Victime de son succès, Nyon veut freiner sa gentrification

Des bobos dans ma localité 4/5Particulièrement prisée des Genevois, la ville vaudoise veut pouvoir garder les ménages à moyens et faibles revenus en son sein.

Daniel Rossellat, syndic de Nyon, devant le chantier de la Petite Prairie.

Daniel Rossellat, syndic de Nyon, devant le chantier de la Petite Prairie. Image: Vanessa Cardoso

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Quatre grues Implenia trônent au milieu du chantier et une vingtaine d’ouvriers s’activent malgré une chaleur écrasante. Le nom du quartier, la Petite Prairie, ne correspond plus vraiment à la réalité. En tout, huit immeubles sont déjà construits et quatre autres sortent de terre. Soit environ 2000 logements supplémentaires pour Nyon. Leur type? Principalement des propriétés par étages (PPE) et de la location.

Sur le même site, un hôtel est prévu pour venir étoffer une offre jusque-là plutôt faible, avec seulement sept établissements actifs. En contrebas, la nouvelle école de Cossy, son parc et un centre sportif ont été inaugurés officiellement en mai.

Consommer localement

À Nyon, des projets ambitieux comme celui-ci ne manquent pas et le visage de la ville a bien changé. Vite, très vite, presque trop. En 2018, 69 permis de construire ont été délivrés et 417 logements ont été bâtis. On ne compte pas moins de 21 239 habitants dans la localité, alors qu’il n’y en avait que 6000 en 1950 et 15 000 en 1995.

Les autorités l’assurent, au vu de son attractivité, due à sa proximité notamment avec Genève, la cité pourrait même atteindre les 30 000 habitants d’ici à 2030. Le nombre d’emplois, lui, a crû de 23%. «Nyon connaît un réel boom depuis 2011», souligne Daniel Rossellat, syndic depuis onze ans.

Une croissance massive qui n’est pas sans conséquences. L’offre n’arrive pas à suivre la demande. La pénurie de logements le montre bien. En 2017, sur plus de 11 000 habitations, seules 38 étaient vacantes, malgré la construction de 260 logements supplémentaires en moyenne sur le marché nyonnais, chaque année.

Prix des locatifs en hausse

Les prix à la location et à la vente prennent aussi l’ascenseur. Un appartement de 100 m2 peut se louer jusqu’à 3200 francs et s’acheter 850 000 francs comme 1,2 million. «Nyon est encline à la gentrification et si l’on n’agit pas, ce phénomène s’accentuera», commente Maurice Gay, municipal chargé de l’Urbanisme. Une étude intitulée «Objectif logement» a précisément été menée en 2018 pour faire une «photographie» de la ville, de ses habitants et des conditions de logement.

Indicateur révélateur de sa «boboïsation»: les revenus confortables des nouveaux venus. Selon l’analyse économique des ménages, deux tiers des Nyonnais habitent dans des quartiers dont les ménages ont un revenu supérieur à la médiane de la population (70 000 francs de revenu annuel), indique un rapport communal.

Mixité sociale indispensable

«Les habitants de la classe moyenne supérieure des nouveaux quartiers bénéficient certes d’un pouvoir d’achat plus grand mais ne participent finalement que très peu à la vie et à l’économie locales. Si l’on veut caricaturer, dans bien des cas, le couple travaille à Genève, fait ses courses avant de revenir chez lui et passe le week-end dans une résidence secondaire ou à l’étranger», explique Maurice Gay. Et le syndic d’insister: «Une mixité sociale est indispensable. Nyon a besoin de jeunes ménages, de familles, de séniors, des classes moyennes et populaires, car ils s’investissent et sont fidèles à la commune.»

Pour ce faire, la Municipalité négocie avec les promoteurs. Dans le cadre de conventions, il est demandé aux privés de construire une part minimale de 25% de logements d’utilité publique (LUP), dont les loyers sont contrôlés à long terme, en échange d’une plus grande capacité de construction, et de céder des terrains en droit de superficie à des coopératives de logement. Le but: permettre à des moyens et bas revenus d’accéder aussi à des logements neufs. C’est chose faite dans le récent quartier du Couchant, réalisé au-dessus de l’hôpital de Nyon. Dans le quartier de la Petite Prairie, le plan de quartier était trop ancien pour intégrer cette clause.

Pour les terrains communaux, cette part d’habitations abordables peut varier de 25% à 100%, indique la Municipalité.

50 projets repoussés

Daniel Rossellat l’assure, il va toutefois falloir «tirer le frein à main dorénavant, malgré la demande». D’abord, car la Municipalité n’est propriétaire que de 3% du parc immobilier et les terrains se font rares. «La population a aussi refusé, le 17 mars, une augmentation fiscale», rappelle-t-il. Les finances de la ville sont largement dans le rouge. Malgré des mesures d’économie de fonctionnement de l’administration de l’ordre de 3,3 millions et le report d’une cinquantaine de projets jugés non prioritaires dans ce contexte, le budget 2019 affiche un déficit de près de 15 millions et de nouvelles économies sont indispensables. Le syndic de Nyon souligne: «Nous allons devoir être créatifs pour ne pas perdre le dynamisme de notre ville et maintenir la qualité du cadre de vie pour éviter de devenir une cité-dortoir de Genève.»

Créé: 25.07.2019, 08h12

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