaret et de garanoir, issus d’un croisement de gamay et de reichensteiner. Ces nouveaux cépages avaient notamment pour objectif de mieux résister à la pourriture, nécessitant ainsi moins de traitements. Aujourd’hui, ils ont atteint leur maturité et leur qualité est largement reconnue.

Nous observons actuellement deux phénomènes. Le premier est d’ordre climatique. En effet, et quelle qu’en soit la cause, le climat se réchauffe. Les viticulteurs genevois en ont d’ailleurs profité pour planter des cépages qui, auparavant, produisaient du vin plus au sud, comme le viognier. Le deuxième phénomène observé est, lui, d’ordre sociologique. Depuis quelques années, la population veut davantage consommer à la fois local et à la fois des produits ayant subi moins de traitements chimiques.

C’est ainsi qu’est né, en 1996, au centre de recherche d’Agroscope, un nouveau cépage baptisé divico. Il permet de réduire drastiquement l’utilisation des produits phytosanitaires. Pour en avoir dégusté, je peux vous assurer qu’il surprendra. Ces créations de nouveaux cépages sont en train de dessiner la vigne de Genève en 2050. D’autres cépages ont été créés dernièrement par Agroscope, avec une palette aromatique méridionale, tous dotés d’une bonne résistance. Les premiers essais de plantation à Genève sont menés par la station cantonale de la viticulture avec le vignoble de l’État. Ils sont tous issus de croisements, avec notamment le gamaret. Ils ont pour noms – il va falloir s’y habituer – caberrello, cornarello, gamarello, merello ou encore nerolo.

Un danger toutefois. Nous avons déjà à Genève beaucoup – trop? – de cépages différents pour une surface relativement modeste de 1400 hectares. Cette diversité est à la fois une richesse et un inconvénient qui a tendance à diluer la visibilité commerciale. Un domaine de 5 hectares peut cultiver jusqu’à 15 vins différents. Je ne suis pas sûr que ce soit efficace. Alors, avec l’arrivée de ces nouveaux cépages, qui seront à maturité en 2050, il faudra faire des choix. Des choix collectifs et des choix individuels par domaine. Alors, pourrons-nous encore boire du chasselas à Genève en 2050? Assurément oui. Mais incontestablement sa proportion va diminuer par rapport à aujourd’hui. (TDG)

Créé: 13.09.2018, 17h26


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