Les victimes de violences domestiques en manque de toits

SocialChaque année, entre 500 et 600 personnes voient leur demande d’hébergement en foyer refusée.

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Entre zéro et une place par jour. C’est la marge dont disposent les foyers d’hébergement destinés aux victimes de violences conjugales à Genève. Conséquence: en 2017 et 2018, entre 500 et 600 personnes ont vu leur demande d’accueil refusée, dont 200 lors de situations d’urgence. Dans la moitié des cas, il s’agissait de mères ou de pères avec enfants.

C’est un rapport de la Commission consultative sur les violences domestiques, répondant à une recommandation de la Cour des comptes, qui pointe du doigt ce manque de places. Dès leur premier appel au secours, les victimes se retrouvent face à une structure saturée: le foyer du Pertuis, seul refuge d’urgence, est pris d’assaut. Face à l’afflux, une liste d’attente de cinq à dix jours a été créée. Si les inscrits ont droit à des entretiens ambulatoires dans l’attente d’une place, seul un quart d’entre eux sont finalement accueillis, selon le rapport. Au bout d’un mois, ces pensionnaires sont réorientés vers des établissements de suite (lire ci-contre), qui doivent aussi batailler pour accueillir tout le monde.

Personne à la rue

Mais le rapport nuance: les victimes éconduites ne se retrouvent pas à la rue ou de retour à domicile contre leur gré face à l’auteur des coups. Mais hors du foyer d’urgence, l’encadrement n’est pas le même. «Même si, dans la plupart des situations, les personnes qui ne sont pas accueillies peuvent être hébergées ailleurs, à l’hôtel ou chez des amis, un appui social et une écoute par des personnes formées dans le domaine leur manque à ce moment-là, regrette Alexia Ryser, travailleuse sociale au Pertuis. Il arrive aussi que des personnes doivent dormir à l’Armée du salut ou dans d’autres lieux précaires.»

L’hôtel n’est pas un foyer

Logées à l’hôtel, les victimes ont droit à des rendez-vous ponctuels avec des institutions spécialisées. «Elles y sont en sécurité, peuvent se reposer et prendre de la distance. Mais ce n’est pas la même chose qu’un foyer, qui dispose d’un encadrement éducatif 24 h/24 et leur permettra de commencer à se reconstruire, de réfléchir à la suite», explique Colette Fry, directrice du Bureau de la promotion de l’égalité entre femmes et hommes et de prévention des violences domestiques et présidente de la commission.

Mais dans certains cas, faute de place, la tentative de départ est vécue par la victime comme un échec. «Malheureusement, il arrive que les personnes sans solution adéquate finissent par rentrer chez elles et y rester pour un temps, poursuit Alexia Ryser. La dynamique d’emprise dans une situation de violence conjugale rend le départ très difficile.»

Pourquoi ces refus? Par manque de place, mais pas seulement: parfois, les victimes souffrent d’addictions ou de problèmes psychiques pouvant interférer dans la vie communautaire des foyers. Le financement aussi peut coincer: quand les victimes ne sont pas soutenues par l’Hospice général ou une autre institution, certains établissements n’entrent pas en matière pour éviter que des personnes en situation de précarité ne leur doivent de l’argent.

Que faudrait-il pour mieux répondre aux besoins? La commission préconise la construction de logements relais, dernière étape avant le retour à un domicile privé. Aujourd’hui, il n’existe que six de ces structures où la victime est suivie par un éducateur, qui l’accompagne vers l’autonomie. «Multiplier ce type d’hébergements permettrait notamment de désengorger les structures d’urgence et d’assurer une certaine fluidité», estime Colette Fry.

Et les hommes victimes?

Un autre élément fait défaut: les solutions pour les hommes victimes de violences, notamment quand ceux-ci ont des enfants. Souvent, avant d’arriver au Pertuis, ceux-ci ont vécu «chez des amis, au camping, dans leur voiture», constate le rapport. Et après leur mois en foyer d’urgence, aucune solution de suite n’existe. Ils peuvent être logés à l’hôtel, mais seulement s’ils sont reconnus comme victimes au sens de la loi sur l’aide aux victimes (LAVI). Un financement est à disposition mais à très court terme, selon le rapport. La commission estime qu’ici aussi, il faut agir. Sans oublier de cibler les besoins des personnes sans papiers et LGBTIQ.

Et les auteurs de violences, dans tout ça? Pourquoi n’auraient-ils pas un lieu d’hébergement à disposition, pour éviter aux victimes de devoir elles-mêmes déménager? C’est ce que questionne la commission: actuellement, il n’existe que trois places au Pertuis, limitées à un mois, et celles du Service de probation et d’insertion. Pour elle, il faut renforcer le dispositif actuel.

Outre cet état des lieux, la commission a aussi épluché les problèmes de terrain auxquels se heurte le personnel éducatif œuvrant auprès des victimes. Parmi eux, l’application du droit de visite des enfants, puisque aucun espace n’existe dans les foyers actuels pour permettre une rencontre. Enfin, les dernières recommandations visent à favoriser le logement pérenne. Un groupe de travail réunissant des professionnels de divers départements étudiera ces multiples propositions.

Créé: 19.07.2019, 06h44

Trois types d’hébergements

Le logement d’urgence
Le foyer du Pertuis dispose de treize places pour adultes, avec ou sans enfants. La durée du séjour est d’un mois.

Le logement de suite
Après la structure d’urgence, plusieurs logements de suite accueillent les femmes victimes de violences domestiques. La personne peut s’y reconstruire dans un environnement encadré et peut parfois s’y préparer à la recherche d’un nouveau logement ou au retour à domicile. La fondation Au cœur des Grottes accueille 40 femmes, dont 50% ont subi des violences. L’association Aide aux victimes de violence en couple (AVVEC) dispose, elle, de cinq chambres pour une durée de six mois, à une adresse confidentielle. Le foyer Arabelle, lui, accueille environ 35 personnes, aussi sur six mois, renouvelables une fois. Le Refuge de l’association Dialogai dispose de trois places.

Le logement relais
À durée limitée mais avec un accompagnement, il vise à permettre le retour progressif à un logement privé.

CH.D.

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