«Je veux pouvoir marcher dans la rue comme un mec»

ParadeUn millier de personnes ont défilé cet après-midi en ville. Pour revendiquer le droit aux femmes d’utiliser l’espace public comme les hommes.

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La rue de la Corraterie pleine aux trois-quarts. Cela fait du monde, beaucoup de monde. La marche des femmes s’est taillé cet après-midi un beau succès. Un gros millier de personnes ont répondu à l’appel du festival Les Créatives. Elles ont défilé depuis Uni-Mail jusqu’à l’Alhambra avec, en tête, une fanfare «afro-féministe». Le titre du défilé: «la rue est à nous toutes.»

L’événement se veut davantage une parade qu’une manif. Ici, pas de grandes banderoles revendicatrices, pas de mégaphone hurlant des slogans. La population est jeune, très largement féminine, et se contente de quelques phrases décalées écrites sur des cartons de fortune. On vise l’inclusion, comme on dit désormais.

À l’occasion de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes qui aura lieu dimanche, les organisatrices souhaitent aborder une forme particulière de violence, parfois subtile et pernicieuse, celle qui s’inscrit dans l’espace public.

«J’aimerais pouvoir marcher dans la rue comme un mec», dit cette jeune femme pour expliquer sa présence. Cette activité si banale pour un homme ne va souvent pas de soi pour une femme.

Stratégies d’évitement

Elles sont nombreuses à invoquer ces harcèlements fréquents, ces petites phrases vexatoires, ces allusions sur leur physique. Une pancarte résume ces abordages déplacés: «Tu dis bonjour, salope? - Bonjour salope!» Une réponse du tac au tac que la plupart n’ont pas.

Elles parlent de «stratégies d’évitement». «Je choisis mes chemins en fonction de l’heure et aussi en fonction de mon habillement», relève une jeune femme. «Depuis que j’ai les cheveux blancs, je les ai coupés court et je suis désormais tranquille», ajoute une quinquagénaire.

En deça de la peur, elles racontent ces comportements qu’elles ont intégrés pour ne pas vivre dans la crainte. «Je n’ai pas peur car en fait je m’arrange toujours pour rentrer le soir à la maison avec une copine». «Je n’ai pas peur car je me déplace à vélo et évite ainsi les problèmes.» «Je n’ai pas peur mais je sais que mes talons aiguilles me permettront de me défendre.»

Entrer dans un café? Jamais

Certaines femmes, mais pas toutes, disent ne jamais entrer seule dans un café. Et il ne leur viendrait pas à l’esprit de s’accouder au bar. S’asseoir sur un banc public et ne rien faire? La chose n’est pas évidente pour toute.

«On a intégré toute une série de restrictions au fil de notre vie, sans même s’en rendre compte, dit une sexagénaire qui prépare la manif des femmes en juin prochain. Et le pire, c’est qu’on les a transmises à nos filles.»

Deux institutrices, la trentaine, le déplorent: les stéréotypes ont la vie dure. «Les livres d’écoles sont encore trop souvent sexistes.» «Dans ma classe, il y a 80% de filles, mais on n’entend que les garçons.»

«S’exprimer dans la rue donne un énorme pouvoir, commente Dominique Rovini, co-directrice des Créatives. Se sentir légitimée à le faire et se sortir de la tête les questions sécuritaires représente un enjeu central pour arriver à l’égalité.»

Sensibilisation

La Ville de Genève, qui a soutenu ce défilé, a mis en place un programme dans le but de renforcer la confiance des femmes dans l’espace public. Cela passe notamment par des actions de prévention et de sensibilisation auprès des hommes, mais aussi auprès de multiples partenaires, notamment les établissements publics. «Il faut que les femmes puissent se plaindre sans qu’on leur réponde: «ce n’est pas si grave», explique Albane Schlechten, conseillère municipale socialiste. À l’Usine, les collaborateurs sont formés pour réagir fortement si une femme se plaint.»

Originaire de Moldavie, une trentenaire nuance le tableau. «Genève est la ville où je me sens le plus à l’aise et où je n’ai pas peur. Mais le fait qu’on puisse aborder ce thème lors d’une telle marche est formidable. Cela dit, cette dernière offre aussi un exutoire après le tabassage de cinq femmes devant une discothèque de la vieille-ville cet été.» (TDG)

Créé: 24.11.2018, 20h13

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