«Je veux créer des parcours cyclables continus»

MobilitéSerge Dal Busco livre son premier grand entretien comme ministre genevois des Transports, un département qu’il a repris en mai. Il fait le point sur les défis qui l’attendent.

Serge Dal Busco veut adapter la mobilité genevoise aux nouvelles pratiques.

Serge Dal Busco veut adapter la mobilité genevoise aux nouvelles pratiques. Image: LAURENT GUIRAUD

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À quoi ressemblera la mobilité avec Serge Dal Busco? L’ancien argentier PDC a repris en mai le dicastère de Luc Barthassat, non réélu. Il dévoile pour la première fois sa vision et sa méthode.

Des Finances à la Mobilité, qu’est-ce qui change?
Dans un département qui figure parmi ceux qui dépenseront le plus, je suis désormais chargé d’investir. Mais mon souci du bon usage des deniers publics, de l’efficacité, n’a pas disparu, au contraire. Comme dans les finances, il y a une technicité dans les transports. Elle m’est familière en tant qu’ingénieur de formation, mais je pense qu’elle doit demeurer l’apanage des spécialistes. Je resterai dans mon rôle politique: donner les orientations et traduire la volonté du Conseil d’État dans l’action.

Quel diagnostic posez-vous sur la mobilité genevoise?
Ces trois derniers mois, j’ai confronté mon ressenti aux postures des différents acteurs de la mobilité. J’ai perçu une grande attente, mais aussi beaucoup d’ouverture et d’envie de bien faire. On assiste à un changement générationnel dans ce domaine. Il est rapide. Je le vois dans mon propre entourage et dans les statistiques. Les jeunes ne se précipitent plus pour passer le permis. Les gens sont plus intéressés à acheter un service qu’un bien: on voit le taux de motorisation baisser et les offres d’auto-partage être plébiscitées. Les vieux clivages gauche-droite s’estompent et la mobilité douce a le vent en poupe. Regardez le succès de la voie verte!

Mais la réalité est-elle adaptée à ces évolutions?
Justement pas. Or il est de notre devoir de percevoir ces tendances pour orienter nos investissements pour le long terme. Je compte baser mon action sur ces réalités documentées et sortir des schémas habituels. D’autres l’ont fait. Voyez Bordeaux, qui n’a jamais été en mains de la gauche! Cela doit aussi être possible chez nous. Les engorgements sont négatifs, en termes de nuisances, de qualité de vie, de pollution, mais aussi de dynamisme économique et d’attractivité. J’ai été entrepreneur et je suis très sensible au fait que les professionnels perdent du temps et de l’argent dans les bouchons. Si leur productivité et leurs bénéfices baissent, les rentrées fiscales baissent aussi. La route doit donc être utilisée en priorité par ceux qui en ont vraiment besoin, comme par exemple pour le transport professionnel. Aux autorités de fournir des alternatives aux autres. Droite et gauche peuvent converger sur ce sujet.

Cela tombe bien avec la mise en service du Léman Express, ce réseau qui reliera 45 gares et passera par la ligne CEVA…
Oui, on a désormais la certitude que les trains rouleront en décembre 2019, les écueils juridiques étant levés. Genève va pouvoir véritablement entrer dans le XXIe siècle! L’aboutissement de ce chantier, attendu depuis 1912, n’est pas une fin: c’est un début. Il faut déjà se projeter sur les extensions du réseau et, dès maintenant, demander à temps à Berne les montants en vue de créer, vers 2040, une ligne diamétrale qui relierait Bernex à Meyrin via les Cherpines, le PAV, Cornavin, les Nations et l’aéroport. Dans l’immédiat, nous devons ajuster le réseau en fonction du Léman Express: les bus vont être réorientés vers les gares. Chacun se rappelant bien le changement de réseau de décembre 2011 (ndlr: mal accueilli par beaucoup d’usagers), je serai très attentif à cette modification: tout ne fonctionnera pas à merveille dès le premier jour, mais on doit tout faire pour que les choses se passent au mieux.

Dès 2020, avec le Léman express, il faudra 40 millions en plus pour faire tourner le réseau. Où trouver l’argent? En augmentant les tarifs?
Nous avons inscrit les sommes nécessaires dans la planification quadriennale. Dans l’absolu, il faudrait des tarifs plus élevés, se rapprochant de ceux pratiqués dans les villes suisses comparables, mais je pense que, dans l’immédiat, on doit s’en tenir aux tarifs actuels. Le peuple a dit non trois fois. Nos concitoyens accepteront de payer davantage s’il y a un saut quantitatif et qualitatif. Or durant cette législature, l’extension du tram de Bernex sera inaugurée, le tram ralliera la ZIPLO et Annemasse. Et nous essaierons de faire démarrer celui du Grand-Saconnex: je me bats pour le repêcher dans le cadre du projet d’agglomération et j’espère qu’il y aura une ouverture du côté fédéral ces prochaines semaines. La marge de manœuvre est étroite, mais je l’exploite au maximum.

Quid de l’aspect qualitatif?
Pourquoi avoir investi des sommes colossales dans un réseau, qui me semble aujourd’hui bon, si c’est pour voir les trams englués dans le trafic? Au nom de l’efficacité, on doit améliorer la vitesse commerciale. Chaque kilomètre-heure perdu se chiffre en millions de francs! Je veux clairement accélérer l’application de la Loi pour une mobilité cohérente et équilibrée que le peuple a votée à 67,8% en 2016, en donnant par exemple la priorité aux transports publics à la place des Vingt-Deux-Cantons. Je convaincrai les acteurs que cette loi implique, par essence, des concessions de part et d’autre.

L’espace dédié aux modes de transport sera-t-il redistribué sur la base de cette loi?
Cette loi est un compromis historique, pour lequel je rends hommage à mon prédécesseur, et c’est une feuille de route. Ses principes sont clairs. Nous fluidifierons certains axes pour les transports motorisés – c’est le sens des travaux qui commencent au quai Gustave-Ador. Ce chantier bénéficie aussi à la mobilité douce, envers laquelle nous allons concrétiser nos engagements. Je compte faire avancer de façon décisive le projet de passerelle piétonne parallèle au pont du Mont-Blanc. Et j’entends mettre sur pied une task force avec la Ville de Genève pour concrétiser des parcours cyclables continus plutôt que de réaliser, comme on l’a fait jusqu’ici, des tronçons épars en fonction des opportunités.

La traversée du lac a-t-elle sa place dans cette mobilité en mutation que vous décrivez?
La traversée du lac fait l’objet d’un mandat constitutionnel auquel le Conseil d’État doit donner suite, d’abord en clarifiant le dossier. On doit déterminer si un financement privé est possible, ce qui impliquerait un péage, et apporter le niveau suffisant pour que l’ouvrage puisse être inscrit dans la planification fédérale. Nous avons déposé un crédit d’étude de 6,3 millions, que nous jugeons suffisant même si la commission parlementaire l’a rehaussé à 24 millions. On parle d’un ouvrage qui se réaliserait bien après 2040 si l’on aspire à un financement fédéral. Il est impossible de dire comment les gens se déplaceront alors, ou de prédire comment notre agglomération se sera développée.

On veut pacifier le centre, mais on construit ou planifie des pénétrantes: la route des Nations ou les liaisons de Genève-Sud. Judicieux?
La route des Nations était nécessaire pour faire passer un tram sur la route de Ferney et pour apaiser Le Grand-Saconnex. Le risque de l’aspirateur à voitures existe, certes, mais il sera évité grâce à la régulation. Mon prédécesseur a justement obtenu les fonds pour rénover les systèmes de feux et tout le software qu’il y a derrière, des outils permettant de prévenir les congestions en amont. Quant à la région de Genève-Sud, on doit rabattre les gens sur les gares du Léman Express avec des bus, qui sont aujourd’hui pris dans les bouchons. Sans nouvelle route, il est impossible de soustraire les villages à ce trafic. Il est aussi nécessaire de bâtir à Bernex le boulevard des Abarois pour implanter le tram sur la route de Chancy et accueillir le trafic que les nouveaux quartiers vont générer.

Où en est l’élargissement du contournement autoroutier?
C’est un ouvrage qui prendra des années, mais un dispositif annexe va se concrétiser dès 2022: le barreau de Montfleury (ndlr: sur les communes de Vernier et Satigny), connecté à la demi-jonction autoroutière de Vernier-Canada, que Berne réalisera en priorité. Rappelons aussi que de 50 000 à 60 000 voyageurs par jour sont attendus sur le Léman Express: cela devrait décharger notablement le réseau routier. (TDG)

Créé: 03.09.2018, 19h29

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